‹ Captivité du roi François IerChapitre 158 sur 241 · SA MERE · texte numérisé non relu

SA MERE

Lr Rni eAt arrivé à Vîltoria. — Il aticod de5 nouvelles de la régente. — Tout est prêt pour sa üéli« vrance. — On aitmul le gentiiliomme porteur des pouvoir» de la récente. Ce»t le vice-roi qui préaide aus préparatifs de la délivrance de François I*'.

Madame, pour vous faire cnteuflre les propos que j'ay eus avec mon rousiii le vice-roy, depuis que je suis arrivé en ce lieu de Viclorye', qui fut hyer, poiu- le faict de ma dellivrance, du Jour et de la fonne. Cest en eifcl que, voyant que je n’avoys auciuies nouvelles de vous, ny du lieu ou pouve* de ceste heure estre, ny quand vous serier à Bayonne, et aussy (ju’il avoit délibéré séjourner en chemin, s’il [ne] venoit de vos nouvelles entre cy et là, j’ay esté d’advis et trouvé beaucoup meilleur pour tout demain séjourner en ceste dicte ville, attendant avoir de vos nouvelles. Ce que j’espere ne pouveoir phis tarder, veu que nous comniciicons si fort à approcher, et que le terme est si court, contenu et promis par le traicté, suivant lequel je vous advise, madame, que mon cotisin le vice-roy y va de mei-veilleusement bon pied, sans y chercher .aucune nouvelle dilTiculté; m.iis seulement en faisant ce qu’il en faut, alliii qu'il ne puisse estre dict qu’il ne l’ait faict en toute telle seurelé qu'il doibt et qu’il e.st rai.sonnahie qu’il face. Et pour ce, madame, que e,stant le ternie si court comme il est, il pouiroit estre que de vo.stre coslé ou de celuy de deçà les choses ne seroient pour pouvoir estre prestes comme il est promis, cncores que je n’y voyc que, .ayans de vos nouvelles, il se trouve du coslé de deçà aucunes difficulté si vous y pouvci trouver audict terme, à ce.ste cause, madame, nous avons advi.sé, moy cl mondict cousin le viec-roy, comme sera hesoiiif; que

A cette même époque, le vice-rot de Cette lellrca été publiée par Lanz, ouvrage

Naplü» écrivit à ClifirIrvQiiiiit pour l'infor- cité, p. 196. inor do ce qui »e passait auasi à ViUoria.

SECTION IV. — DÉLIVRANCE Dü ROI. 503 le gentilhomme qui viendra de voslre part , avec pouvoir de vous pour la fomie de ma dellivrance, apporte quant et quant pouvoir semblablement de vous de pouvoir prolonger pour quelcjues jours le terme de madir.tc delli\Tance, ailin que d’un consentement commun il se puisse faire, jwur ne pouvoir dire que n’ait en ce faisant d’un cosié ny d’autre esté contrevenu  ce qui est promis et traicté. Par quoy, madame, il vous plaira incontinent m’y vouloir faire response en toute ibUigence, car .selon ce que viendra de vous on se conduira du costé de deçà, non poinct, madame, qu’il soit en cecy question de nouveau traicté, mais seulleiuent, sans parler d’autre chose, s’ayder du pouvoir que vous baillerez aucUct gentilhomme, s’il en est besoing, et ainsy que je verray qu'il se debvera faire et non autrement.

Pour ce, madame, que ce courrier a hastc et que le prospos est long, vous m’excuserez si je ne le vous escripts de ma main, mais je le vous envoyé tel que mon cousin le vice-roy et moy avons eu le temps, et croyés, madame, que il y va honnestement et de bon pied, et toujours dez le commencement ainsy l'a faict, comme a espterance de vous dire, mais qu’il aict le bien de vous veoir.

Vnslri' très humble et très obéissant fils,

FRANÇOYS

N* fX.\U. — REL.ATION DE CE Qt'l SE PASSA A MADRID ENTRE LE ROt ET L'EMPEREUR, DEPUIS LA SIGNATURE DU TRAITÉ DE MADRID

Depuis le parlement de monsieur de Tharbe, le Roy avec l’empereiir, ce jour mesme, partirent de Madrid et s’en allèrent coucher à quatre lieues dudict Madrid, en un lieu nommé Torrigues, à une lieue de Illesques, et le lendemain allèrent à Illesques, ou estoit arrivée la royne, le soir de devant. Et après disner la furent veoir ledict empereur et le Roy ensemble, et la trouvèrent en son logis, où elle

estoil venue au devant d'eulx juM|ues en une gallerye outre la salle, accompagnée de la reyne Gennaine à sa ntain gauche, et le connestable de Castille, qui luy scrvoit de chevalier d’honneur, à la droicte.

1,’enipereur luy présenta le Roy, aucpicl elle voulut baiser la main, toutcsfüis après il la baisa, et rcmpereur aussy, et puis s’en vindrent tous ensemble en une salle où il y avoit quatre chaises préparées, où ils s’assirent, c’est à sçavoir : le Roy près de la roync, et l’empereur près de la royne Germaine, et là devisèrent assez longuement et virent danser devant eux. Et sur le soir, l’empereur et le Roy vindrent coucher aux Torrigues.

Lendemain après disner ils en firent autant, et retournèrent audit lUesques veoir la royne, laquelle dansa, à la requestc de l’empereur, à l’espagnolle. Ce jourmesme, ils prindrent congé des daines, merveilleusement contents, revindrent audict Torrigues, tous deux en une litiere; et puis l’empereur le vint voir, et le vint convoyer jusques à un traict d’arc hors la ville; et là, prindrent congé l’un de l’autre en grande ceremonie. Nous vinsmes coucher à Madrid , et l’empereur à llles({ues, et fusmes audict Madrid tout le lendemain mercredi.

Le Roy partit dudict lieu, vint disner à troys lieues de là et coucher à Sainct-Augustin, et fist sept bonnes lieues; hyer, sept autres, arriva en ce lieu de Guitragni, qui est au duc de l’infantasque, où il a, ce jour, demeuré pour veoir le parc, où il a tiré un grand cerf à farbalestre.

Demain il continuera ses journées, de sorte que jeudy nous serons à Borgnes, et entre cy et là le Roy depeschera Brion, pour faire entendre à Madame la sorte qu'on entend et que l'on veut tenir en la forme de la dellivrance du Roy, pour la faire ensuivre, et aussi les propos qui ont esté tenus entre l'empereur et luy, et rendra compte à Madame de tout ce qui s’est faict en cestc veue. Encore que monsieur le premier president, depesché mercredy, s’en aille bien instruict de toutes choses, cl est cependant depesché ce courrier aussi pour asscurer Madame de la bonne sente du Roy, au changement de l’air, qui est si bien qu’il dit qu’il n’alla oneques mieux à pied qu’il

SECTION IV. — DÉLIVRANCE DU ROI. SO.S ferait , ny ne se sentit jamais pins raide qu’il faict , ayant grand ayse de commencer desjà à sentir l’air de France.

Le vis-roy, qui est en sa compaignie, est après à faire escripre les articles de la forme de ladicfe déclaration que Brion vous portera, et cependant a supplié le Roy qu’il n’approuchast aucune gendarmerie; ce que le Roy m’a commandé vous cscrire, affin qu’il plaise è Madame ordonner qu’il ne passe aucune gendarmerie plus oultrc que Dacqs : et qxie, an demourant, Brion et le premier president .s’en vont si bien informez de sa volunté et intention sur toutes choses, qu’il remettra le tout à leur arrivée devers Madame, qui sera prochaine.

Monsieur de Nassau a tant importimé le Roy, qu’il a fallu qu’il ayt escrit è madame la princesse de la Roche-sur-Yon à ce qu’elle veuille consentir à bailler la main à une eschange que Bourbon, comme tuteur de ses enfans, a faict avec ledict sieur de Nassau, de deux terres que lesdietz enfans ont en Flandres, nommées Anse et Condé, desquelles ledict Bourbon baille recompense de mesme valeur sur ses terres de France. Et pour ce que le Roy ne trouverait bon que cela se Gst, il m’a commandé vous escrire que vous faictes que Madame donne tel ordre de cela à ladicte princesse, soit par monsieur de \'endosme, comme principal parent desdietz enfants, ou autrement, de sorte que la chose soit empeschée, et quelle ne vienne à sortir elfect.

Au demeurant. Monseigneur, nous n’avons pas un escu, à grand peine pour payer nostre escot. Le Roy supplie Madame qu’il soit donné ordre qu’il luy en soit envoyé plus tost que faire se pourra , car il en a bien besoing. Le chevaucheur nous a dit, quand il vint, qu’on depeschoit un homme à Lyon qui apporterait de l’argent. S’il est ainsi, il vous plaira le faire savoir, car nous n’avons eu nulle nouvelles; vous advisant, monseigneur, qu’il n’a tenu à moy à solliciter que Madame n’ait plus souvent des nouvelles qu’elle n’a eu; mais on me remet tousjours du jour au lendemain, et toutesfois, si j’eusse eu argent, je n’eusse attendu cela, ny failly è vous depescher il y a buict jours. Mais il m’a semblé, monseigneur, que vous devez bien penser qu’il n’v a de ma faute.

N* CCXLU. — PROCÈS-VERBAL Dü TRAITEMENT FAIT A FRANÇOIS 1" FJ«

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