‹ Captivité du roi François IerChapitre 170 sur 241 · BONDE.AD · texte numérisé non relu

BONDE.AD

O bon chemin 1 qui recouvrer nous faietz Le doulx plaisir, laissant le pesant faix De longue absence A noz vies importable. Que tu te monstre humain et amyable.

Puisque par toy d’ennuy sommes deffaietz.

Secondement, par joye sommes reffaiz.

Quant par amour nous verrons les eifeetz Estre constans, fermes, non variables :

O bon chemin !

De ton ennuy pardonnons les mesfaictz ,

En te quictant les tristes piteulx ' faictz ,

Puiscpie nous mectz en voye trop favorable. Félicité nous despars conven:iLle,

En nous rendant heureux et satisfaietz.

O bon chemin I

CUANSON.

Si par raison l’on se plainct de souffrance Et par vertu on prent en patience, Contant seray de faire dcsesperance Ma bberlé.

Libre en prison je suis et ay esté;

De dur yver j* ay faict plaisant esté :

Tant de vertu la peur a degecté Comme ennemye.

Peu estimant pour vertu ceste vie.

Qui aux bons est occasion d’envie.

Aux vertueulx prochaine et bonne amye.

Comme on pcult venir.

Qu’en grand travail le plaisir du debvoir Que l’on a faict contente le sçavoir.

Tant qu’on change liberté pour l'avoir En la pensée.

Bien qu’elle soit de plaisir dechassée.

Se recordant de sa joye passée,

' Et pesant Csix. Mi. d$ Can^é.

SECTION IV. — DÉLIVRANCE DU ROI

Las I que soubhaict la rendist advancée Par fermeté ,

Laquelle peult mériter seiveté,

Si nul vouloir fut jamais hérité D’honneste preuve en grande austérité *

De longue absence,

Qui ne congnoist ny vertu ne prudence,

Estant son bien, sa preuve et penitence.

Que vous aymer rendant mort et naissance Je mets et uniz.

Car* voulonté csgalle aux bons amys.

En confessant qu'Amour n’a rien obmys A mon vouloir, affin que tout soubtmys A vous je fusse :

Car le sçavoir qu’aultre chose je sceusse Et congnoissance en moy que plus je peusse.

Me seroit mort encores que je voulusse Ne riens vouloir

Que d’obeir à vostre grand pouvoir :

Car aultre bien ne puis appercevoir Pour mon confort, actendant le reveoir,

Vaincueur de peine.

‘ Auctorilé. — ’ Pour. Mi. de Balaie.

CAPTIVITE DU IlOI FRANÇOIS I"

EPISTRE [de la reine DE NAVARRe].

Le groz ventre trop pesant et massif '

Ne veull souffrir, au vray bon cueur naïf,

Vous obeyr, complaire et satisfaire.

Ce tpie surtout il desire de faire :

Car s’il cuide prandre la pliune en main, üng mal de cueur le remcct à demain.

Et par doidleur souvent et passion Il oublye sa bonne invention.

De foiblesse luy donne tel tourment.

Qu’il empcsche sens et entendement;

Mais, toutesfois, ne me rend insansible D’avoir regret à vous dire impossible ;

Qui s’augmente tant plus avant je voys,

N’ayant le bien et l’honneur que j’avoys.

Et qui pis est, ne vous faisant service Fors prier Dieu, voylà tout mon oflice.

Je ne vous puis au long mander ma vie.

De vous donner tel ennuy n’ay envye;

Mais s’il vous plaist sçavoir quelle je suis,

Comparaison mieulx bailler ne vous puis Que du rochier de Cerès, dont racompte Eurialo, qui d’asseurer n’a bonté Que par douleur la pierre fut contraincte A recevoir de leurs larmes l’cmpraiucte.

Ce dur cbaillou, monsieur, je vous envoyé,

' Celle épUrc nous pareil 8C riipporler dans sa réponse, parle de scs enfaiils à 1a première grossesse de la reine de Na- comme étanl enoor»' en otage, varre, c'est-àdire à l'année iSa7. Le Hoi,

SECTION IV. — DÉLIVRANCE DU ROI

Que j’ay trouvé en ce deserl sans voyc ,

Il suppléra à ma pouvre escripture,

Vous demonstrant quelle est ma pourtraicture.

Par mes larmes sentirez la douleur Qui procédant de la triste cotdeur,

Soustenue par foy et esperance De recouvrer ce que m’osle l’absence,

Et qui jamais de vostre bonne grâce

Jà ne perdra, pour temps qui soit, sa place

Celle qui vit en désir et atente ’

Vous veoir contant et Madame contante,

Quy est le tout au vray de mon atantc.

EPISTRE [e.N néPO.VSB À LA REINE DE NAVARRE

La chose entière estant inséparable Rend temoignaigc i elle trop louable :

L’esprit vivant en ung corps triformé Est bien bcnreux en tel temps estre né.

Je le te dy, o seur, pour congnoissance , Que nostre mort est joincte à sa naissance, Et que le cours qui entre deux se faict N’est que tesmoing d’ung ouvrage parfaict. Parquoy, si l’œil de ton corps veult plourer, Arreste-le, faisant le demourer.

En luy disant : O corps I tu n’as puissance Rien exercer; Amour t’en faict deffence. Deux aultres sont qui, sans les offenser.

Tu ne pourroys ung triste ennuy penser : Car la chose qui à trois est commune

' Par les larmes sentans l'aspre dou* leur. Afi. 862i.

' Ce vers manque dans le mj laxt.

. lie Bu-

CAPTIVITÉ DU ROI FRANÇOIS I Impossible est sans les doux estre à une.

Soient doncq cessez voz piainctz et vos ennuytz Soient convertis en plaisans jours vos nuytcz ; Soit donné lieu et plaisante scilence A ton regret : plus en toy n'ayt puissance.

En lieu de fiers souspirs cnnuyeulx,

Soit toute chose agréable à tes yeulx :

.Ainsi faisant, tu donras à ta mere Joye et plaisir, osUnt douleur amere ;

Et à ton frcre rendras, par telle joye.

Chemin heureulx et plaisante sa voye.

Tu diz Cerès avoir en son malheur Tant fort pleuré, que sa grande douleur A eu pouvoir les pierres entamer,

Monstrant combien peiilt un parfaict aymer?

Et toy, estant entre rochiers divers Tout convertie, cscripre piteulx vers?

Mais quelle exemple à moy sera propice Pour déclarer quel est le myen office ?

Vicn doneque, Enée, qui portes la pitié En secourant paternelle amytié,

Portans les ans le.squelz favoient faict naistre Dessus ton col, te donnant heureulx estre; Di.vmoy comment ne quel moyen trouvas Qui dieux, et pere, femme et enfans saulvas? Certes besoing je auroys de ton ayde.

Pour en tel temps trouver un seul remede.

Je suis celluy de qui la longue absence De mes enfans procure dilligence;

Et leur pitié a esté tant amere ,

Qu’elle esvertue les ans de nostre mere ' :

Qui donne force aux ans de nosire mere. Mi. 862à.

SECTION IV. — DÉLIVRANCE DU ROI. 539 Mere à bon droit, qui soy-mesmes oblye Pour conserver ceulx-là qui d’elle ont vie.

Ainsi allons par temps rude et divers,

Mectant au pis l’effort de tous yvers.

Il est bien vray, où amour a puissance Rien n’y poiuroit avoir longue deffence.

Or doncques, sœur, je te prie penser Si tel effect te doibt faire avancer Le tien espoir, causant en ton esperit Le contraire de ton piteulx escript;

Et si l’amour maternelle * ne fault A ton enfant, quand tel sçavoir l’assauh.

S'elle ne doibt au moins, pour ton debvoir.

Ce doulx penser de luy faire sçavoir.

Pour vray, je croy, que l'innocente chair Anroit cela il plaisir et bien cher :

Car si le sang qui est mort renouvelle Poiœ demonstrer du meurtrier la nouvelle.

Que debvra donc le sang tant amyable Vif resentir du sien tant aggreable !

Je me tairay, laissant au seul penser Ce qu’on ne peult dire sans l’offenser.

En remectant au tien tant clair sçavoir Le remede pour à l’ennuy pourveoir*.

Mais ce seul mot fera conclusion.

Que pour jamais sera l’affection De mon vouloir à la tienne mesure.

Passé, présent et le futur t’asseurc.

' Palernelle. Mi. de Balase. — ' Remede «lire et à Ion mal pourvoir. Mi, 863à

EPISTBE [de I.A BEIMF. DE NAVABBE EN BÉPONSe].

Ce m'est tel bien de sentir l’amytié

Que Dieu a mise en nostre trinité

Daignant aux deux me joindre pour tiers nombre,

Qui ne suis digne i m'en estimer l’ombre.

Que tout mon heur et ma gloire y consiste,

Et le pouvoir dont contre ennuy résisté.

Piiy.sque ainsi est qu'ung trine sentiment Avons tous troys et ung consentement,

L'ung à l'autre, par amour si naïive.

Que deux vivans tiennent la tierse vifve,

Qui ne l'eust sceu pour nulle medecine.

Si en vous deux sa vie n'eust racine ;

Mais la vertu de voz cueurs en moy Forte Vivifiera, vivans, ma vie morte.

Or n'a eu mort, pour vous, sur moy puyssance ; Ennuy aussi n'en prendroit jouissance Obeyssant au tien commandement.

Si de ta peine ester le sentement Povoir j’avoys ; ce qui m'est impossible :

Car comme toy je n'en suis insansible.

' Cetlc tnnilé, dont il est souvent paHé dons les lettres du Roi, de la duchesse d'Aiiftouléme et de la duchesse Marguerite, ainsi que dans les poésies de ces trois personnage.s, a aussi été célébrée par les poètes du temps. Voici un rondeau do Jean Uarot à la louange de cette Irinilé (édition de 1731, L V, p. 374)

L'af ««««r ra lm« corp* aajeHirxn)^ •» fraer*

hafaaat «a cUult Mcord , Mat »

D'anow taat «aU«ri , ^’ii semble ifa« Mlare

Lm r«rmant ajl cbaiM disMAtioa , taiarMara .

Pow ao«mr mm diatordt tawimH allÛM*.

Uag pia, btaa b*«k «a Savaia «tri traitMac* ,

Si bMV s q** déi km It lj« f<«w m pUiuse* Fkaraa j • calai cl »» par ffaitar*

Uftf Mal enaar ca Iroîa corps.

L'aaf «l taira Ut foett uommi p«ar m paistaata . Fiançait, frtu «as «Caris. «Itt Frmçets U fisaet {

Sa MOT bsaa cosfaMMti , dacitcaM a«M« •< part » Beoaa trop plna qv’aaaaa. O laobU ftnilaia I Vaat MM uaicMpa , tommê ua trÎM maoea : t'of «tai ratar «• traia coapt.

SECTION IV. — DÉLIVRANCE DU ROI

Ce seul sentir de chose à moy tant chere Me vient crier : Las I fais ta bonne cherc I Vouldroys-tu bien rire, voyant ton frere N’ayant secours que de sa foible mere.

Qui sans repos, travaillant jours et nuyetz.

En surmontant la force des ennuietz Vont loing de toy. Et quoy que l'on te die.

Ta mere n'est quicte de malladie.

O monseigneur ! pense, je te supplie.

Geste raison dans mon cueur accomplie.

Doy-je passer mon temps sans y penser ?

Certe, nenny; se seroit ofienser Parfaicte amour, qui sans diminuer Je voy en toy sans fin continuer.

Hélas ! mais quoy, pour me reconforter.

Travail te voy plus qu’à Elnée porter.

S’il en a eu , c’estoit bien la raison Pour le pugnir de sa grand trahison.

Mais toy, qui as tousjours foy conservée Et envers tous ta constance observée,

Randant content Dieu et ta conscience Par ta vertu , doulceur, foy, pacience ,

Tenant à tous parole et vérité ,

Honneur tu as non ennuy mérité :

Car tu ne quiers que celuy qui est tien ,

Celiiy qui l'a sçait bien qu’il n'est pas sien :

C’est ung trésor qui fait tant travailler Filz et mere, et nuyt et jour veiller,

Qu’oneques ne fut trouvé par escripture Pareille amour, ne si bonne nature.

La se monstre qu’elle est extreme et grande.

Qiianl sur l’aaige et la force commande.

Dieux et perc porta faclllement Cest Ëneas, fuyant mort et tourment;

Mais tu cherches ce que tu doihz haïr.

Peine et laheur, pour à Dieu obeyr;

Et comme luy, qui est mort potu* les siens,

Tu ne crainctz point nul danger pour les tiens. Les bras ne sont, de ce pere fort viculx,

Corbez ne las pour porter ses faulx dieux ;

Mais regarde ce qu’a soustenu celle De qui le nom ung seul bon cueur ne celle.

A-elle eu peur de mal, de mort, de guerre. Comme Ancbises qui délaissa sa terre?

Non : chascun sçait que sa seure constance De son pays fut la seulle deffenoe.

Pour dire vray, nous ferions tme histoire Si toy et moy avons bonne mémoire.

De tous les faictz que pour nous elle a faictz, Seulle portant, nous soullageant le faitz.

Et maintenant qu'elle est foible et toy fort,

Tu la soustiens comme son reconfort.

Non moins souffrant par ta compassion Qu’elle endure de mal et passion.

Or faict chascun de vous deux son devoir.

Par vraye amour, excedant le pouvoir Que dessert bien du ciel grâce immortelle ,

Et en ce monde, à jamais, gloire telle.

Que ' l’un à ’ l’autre a voulu satisfaire Tout’ ce qu’ Amour penlt ordonner et faire.

Mais tout cecy me doit-il resjouir Quant je ne puis d’tm tel honneur jouir?

' Car. — * Et. M$. de Con^.

Est plus Creusa du feu troyen punie Que moy, qui suis d’un si grand bien banie?

Est plus la mort à craindre et estimer Que ne servir ceulx qu’on doibt tant aymer.^

A ung bon cucur dcsplaist. Dieu sçait combien.

Vouloir bien faire et no servir de rien.

C’est ung enfer, croyet-le en vérité.

Quant il congnoist son inutilité.

D’ung lieu je suis par trop heureuse née.

Mais au double m’en sentz infortunée :

Car l’oRice ne fais de ma naissance,

Obeyssant au petit corps d’enfance

Qui est en moy, et pour en estre enseincte

De t’esloigner tous deux je sms contraincte.

Voire et au temps où plus j’avoys désir De te servir; qui m’est tel desplaisir Que tout travail, tant fust-il ennuyeux.

Me seroit plus que nul repos joieulx.

Le reconfort que tu dis que doy prendre En mon enfant, je ne le puis entendre.

J’en sentz le mal, le bien m’est incongneu :

L’un est présent, l’aiiltre n’est pas venu.

Je sentz très bien souvent qu’il frappe fort,

S’esjouyssant du gracieulx rapport Que l’on m’a faict de la liberté briefve De tes enflans, dont la prison trop griefve;

Mais il me garde que mon debvoir ne faietz A ceulx que j’aime mieux que luy mille foiz. llelas I fault-il de vous perdre la veue Pour satisfaire à la chose incongneue !

Une vaine et si longue esperance.

Où je ne puys fonder nulle asseurance?

Digne n’est pas d’estre mon juste dueil ,

Ne deseicher ta larme de mon œil ;

Et si n’estoit que tu le me deffendz ,

Je ne craindroys le corps ny les enflans Pour te suyvre, estimant moins ma vie Que de faillir à ce que j’ay envie.

Mais l'ordonnance à moy par vous deux faicte De conserver l’œuvre, qui n’est parfaicte,

Rend cueur et corps, sens et entendement Ou tout subjeetz au tien commandement.

Pour quoy t’en faiz très humble sacrifice.

En ne pouvant faire meilleur olHce.

Regarde ce qu’il te plaist commander.

Car le vouloir ne s’en peult amender.

Tu l’entcndz bien. Amour le sçait mieux dire Dedans ton cueur, que nulle main escrire ;

Le suppliant prendre le mien pour langue Et luy faire ma piteuse harangue.

En rapportant pour responce du tien Ta bonne grâce, qui est tout l’heur du mien.

EPISTRE [au roi PAR

Puysque changez le privé pour l’estrange, Avecques vous plus ne seray privée :

Car vous m’avez de vostre amour privée En me laissant pour tost aller au change. De ce meflaict bonne raison me venge : Car vous, seigneur, qui avez renommée D’estre loyal en amytlé privée.

Par bon vouloir plaisant et favorable.

Ne trouverez le temps plus amyable Pour si très tost vostre vouloir changer.

SECTION IV.— DÉLIVRANCE Dli ROI. 5^»5 Je ne le dys pour de vous me venger ;

Mais en musant, sottise m’amusa.

Quant on disoit : Nigra, sed formosa.

Je l’entends bien, jà çoit (|u’il me desplaise.

S’il fault qu'à vous chose nouvelle plaise;

Mais toutesfois debvez considérer Que privaulté, s’on ne la fait durer,

Estre ne peult des saiges fort prisée;

Et si elle est par temps accoustumée.

Elle vault myeulx que briefve congnoissance.

Ce ncantmoins, ainsi comme je pense.

Par doulx regard et façon asseurée ,

Crespés cheveulx ont pris vostre pensée.

Je n’en dis plus, mais entendre debvez;

Aussi je croy que moult bien le sçavez ,

Que vous avez, avecques oubliance En mon endroit, courte persévérance ,

Qui n’a esgard à mon affection :

Car je vouloys longue possession Pour demeurer tout le temps de ma vie Dame d'honneur : mais honneur se varie.

Folie donc seroit de se allyer A tel honneur qu’il ne sçauroit lycr;

Lequel desjà m’a sa porte fermée.

Me contraignant de dire à la volée Que c’est chose qui ne doibt advenir.

Et beaucoup moins par raison convenir Au plus parfaict et honneste du monde,

Ouquel vertu et bonne grâce habonde ,

D’avoir sitost faict nouvelle partie ;

Et s’il vous plaist à ceste départie De reproueber que n’ayez riens perdu

5'»6 CAPTIVITtt DU KOI FRANÇOIS 1".

A me changer, le tout bien entendu ;

Si en prenant vous ne dictes Jacquette En délaissant Jacfjuetle pour Jacquette.

Et vous res[>ond7, que l’acquest est petit :

Car le noir est pour avoir lx)n crédit ,

Plus que le blanc qui n'a point de durée : Blanche coullcur est hientost effacée,

Blanche coullcur de se changer se haleté, Blanche coulleur est en ung an passée.

Blanche coulleur doibt estre mesprisée.

Blanche coullcur est à sueur subjecte.

Blanche coullcur n'est plus longuement necte. Mais le tainct noir et la noire couleur A hault pris est de plus grande valeur.

Comme par vous le pouvez myeulx sçavoir :

Car vostre tainct me faict appercevoir Que le clair hrun est de plus doulce sorte Que n’est le blanc, car blanchem- point ne porte Ny entretient ryvemalle froidure.

Or quy est froid est contraire à nature ; Doneques blancheur nous est bien fort contraire.

J’en parle trop, mais je ne puis m’en taire :

Car j’ay bon droit, et si suis toute seure.

En congnoissant que de moy n’avez cure ,

Que pour le moins, si je ne vous puis plaire,

Sy aymez-vous de celle qui est noire Le propre nom, et fauU que je l'endure.

EPISTIIE HESPOVSIVE.

C'est bien assez me donner à congnoistre.

En mon endroit, que ne voulez plus estre En la façon que tousjours j’ay pensé :

Dont je me tiens très mal recompense Du long servir à vous non variable :

Et toutesfois vous m’estimez inuable.

Car quand le chien est bay de son maistre.

Et fusi-il bon, la raige luy faict mectre Pour loing de luy l’esloigner et chasser :

Qui est signe que me voulez casser.

Je ne sçay pas si par longueur de veue Vostre couraige si tost se change et mue.

Si ainsi est, au noir il faict granl tort;

Qui signilEc avant muer la mort ;

El vous, ingrate, qui sans cause et raison,

•Sans regarder à temps ny à saison.

Mais seulement à voulentc Icgiere En me laissant de me mettre en arriéré.

Doneques je dys, sans penser nul retuede :

Qaal infamjc maior que rompre fede !

Bien l’as rompue, certes, en mon endroit.

Sans juste cause et nul tiltre de droit.

Et en cela malheureux je me tiens :

Car pour l’aymer gaigné je n’y ay riens.

Fors seulleinent que j’ay eu congnoissance Qu’en femme noyre n’a pas grande fiance.

Pourtant, doneques, bien te veulx asseurer Que si après je vouloys demeurer

sg.

5'i8 CAPTIVITÉ DU ROI FRANÇOIS I-.

En nul service, soit de blanche ou de noire, Devant les yeulx j’auray bien en mémoire De me garder de fantaisie couverte,

Plus que la tienne estant trop descouvertc;

Mais pour cela ne lairray à te dire Que si j’estoys au lieu où je désire.

Lès Angoulmoys auprès de toy assis.

Je te diroys quatre mots bien assis.

Non pas pour dire que vucillc revenir.

Ne te prier me vouloir retenir :

Car je t’asseure qu'en ce que j’ay congneu,

En ton endroit, ne m’as pas retenu.

Mais, au contraire, voulentè m’as donné Par telle femme n’estre jamais mené.

Et sur ce point, adieu je voys vous dire.

En luy priant, autant que je desire.

De vous donner congnoissancc parfaicte Que sans raison de moy faictes la perte :

Car entendez que de moi voulunté Et du pouvoir qui y est adjousté Tu en as peu hault et bas commander.

Sans que nulluy t’en peust riens demander.

Et que pour fin ne me peulx reprocher.

Sinon que t’ay voulu tenir trop cher :

Dont pour le temps qu’avec toy j’ay passé Dire je puis : Requiescal in pace.

LA BE8CBIPTION.

A la noire Jaquette l’on m’envoye En attendant que mon maistre la voye.

SFXTION IV. — DELIVRANCE DU ROI

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