‹ Captivité du roi François IerChapitre 159 sur 241 · ARRIVÉE EN FRANCE · texte numérisé non relu

ARRIVÉE EN FRANCE

( Suite de U protestation du I\oi du 1 3 janvier ] 3S6 , ci'dceaos , p. 478. )

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El depuis, nous, notaire et secrétaire dessus nomme, par le commandement du Roy, avons prins garde k ce qui a esté fait autour de sa personne, pour sçavoir si depuis ledict traicté de paix, ses gardes ne seroient aucunement levées cl lui mis en aucune liberté, et avons tousjours veu que continuellement depuis ledict traicté fait, et par le Roy signé et juré et par scs ambassadeurs, les gardes et guet, tant de nuit que de jour, a esté tousjours faict et continué autour de la personne du Roy, sans jamais le laisser en liberté heure ne moment.

Et advint que le samedy après ledict traicté, la Gebvre reprit le Roy, qui le tint l’après-disncr et toute la nuict ensuivant. Et le dimanche matin, le Roy prins medecine, et encores luy estant en son lit, survint le vice-roi, tout houssé, esperonné pour aller devers l'empereur. Lequel dict audict seigneur Roy que l’empereur lui avoit mandé faire les Kançaillcs, comme procureur de ladicte dame Eleonor, par paroUes de présent avec le Roy, et incontinant s’en revenir devers lui. Par quoi incontinant, le Roy estant dans son lit, liança maditc dame Eleonor par parole de présent : et ce faict, ledict vice-roy partit et s’en alla à Tollcdo devers ledict empereur, le Roy demeurant tousjours prisonnier avec les gardes accoustumées.

La nuit après le parlement dudit vice-roi, le feu prist audict cha-

‘ Ce document a été leproduit par dans son recueil de traitds. Nous le pu- M. Cimber comme un extrait de la pro- blions de noureau comme l'un des docu-

testation du Roi . extrait qu'il avait tiré menta les plus nécessaires é l'Insloire de

du manuscrit de Gaigniéres 466’; mais la délivrance du roi prisonnier, il avait déjé été imprimé .par Léonard.

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IV Mil.

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SECTION IV.— DÉLIVRANCE DU ROI. 507 teau de Madrid , et brulla un quartier de logis. Et l'eiTroy fut si grand que le Roy fut contrainct se lever sans avoir dormy à suffisance, et fut son Uct plié et sa chambre vuidée'. Quoy voyant, l'archevesque d'Ambnm et le premier president allèrent devers ledict Alarcon le prier d’eux mesmes que son plaisir fut remuer le Roy dudict chasteau et le mettre en quelque auttre maison de la viUe, avec ses gardes, avant que ledict feu eust plus procédé et occupé les yssues dudict chasteau, et afin que le Roy, qui avoit eu la fiebvre le jour precedent, peust reposer; ce que ne leur feust accordé par ledict Alarcon, disant qu'ils seroient bien maisires du feu et qu'il seroit estaint. Et durant ledict feu , il y eut toujours deux Espagnols dedans la chambre du Roy pour le veoir et regarder, sans jamais le laisser de veue, et a esté contraint messire Jean de la Barre , chevalier, prevost de Paris , tant , devant la maladie du Roy, durant icelle et après, laisser entrer de nuict les gardes et gens du guet dedans la chambre du Roy et venir regarder dedans le lit du Roy à l'heure qu'il dormoit pour veoir s'il y estoit.

Le mardy gras ensuivant, qui fut le xiii‘jourdu mois de febvrier, l'empereur vint à Madrid, de la venue duquel le Roy se resjouit grandement, espérant avoir de luy liberté ou quelque acte de honnesteté, tour de magnanimité et felaxtion d'aucunes des desraisonnablcs promesses qu'on luy avoit fait faire par ledict traicté. Toutesfois, demeura tousjours en la presence de l'empereur prisonnier et soubz mesmes gardes que paravant, et en lieu de quitter ou remettre aucune chose, l'empereur luy dit qu'il avoit donné la duché de Milan au sieur de Boiu'bon, à sa vie durant, é la charge d'aucunes pensions, et néantmoings requist le Roy de donner audict sieur de Bourbon vingt mil livres de pension par an payables jusques à ce que le procès intenté pour raison de la conté de Provence fust jugé et décidé , en luy disant que, s'il ne vouloit donner ladicte pension audict de Boiu'bon, qu'il la luy

' Vojei (planche VIII) le dessin de la coucher de François 1". Ce dessin a été

tapisserie , aui armes du Roi , qui enlsu- publié «ers ceUc époque mime,

rail, au chileau de Madrid, la chambre à

donnast pour bailler audict de Bourbon en la forme que feue madame Anne de France, douairière de Bourbon , la prenoit : ce que le Roy n’osa contredire audict empereur, combien que ce fust chose déraisonnable, après la conclusion dudict traicté et qu’il eust esté accordé par iceluy qu’d n’auroit ladicte pension. Et encores davantage, ledict empereur demanda au Roy luy accorder la souveraineté et exemption pour ledict seigneur de Bourbon et pour ses terres; poiu ce qu’il cogneust à la response que le Roy luy feist que la demande estoit par trop exorbitante et desraisonnable , il se contenta de ladicte pension. Et outre toutes ces choses, luy feist encores requérir ledict empereur voulloir pour l’amour de luy donner et octroyer aux sieurs d'Autrey et de Vergey, son chambellan ordinaire, la terre et seigneuries de Saint-Disier, pour autant qu’il prétend icelle avoir esté autrefois possédée par ses prédécesseurs, et plusieurs autres semblables requestes et demandes pour ses serviteurs , qui estoit clairement donner i congnoistre qu’il vouloit tirer dudict seigneur, tant pour luy que pour les siens, tout ce qui luy seroit possible, sans avoir esgard à aucune honnesteté.

Le jeudy suivant, l’empereiu demeura encores audict Madrid, le Roy tonsjours estant prisonnier sous la garde accoustumée. Et le vendredy ensuivant, xvi'jourde febvrier, l’empereur et le Roy partirent de Madrid et allèrent disner au lieu Yestaphie, et de là coucher à un chasteau fort nommé Torregeon , où il y a grosse munition d’artillerie. Et avoit le Roy tousjours ses gardes quant et luy, non seulement gens de cheval, ains aussi les soldats gens de pied vinrent au Torregeon et entrèrent quant et luy audict Torregeon, avec la baniere despioyée, les uns portans arquebiues, etc.

Le samedy ensuivant, dix-sept febvrier, l’empereiu' mena le Roy au lieu d'Dliesques, et après disner, aller visiter, en une maison près, ladicte royne madame Eleonore , accompagné de la royne Germaine , douairière d'Arragon, et autres dames, où ils furent environ trois heures. Et combien que l’heure fust tarde, ledict seigneur empereur ramena le Roy coucher audict chasteau de Torregeon, et estoit plus d'une heure de nuit quant il arriva.

SECTION IV. — DÉLIVRANCE DU ROI. 509

Et le dimanche ensuivant, qui fut xviii* dudict mois de febvrier, l'empereur et le Roy disnerent ensemble au chasteau , et aprez disner ledict empereur conduisit derechef une autre fois le Roy audict lieu de llliesques pour veoir la royne, et le retourna le soir coucher audict chasteau de Torregeon.

Le lundy en suivant, dix-neuf février, l'empereur et le Roy prirent congé l'img de l'autre, et s’en vint le Roy soubz la garde du capitaine Alarcon, et autres gens à pied et à cheval, et fut ramené et remis audict chasteau de Madrid, où il avoit esté toujours prisonnier, tant estant malade que sain; combien qu'il eust prié et requis lcdict vis-roy qu'il ne fust plus remis audict cbasteau, ni en ladictc ville de Madrid , toutesfois il ne le peut obtenir. Et combien aussy que l'empereur et vis-roy luy eussent promis qu'il marcheroit et parliroit le mardy dudict Madrid pour venir à la frontière, toutesfois ledict Alarcon luy déclara qu'il ne pouvoit partir, pour ce que lesdicts soldats estans de sa garde n'estoient payez , pourquoy ne se pouvoit mettre en ordre pour ce jour. Et fust différé son partcment jusques au mercredy ensuivant xxi° dudict mois de febvrier, et depuis a continué son chemin pour venir à la frontière de Fontarabie, soubz la charge desdicts vis-roy de Naples et capitaine Alarcon, avec les gens de sa garde tant de pied que de cheval , sans jamais avoir eu heure ne moment de liberté : mais tant plus il est approché de ladicte frontière, tant plus estroitement il a esté gardé et renforcé ses gardes. De sorte que estant en la ville de Saint-Sebastien, ville forte et bien gardée, ils contraignirent ledict seigneur, im jour, d'ouir la messe et ne bouger de son logis, sans luy permettre qu'il allast jusques à l'eglise, comme il avoit accoustumé les jours precedents.

Depuis que nous fumes en nostre royaume, par l’exhortation de nostre saint pere le pape et d'autres roy et princes chrestiens, par l'avis et deüberation des pnnees de nostre sang, prélats et autres gros bons et notables personnages de nostre royaume , avons esté par plusieurs fois exhortez, amonestez et solicitez de faire ime bonne, ferme et stable ligue, paix et confédération, tant aux fins que dessus, qu’aussi

principalenient pour parvenir à une paix universelle. Laquelle chose avons d'autant plus volontairement fait et conclud avec nostredict saint pere, saint siégé apostolique et autres ci-après nommez, que par icelle ligue, par tous les contractans conformement a esté laissé lieu bon, grand et honorable à nostredict bon frere l'elu empereur, pour entrer en icelle ligue, avec les honnestes, justes et raisonnables conditions contenues en icelle, lesquelles il ne peut justement cl raisonnablement refuser, s’il ne prenoit conseil et avis de gens qui n'aiment et ne veulent le bien, paix et union de la chrestienté.

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