ODET DE FOIX
N- CLXXIl. — LETTRE DE MADAME LA DDCHESSE D'ANGOliLÉME A SES AMBASSADEl RS EN ESPAGNE.
r^«ûie n'« reçu leurs leitres du 24 scpiemhrc qii'aprè» r«rrivée df'U Pomeraye. — Elle sVq réjouit, car ai elle les avait reçues |das I6t, elle en fût morte, vu le cbagrÎD que lui avait caus^ la iaitre de sa 611e, qui lui annonçait la maladie du floi, — Elle asaii déjà perdu la dormir, le boire et le manger. ■— La lettre des aml»asaadeurs était prudemment et sagement écrite. — Elle devait servir à prévenir les princes et seigneurs du malheur qui menaçait la France. — Ils pensirent, A la lecture de cea lettres, que le Roi était mort. Ils délibérèrent alors de vivre et mourir sous l'autorité du dauphin, et préparèreot les leitrea, instructions et provisions pour cet événement. Mais tous leurs chagrins ont été changés en joie. ~ On a écrit la guérison du Roi dans tout le royaume. A Home, en Angleterre, en Suisse , etc.
[Ori«br« isn.]
Messieur d’Ambrun, premier president, mareschal de Montmorency, scnesrhal d’Armagnac, seigneur de Saint-André, et trésorier Babou , j’ai entendu le contenu en vos lettres du xxiii* du passé; mais ce a esté après l'arrivée de la Poineraye devers moy. Et croy que si plus lost m’eussent esté montrées, à ceste heure n’en feusse en vye, d’autant que les lettres de ma fille qui m’escripvoit la maladie et me donnoit esperance de guérison m’avoient mise en telle tri.stesse et desplaisir que ne pouvois dormir, boyre ne manger, ne veoir les princes et seigneurs qui sont icy à l’entour de moy, qui faisoient leur loyal devoir de souvent me visiter pour me consoller. Et la chose que je trouvois plus grielVe estoit que depuis les lettres de ma dicte fille, qui estoient de mesme date des vostres, n’avoit eu autre nouvelles jusque six jours après. Toutes fois, vos lettres estoient prudemment et sagement escriptes , et en bons et loyaulx serviteurs, et suis scure que entendiez assez qu'elles ne me seroient montrées sans aultre seurelé de ce que pourroit advenir, mais qu’elles serviroient d’advertir lesdicts princes et seigneurs qui sont icy du conseil , de pourvoir à heure des choses requises et necessaires, ce qu'ilz avoient faict, non sans grand regret et desplaisir. Je loue Dieu de ce que j'ay
SECTION III. —CAPTIVITÉ EN ESPAGNE, 3^9 entendu pour vérité que eux, pensant, moienant vos lectres, le cas estre advenu, estoient dcmourei en bonne union, délibérez de vivre et mourir soubz l’obeissance de monseigneur le dauphin et avec moy, ainsi qu’ilz ont accoutumé.
Les Icctres et instructions et provisions qu’ils avoient projectées en grans pleurs et amertume, pour la conservacion et bien de ce royaume, ont esté rechangées en joye et plaisir, et a esté escript par tout le royaulme et pareillement en Angleterre, Romme, Venise et Suysses, et de tout ce qui est necessaire n’y a riens esté obmis, dont si vient à propos et veiez que besoing soit, en pouvez advertir le Roy mon très'cber seigneur et filz, et i Dieu qui vous tiegnent en sa sainte garde.
Escript à Lyon , le ... . octobre.
LOYSE
N- CLXXllI. — EXTRAIT DES REGISTRES Dl’ PARLEMENT DE PARIS.
de M. de Montatoreoc^ éu parlement de Parii, de la part de ntadamc la régente, pour la vérification du traité de paix avec l’Angleterre.
(Ou 6 oetekn 1&35. ]
Ce jour, messire Guillaume de Montmorency, chevalier, et maistre Gilles de. . . ., secrétaire du Roy, sont venus en la cour, toutes les chambres assemblées, et a dit ledict de Montmorency :
Que Madame, merc du Roi, regente en France, luy a escript par lcdict secrétaire et biy a envoyé certaines lectres missives adressantes à la cour, avec les traictés de paix qui ont esté faicts par ses ambassadeurs avec le roy d’Angleterre, pour les présenter à ladicte cour, et a ledict de Montmorency baillé les lectres, qui ont esté lues, et après la lecture ledict de Montmorency a dit :
Que madicte dame prie la cour de faire publier et enregistrer lesdicts traités de paix en ladicte cour, et que les Anglois , qui sont gens
tlilliciles, veulent que lesdicts traictés soyent aprouvés par ladicto cour et par les autres cours souveraines de ce royauline , et demandent plusieurs obligations tant des princes, gentilzlioninies que principales villes du royauline; et qu'attendu la qualilé du temps et la captivité du Rov est requis aucuacment leur obtempérer cette matière, pour ce qu’il fault rendre lesdicls traictés et obligations ausdicts Angloisdeilans la fin de ce mois, et les faut porter à Rouen, Tboulouse et Bourdeaux, et faire assembler les états de Normandie et de Languedoc.
Pourquoy supplie ledict de Montmorency ladicte cour de vouloir procéder k la vcrilication dcsdicts traités en la plus grande diligence qu’elle pourra, et sur yceulx faire mcctre lecta, pablicata et regislratu. Kt lui a madictc dame mandé qu’il y fault mcctre ces mots : aprobala , car maistre Jehan Brinon , premier president de la cour de parlement de Rouen, a escript au chancelier que si ce mot aprobata n’estoit expressément mis par ladicte cour et par les autres cours souveraines en la vérification et publication desdicts traictés, qu’on ne fera rien avec Icsdicts Anglols, et sera assez pour rompre la paix, pour ce que Icsdicts Anglois sont gens que, si on ne fait ce qu'ilz demandent, ils ne tiennent en rien de ce qu’ils promettent. Kt tout ainsi comme ladicte cour procédera à la vérification et publication desdicts traités , les autres cours souveraines de ce royaume s’ensuivront et non sans cause, veu que c’est la souveraine, la première et capitale et de laquelle les autres ont esté extraites, au moyen de quoi a madicte dame toute sa fiance et esperance en ladicte cour.
A quoy maistre Charles Guillart, premier president en ladicte cour, luy a dit :
Que la cour congnoist bien que si la paix fut jamais necessaire. eUe l'est à présent, et semble que Dieu, qui lousjours a voulu garder et préserver ce royaulme, l'ayt envoyé; que'les Anglois sont une nation soubçonneuse et qui veulent que les choses se passent comme ilz les ont traictiées et désirées , et que sans oela on ne les peult contenter; et crois que madicte dame n’a point faicl Icsdicts traictés sans
SECTION III.— CAPTIVITÉ EN ESPAGNE. 351 en advertir les princes du royaiilme et le conseil du Roy estant près d'elle, et que les choses ont esté meurement faictes et deliherées; et que la cour fera tout ce qu'il sera pos.sible pour l’entretennement de la paix et pour le bien du Roy et du royauline, et desire la cour complaire et obéir à niadicte dame en toutes choses de raison et de justice, comme elle feroit au Roy mesme : et toutes choses laissées, on procédera k la vérification et publication desdicts traictés.