‹ Captivité du roi François IerChapitre 139 sur 241 · N- CXXIII. — PASSE-POBT ACCORDÉ PAR CIIARLES QI INT A M DE MONTMORENCY · texte numérisé non relu

N- CXXIII. — PASSE-POBT ACCORDÉ PAR CIIARLES QI INT A M DE MONTMORENCY

|i« ISIS.)

De PAh l’Empebecb et Roy. A tous nos lieulcnants, vice-rojs, gouverneurs, baiüiz , scneschaulx , gardes, jurez regidors, viguers et autres officiers des citez, villes, cliasteaux , forteresses, pontz, ports, passages, jurisdiclions et deslroils, et à tous nos subjeLs de nos royaulmes de pardeçà, tant en Castille que Arragon, et aussi en noz principautté de Catheloine, contez de Rarcelonne, Rossillon et Cerdaine, sajut et dilection. A fumblc supplication et requeste du s' de Montmorency, niaresclial de France, nous voulons et vous mandons par ces présentés que ledict s' de Montmorency vous faictes, souffrez et laissez retourner en France, ensemble sa compaiguie et train, jusques an nombre de vingt personnes, estans présentement pardeçà, en vertu de la Iresvc d’entre nous et France nagucres conclule, et qui Unira au derrier jour du présent moys, sans faire, mettre ou donner, ne souffrir estre fait, mis ou donné à eidx ny à leurs bestes, assavoyr haquenées, ou courlaulx, chcvatilx estrnngicrs, mules ou muletz, ny aussy à leurs autres biens et baghes , de ipielque nombre et qualités qu'ils soient, aucung destourbier, arrest ou empcscbenient, pourveu qu’ils n'ayenl fait, ny feront, ou pourchasseront chose prejudiciable à nous, nos royaulmes, pays et sidqeclz : c,ar tel est notre plaisir. Ce présent saulf-conduyt , après le xxx' jour de janvier prochain venant expiré , non vallable.

Donné en nostre cité de Tolledo, le xviii' jourdu moys de décembre, l'an mil cinq cent vingt-cinq.

CHAHLE.S

Par l'empereur et roy ; LALLEMtsii.

SECTION ni.— CAPTIVITE EN ESPAGNE.

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N- tC-XIV. — PROCES-VERBAL DE L'INJONCTION FAITE PAR LE ROI AUX AMBASSADEURS DE MAD.AME LA RÉGENTE. SA MÈRE, DE SIGNER LE TRAITÉ DE MADRID.

Aujourd’huy, (lix-neurvlcmc jour du mois de décembre, l'au 1 5a5, le Roy estant au chasteau de Madrid, prisonnier de l'empereur, detenu en la propre chambre en lacpielle il a esté si longuement et griefvement malade , en la presence de moy son notaire et secrétaire soussigné, dict et déclaré à maistre François deToumon, archevesque d'Embrun esleu de Bourges, Jean de Selve seigneur de Cromyers, premier president de Paris et Philippes, de Chabot, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, seigneur de Bryon, maire de Bourdeaux, ambassadeurs envoyci devers ledict empereur de par Madame , mere du Roy, duchesse d'.Angouleme et d’Anjou, regente en France, ce qui .s’ensuit : Qu’ils avoient bien peu voir, cognoistre et entendre les grans offres qui avoient esté faicts audict seigneur empereur, tant par luy que par madame la duchesse sa sœur, et aussy par lesdicts ambassadeurs, pour avoir liberté et deUivrance de sa personne, ensemble, la paix pour le royaume de France et conséquemment pour toute la chrestienté; et que, entre autres choses, avoit esté offert audict seigneur empereur quitter é son prolHct le royaume de Naples, duché de Millan, seigneurie de Gennes, Tournay, Tournesis, Mortaigne et Saint- Amans, et luy rendre le chasteau et ville de Hesdin, avec la souveraineté des contés de Flandres et d’Arthois, et toutes autres querelles que la couronne et maison de France avoient contre l’empereur et sur ses royaulmes, pals et seigneuries , et, en outre , luy payer pour sa rançon la somme de trois milbons d’escus d’or, payables à terme, lesquelles offres, encore qu'ils fussent grands et plus que raisonnables, ledict empereur toutesfois avoit refusé à les prendre et accepter; quoy voyant depuis madicte dame la duchesse sa sœur.

442 CAPTIVITÉ DU ROI FRANÇOIS r.

oultre et par-dessus la quittance du royaume de Naples, Millan, Gennes, Tournay,Tournaisis, souveraineté de Flandres et d'Arthois, et restitution de Hesdin, avoit offert audict empereur, pour la delli- VTance dudict siegneiir, laviconté d’Auxonne et ressort de S'Laurens, avec tout le droit de souveraineté, ressort et hommages desdictes terres et la somme de cinq cens mil escus d’or soleil, lesquelles offres avoient esté maintenant refusées par ledict seigneur empereur, disant que jamais n’accorderoit la dellivrancc et liberté du Roy que la duché de Bourgogne, snconté d’Auxonne et ressort de S* Laurens, ensemble les contei de Mascon et d’Auxerre, de Bar-sur-Seyne ne fussent prealaldcment et entièrement rendues et restituées, et tout le droit de souveraineté et hommage quité et remis, avec les autres quittemens dessus déclarés et specidiés. Parquoy lcdict seigneur se voyant en extresme nécessité de ne pouvoir avoir et recoùxTer sa liberté et secourir à son royaume, qui a besoin de sa présence, tel que chascun sçait , et pour parvenir au bien de paix : Pour cestc cause et pour autres bonnes et grandes considérations qui é ce le mouvoient, et qu'il se reservoit à dire, avoit accordé à messire Charles de Lanoy, vice-roy de Naples, don Hugues de Moncade, prieur

de de l'ordre de Saint-Jean de Hicrusalem ,

en Cicille, conseiller Jean Lalemand, secrétaire, ambassadeurs dudict seigneiu- empereur, par luy envoyer, devers le Roy pour traicter de sa dellivrancc , les choses qui s’ensuivent :

C’est assavoir : de bailler et de dellivre.r audict empereur ladicte duché de Bourgogne, viconté d’Auxonne et ressort de S' Laurent, avec tout droit de souveraineté et ressort en quittant l'hommaige , le tout à pur et à plain , oultre et par-dessus la quittance de Naples , Millan, Gennes, .souveraineté de Flandres, Arthois, Charrolois, Noyers et Chateau-Chisnon, avec tout le droit de Toumay, Toumesis, Sainct-Ainans et Mortaigne, restituer aussy Hesdin, ville et chasteau ; lesquelles restitutions il avoit accordé et promis faire dedans six septmaincs, après qu'il scroit en liberté entre dedans son royaume. Et, pour seuretté de ce qtie dessus, promettoit 4 l'empereur et à ses-

SECTION ni — CAPTIVITÉ EN ESPAGNE. 443 dicts ambassadeurs bailler pour liostaiges monsieur le dauphin son fils aisné, et Henry duc d'Orléans, son second fils, ou autres gros pcrsonnaigcs de France jusques au nombre de douze, nommez et cscripts au roole que ledict empereur avoit envoyé au Roy pour les accorder 4 tenir hostaiges avec mondict sieur le dauphin; et movennant que ledict seigneur empereur ou lesdiLs ambassadeurs de sa part promettuient et accordoient au Roy le mariage de madame Leonor sa smur, royne de Portugal, en luy quitanl ou donnant en faveur de mariage lesdicts contez et terres de Mascon, Auxerre et Bar-sur-Seine, et pareillement le mariage de sa niepee, fille de ladicte dame et du Roy de Portugal , avec mondit seigneur le daulpbin,

A ceste cause, et après le récit des propos deasusdits, commanda ledict seigneur auxdicts arebevesque d'Embnin, premier president, et s' de Bryon sur tant qu’ils craignoient 4 luy desobeyr et desplaire et encourir .son indignation, qu'ils eussent à dresser, escrire et signer les articles de sadicte dellivrance et de la paix, contenant ce que dessus et autres choses qui, sur ce, seroient requis et necessaires, leur disant qu'ils ne prinssent ne alléguassent aucune excusation , car il estoit plus que requis et necessaire ainsy le faire, sans différer ny dissimuler, en protestant contre eux et chascun d’oulx de tous donimaiges et inconvénients qui pourroient advenir par faidte d’accorder ce <}ue dessus est dit, 4 luy ou 4 son royaume, et de s’en prendre sur lesdicts arebevesque d'Embrun, premier president, et de Bryon, et (|ue eux et chascun d'eulx en respondroient en temps et lieu s'ils reifusoient et delayoient d'accorder, conclure et signer lesdicts articles contenant ce que dessus : dont et desquelles choses lesdicts ambassadeurs m'ont requis et demandé acte pour leur décharge, ce que je leur ay accordé, en la presence dudict soigneur et par son voulloir et commandement.

Faict 4 Madril, ou royaume de Castille, les an, mois et jour dessusdicts.

ROBEHTET.

N- CCXV.,— POÉSIES DU ROI FRANÇOIS I". COMPOSÉES EN ESPAGNE PENDANT SA CAPTATTÉ.

(Troiiième fragmeot.)

CHANSON Dü ROY FAICTE PAR LUT EN ESPAIGNE *.

Si la nature en la diversité Se resjouyst, voyez l’adversité,

Fn triumphant sur la prospérité ,

Estre vaincue.

Voyez aussi que la vérité nue En ferme cueur n’est jamais abatue Par trahison, qui enfin est congnue Avecq le temps.

Dont je me tiens du nombre des contentz.

Bien que je n'aye eu tout ce que prétends;

Si congnois-je le bien que j’ en actends En ma pensée.

Qui par prison en riens n’est offensée;

Car estant libre elle est recompensée.

Faisant sa fin d’estre recommencée Pour ne finer.

Car on ne peuit l’esperit confiner Soubz nulle loy, ny sans vouloir myner;

Mais par la preuve on le peult affiner En peine dure,

Qui est plaisante é celluy qui l’endure ;

Car la menace est cela qui l’asseure.

' On trouve, dans les œuvres impri- lonmer, qui a été composée par elle a Toc* mées do la reine de Navarre (Lyon. i5A7. casion delà captivité du roi François I*. tome !}• une eomp/aintapoBnuid^/enapn* son frère.

SECTION m — CAPTIVITÉ EN ESPAGNE. ^45 Cuer résolu d’aultre chose n’a cure Que de l'honneur.

Le corps vaincu , le cueur reste vaincueiu* :

Le travail est l'estuve de son heur.

Ce seul vouloir ne congnoist nul malheur Qu’il ne mesprise.

Dont je concludz qtie heureuse est l’entreprise

Qui rend fortune indigne de surprise

Par fermeté , qui vault bien qu’on la prise :

Or en jugez.

BONDEAO.

En la grand mer, où tout vent tourne et vire. Je suis pour vray la doulente navire De foy chargée et de regreetz armée.

Qui, pour quérir ta grâce renommée,

Ay tant souffert qu’on ne sçauroit escripre.

Mes rames sont pensées de grief martire ; C’est bien le pis quant il fault que je y tire : Car trop souvent ont la nef abismée En la grand mer.

Mon triste cueur la voile je puis dire.

Et le gros vent, qui pour enfler aspire.

Sont griefz souspirs de cballeur enflambée. Helas ! tu es la tramontaine aymée.

Et celle-là que plus venir je desire En la grand mer.

Iili6

RONDEAU

Malgré nioy vis, et en vivant je meurs;

De jour en jour s’augmentent mes douleurs Tant, qu’en mourant trop longue m’est la vie. Le mourir crainct et le mourir m’est vie : .Ainsi repose en peines et douleurs!

Fortune m’est trop doulce en mes rigueurs.

Et rigoureuse en ses fainctes doulceurs.

En se monstrant gracieuse ennemye Malgré moy.

Je suis heureulx au fons de mes malheurs.

Et malheureux au plus grand de mes heurs; Estre ne peult ma pensée assouvie.

Fors qu’à rebours de ce que j’ay envie : Faisant plaisir de larmes et de pleurs Malgré moy.

RONDEAU [de madame LA DUCHESSE HAAGUEHITe].

Sar : Oomiiir f talvnm fae rf^m , *t «raadi no* ia die f m MvofflMrimtti u.

Saulvez le Roy, ô Seigneur gratieux !

Et exaulcez, ce jour, en voz sainetz eyeux. Nous qui pour luy invocquons vostre grâce. Las ! retournez vostre benigne face Pour essuyer les larmes de noz yeux.

Vous estes seul, par sur tous aultres dieux. Puissant, piteux, miséricordieux :

SECTION III. — CAPTIVITÉ EN ESPAGNE. 447 Monstreï-le-nous bientost, en peu d’espace :

Saulvez le Roy !

Nous congnoissons que noz maulz vitieui Mentent bien les tourmens ennuyeux Que maintenant justice nous pourchasse ;

Vostre bonté nostre malice passe :

En ceste foy vous prions pour le myeulx :

Saulvez le Roy !

RONDEAU. V

Pour tout jamais que soit dueil incité Pour mon bien mectre en grand captivité ;

Et lors j’auray pour douleur plus amere Le recorder, au temps de la misere.

De l’hcur passé de ma félicité.

Je n’ay pacicnce en mon adversité;

Car mon mal est en telle extrémité,

Qu’il me contrainct de ne m’en pouvoir taire Pour tout jamais !

Dont je supplie, par grand humilité,

La mort venir i ma calamité;

Par devers moy privement le peult faire.

Pour ensemble l’ennuy et moy deffaire.

Le reputant en grande charité Pour tout jamais I

RONDEAU

C'est pour jamais que dure éternité ;

En l’esperit estant par fermeté,

Perpétué sans point de defllance L’on peult juger, par certaine science ,

Que pour mourir ne se perd voulenté.

Le corps de terre en la fosse est bouté.

Et l'espcrit, sachez, a emporté La seure amour de ferme souvenance.

C'est pour jamais !

Par quoy te dii avoir l'auctorité Sur le jamais la tienne honnesteté,

De mon possible, par ma seulle esperance. Le corps çà bas est tien sans deffiance.

Et l'esperit te promect seureté :

C’est pour jamais !

RONDEAU. V

Pour mon repos j'endure penitence Pour celle-là qui a ma liberté :

Car ferme foy me donne voulenté De demoiu^r tousjours en sa puissance , Pour mon repos.

C’est par le temps qu'on a eu congnoissance De mon amour ' avecques fermeté :

* Senrice. hU. dê Balut4.

Parquoy j’espere en eslre mieulx iraicté,

Et de cela j’en ay bonne esperance.

Pour mon repos.

C'est bien raison que j’aye recompense De mon senice, ayant tant mérité ;

Et si ne • veulx sinon lionnestetc ,

De seure amour lorsj’auray suflisance.

Pour mon repos.

HONOE.ti;.

U I quel douleur la souvenance ainaine.

Quant de ton mal la mémoire ramaine,

La mienne amour ne te pouvant revenir!

Car aultre bien ne deraandroit avoir,

•Mais qu'il te veist fort constante et bien sayne.

Plus de dix ans luy dure sa sepmaine S’il ne te voit; trop grand luy est la peine : C’est le contraire de ce qu’il peult voidoir.

O quel douleur !

De moy tu pculx demoiirer trop certaine Que je tiens bien pour ma meilleure estraine Le trop grand heur et bien que me faix veoir : Parxjuoy fcray à jamais mon debvoir.

Mais quel malheur! tu es de moy loingtaine :

O quel douleur I

Me. Mi. da lialaze.

CUANSOM FAICTE PAIl MADAME MABfirERITE DANS SA LICTIEftF., DURANT LA UALL.ADYE DU ROT

Si la douleur de moo esprit Je pouvois monstrer par parolle,

Ou la déclarer par escript,

Oneques ne fut si triste roole!

Car le mal qui plus fort m'affolle, Je le cache et le couatc plus fort.

Parquoy n’ay riens qui me consolle.

Fors l’espoir de la doulce mort.

Je sçay que je ne doihi celer Mon ennuy, plus que raisonnable; Mais si ne sçauroit mon parler Actaindre. à mon dueil Importable, A l’e.scripture véritable Defauldi'oil la force à ma main ;

Le taire me scroit louable.

S’il ne m’estoil tant inhumain.

Mes lermes, mes souspirs, mes cris.

Dont tant bien je sçay la praclique.

Sont mon parler et mes escripU;

Car je n’ay aulire retboricque.

Mais leurs efleetz à Dieu j'applicque Devant son throsne de pityé, Monstrant pour raison et rcplicque Mon cueur soulTrant plein d’amytié.

' Elle fut composée au mou de aepleinbre pendani que madame d'A*

lençon sc rendait a Madrid aupn^ du Roi malade. Celte chanson a été publiée dans

le tome I des Marguerites de ia Marguerite, p. 467. Nous avons collationné ce texte sur le manuscrit aaS6 S F (loi. ia3), Bi* bUoihéquc royale.

O Dieu ! qui le.s vo.strcs amcs,

J'adresse à vous seul ma complaincte ;

Vous qui les amys estimés,

Voyez l'amour que j’ay sans fainctc.

Où par vostre ioy suis contraincte Et par nature et par raison :

J'appelle che.scun sainct et saincte Pour se joindre ù mon oraison.

La s ! celuy que vous amés tant Est detenu par inallailyc,

Qui rend son peuple mal content Et moy envers vous si hardye,

Que j’obtiendray, quoy que l'on dye.

Pour luy très parfaite santé;

Oc vous seul ce bien je mandye Pour rendre chcscun contenté.

C'est celuy que vous avés uingt A roy sur nous par vostre grâce;

C'est celuy qui a son cueur joinct A vous, quoy qu’il dye ou qu’il face;

Q)ui vostre foy en toulte place Soustient; laquelle le rend sheur De veoir à jamais vostre face :

Oyez don([ue les cris de sa seur.

Ilelas ! c’est vostre vray David,

Qui en vous seul a .sa fiance ;

\ ous vivés en luy tant qu’il vit :

Car de vous a vraye science,

V^ous régnés en sa conscience.

Vous estes son roy et son Dieu ;

En aiiltrc nul n’a confiance.

Ne n’a son ciicur en aultre lieu.

Pour malladye et pour prison,

Pour peine, doulleiir et souffrance.

Pour envye ou par trahison,

N’a eu en vous moindre espérance.

Par luy estes congnu en France Mieulx que n'estiés le temps passé;

Il est ennemy d’ignorance.

Son savoir tout aultre a passé.

De touttes ses grâces et dons -A vous seul a rendu la gloire ;

ParquoY les mains à vous tendons,

Affin qii’aycs de luy mémoire.

Puisqu'il vous plaist luy faire boire Vostre calice de doullcur.

Donnés à nature victoire Sur son mal et nostre malheur.

O grand médecin tout puissant !

Rcdonnés-hiy santé parfaicte.

Et des ans vivre jusqu'à cent.

Et à son cueur ce qu’il souhaicte.

Lors sera la joye resfaicte ,

Que douleur brise dans noz meurs;

Dont luenge vous sera faicte De femme, enll’aus et serviteurs.

Par Je.sus-Christ, nostre Sauveur,

En ce temps de sa mort cruelle.

Seigneur, j’atlcndz vostre faveur

SKCTION ni. — CAPTIVITK FA ESPAGNE.

Pour en oyr bonne nouvelle.

J’en suis loing : dont j‘ay douUeur telle.

Que nul ne la peult estimer.

O ! que la lettre sera belle Qui le pourra sain airenmer !

Le désir du bien que j’actendr Me donne de travail matière ;

Une heure me dure cent ans,

Et me semble que ma lictiere Ne Itouge, ou retourne en arriéré.

Tant j'ay de m’avancer désir.

O ! qu’cir est longue la carrière Oi'i à la fin gist mon plaisir !

Je regarde de tous costés Pour veoir s'il arrive personne,

Pryant sans cesser, n’en doubtés.

Dieu, que santé à mon Koy donne.

Quant nul ne voy, l'oeil j'abandonne .A pleurer; puis sur le pappier U'ng peu de ma douleur j'ordonne :

Voilà mon doidoureux niestier.

ü ! qu’il sera le l)ien venu Celluy qui, frappant à ma porte.

Dira : Le Roy est revenu En sa santé très bonne et forte !

.Alors la seur, plus mal que morte.

Courra baiser le messaigier Qui telles nouvelles apporte.

Que son frere est hors de dangier.

CAPTIVITÉ DU ROI FRANÇOIS \\ Avancés-vous, hommes, chevaulx; Asseuré»-moy , je vous suppiyc,

Que nustre Roy, |>our ses grandi maulx,

A receu santé accomplye :

Lors seray de joye remplye.

Las I Seigneur Dieu, csvcillés-vous.

Et vostre œil sa doulceur desplye,

Saulvant vostre christ et nous tous!

Saulvés, Seigneur, royaulme et Roy,

Et ceulx qui vivent eu sa vye;

Voyés son espoir et sa foy Qui à le saulver vous convye.

Son cueur, son désir, son envye,

A tousjours offert à voz yeulx;

Kendei nostre joye assouvye.

Le nous donnant sain et joyeulx.

Vous le voulés et le pouvés;

Aussi, mon Dieu, à vous m'adresse :

Car le moyen vous seul sçavei De m'oster hors de la destresse;

De paour de pis, qui tant me presse.

Que Je ne sçay la où j’en suis.

Changés en joye ma tristesse :

Las ! hastés-vous, car plus u'en puis.

EPISTflE DE L.\ HOTISB DE NSVABRE (exTR.VIT).

C’est, sans mentir, ung singulier plaisir Rainentevoir entre amys, à loisir.

Par i^assc-lenips, les fortunes passées, lorsqu’elles sont de bonheur compansées;

Et m’est advis, ainsi je le veulx croire,

Pour naon grant bien, qu’avez de nio v mémoire,

Mc souhaictant en vostre compagnie.

Dont je ne puys d’esprit estre baïuiye.

En y pcn.sant à bon droict j’en souspire ,

Et, d'un désir très ardant, je desire De povoir estre, en quebpie coing et angle,

Ung petit point de ce pari'aict triangle.

LasI quant je pense à la saison passée,

Tousjours inallieur m’a très fort avancée Aux lieux de dueil plains de telle souffrance.

Que mort estoit ma joye et esperance;

Cinq ans y a que vous vyi en ce lieu.

N’ayant secours ne médecin que Dieu,

En maladie, liela.s ! si très extrême.

Que d’y penser j’en deviens pasle et blesme. üng an après, pour heureux avantaige.

Je IÎ7. d’Espaigne en travail le voyaige.

Où me faillut comme en poste courir;

Et là trouver sur le poinct de mourir Celluy qui seul, au temps de la misere,

M’estoit mary, pere et très aymé frere.

Et maintenant que la fortune advei'se Ne vous peult plus donner nulle traverse.

Par voz vertuz se sentant surmontée.

Elle s’en vient vers moy toute csliontcc Pour s'en vanger, me faisant recidler Du lieu où plus je veulx et dov aller

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