N* LXXVI. — LETTRE DU BARON DE SAINT-BLANCARD ' A MADAME D’ANGOULÉME
Il a conduit M. de Montmorency, qui a débarqué près de Gènes, où il arrivera la nuit, s'il peut. — Il a été prévenu que le Roi y était depuis huit jours. — 11 s'empresse d'en infonner la régente. — Dans peu de temps , les vaisseaux partiront *.
|D« MtmilU, l« 31 mai 1323.]
Madame, il vous plaira estre advertye comme au jourd’uy, environ deux heures après midy, suis arrivé en ceste ville avec deux de mes galleres, du retour de conduire monseigneur le mareschal de Mont-
' L’éditeur des Lettres de Marguerite de Navarre traite le baron de Saint-Blancord en personnage tout à fait inconnu (Lettres de Marguerite d‘ AngouUme, i" re* cueil,p. 193), et le confond avec un Jacques d'Ormezan , dont tout le mérite aurait été d'avoir une fille qui apporta la baronnie de Saint-Blancard dans la maison dcGontaut.
Rien de moins exact cependanL
Bernard d'Ormezan , baron de Saint- Blancard, dont il est ici question, ainsi que dans les lettres de la duchesse Marguerite, fut amiral des mers du Levant, conservateur des port et tour d’Aigues- Mortes, etc. Il occupe une place très-honorable dans l’histoire pour ses services comme général des galères du Roi (1 53 1) , et surtout pour avoir battu l'armée navale de Charles-Quint en iSsS. Deux ans après ,
la ville de Marseille reconnaissante lui déférait le titre de citoyen de Marseille. Il mourut après l'année 1 538.
Le même éditeur voulait trouver quelque identité entre Saint-Blanchard et Semblançay, sans nous dire comment il pourrait se faire qu'un surin tendant des finances, emprisonné depuis deux ans , pouvait intervenir dans les affaires d'Élal.
* Cette expédition des vaisseaux à Gènes fut le résultat de la lettre précédente du Roi. Le traité qui intervint quelques jours après entre le Roi et le vice-roi de Naples, par lequel François I" prêtait scs propres vaisseaux pour se faire transporter en Espagne, détruisit le premier projet du Roi de se faire enlever en mer, et le baron de Saint-Blancard rentra de nouveau à Marseille.
182 CAPTIVITÉ Dü ROI FRANÇOIS I".
nior.incy. Lequel , lundi derenier, à une heure de jour, dessendy à un cap qui se dit la Bourdiguère, distant de Gennes de septante mllle[s], et, si le temps luy voullut servir, arriva audict Gennes la nuyet après. Car il estoll adverty, madame , par ung Genevoys qui se trouva par chemyn, comme le Roy y cstolt arrivé le mescredi precedent. Et despuis qu’il feut party de moy, madame, ay fait la meilleure dilligence que j’ay peu pour m’en retourner et faire advencer le demeurant , et pour vous advertir de ceci , et aussi de nostre parlement, lequel, avec l’ayde de Dieu, se fera demain pour tout le jour avec les galleres et valsseaulx qui seront prestz, veoir si fortune nous vouldra ayder, et le reste des galleres qui ne sont prestes [l’autre. ...?], bonne dilligence, et fait-on encoires tous les jours. Monseigneur le légat , qui est icy, y donnera l’ordre, car je luy ay laissé , madame, les prisonniers que j’ay peu recouvrer pour mectre, se bon luy semble, dessus la première qui sera preste au faire ainsi qu’il ad visera.
Madame, je pryc le Créateur vous donner très-bonne vie et longue.
Escripl à Marseille, le penultieme jour de may.
Vo.stre très humble et très obéissant subject et ser\âteur,