EPISTBE EN VERS ALEXANDRINS [ AB ROI PAR ]. V
Cellp paovre deceue cl misérable amante.
Pour trop avoir aymé tournienlée el doulente;
Dame, non dame estant, pour plus estre estimée.
Mais par mort ung vray monstre, horrible mieuix nomme,
Geste présenté epislre em[)lye de malheur Tenvoye l’infortunée, indigne de tout heur;
Où pour amour verras fiel, feu, liâmes et crys.
Estant plus de mes larmes que de noire ancre escriplz.
Asseï, certes, m’ennnye, ayant voulu t’aymer.
De t’appeller cruel el ingrat te nommer;
Mais, certes, pour la foy tpi’as rompue et mentie.
Ainsi mal te nommer je me suis consentie.
Laquelle faulse foy me donnas et promys Lorsque delyberas d’esloigner tes amys.
Las ! ne te souvient-il que tu me fois promesse De n’estre, par oubly, si reniply de paresse,
A faire prompt retom; mais, certes, il me semble Qu’à une mesme foys tu joignis tout ensemble Ton asseuré parler el ton elTecl muable :
Où te pensant aray t’ay trouvé variable.
Mais nonobstant (|u’ainsi triste mourir me faiz.
Et que te puis servir par mort, te donnant paix.
Plus doulx m’est le mourir qui par toy m’est donné,
Qu’il ne m’est malaisé de l’avoir pardonné.
Doneques puisqu’ainsi veulx qu’en cesl estât je meure ,
Soit faicl ta votdenté, sans y faire demeure.
Point ne prendray le mal à diieil ne desplaisir.
En quoy as passe-temps et où tu prends plaisir.
Ha I mon Dieu ! qu’autresfois, pour faire ton excuse A mon doubteiix penser, qui sans cesse t’accuse ,
J'osloys encontre moy traistresse et mensongère Plus qu’cstre estimée à croire trop legiere.
Mais je congnoys ti-op bien |iar mon adversité Que mon vouloir n’estoit rempiy de vérité.
Quant il disoit ainsi : Quoy qu’il en soit, je nye Qu'il m’ait laissé pour prandre ailleurs une auitre amye; Ains plusiost long cbemyn, son honneur et debvoir,
Kt la guerre ou prison m’empeschent de le veoir.
Mais comme, en ces cas, puis-je en riens faulte imputer. Quant je voy par effect qu’il n’en fault plus doubter.
Que mon très grand malheur n’est, comme ores je senU, Causé par nul de ceulx dont les tiens innocens?
F,t fault bien que j’accorde au penser, comme veoy.
Que ta faulte il sçavoit et veoyoit mieulx que moy.
Dont de.sorinais fauldra pour certain que je croye La chose de ce monde que moins desiroys vraye :
Qui est certainement que tu as faict le change De moy, qui tant t’aymoye, à une amye estrange.
Mais, dys-moy, quelle amour en ce monde seni-ce Qui par raison ne deust faire à la myenne place?
Ha ! quantes fois j'ay veu de mes tropt dolentz yeidx Le temps rude et divers, en regardant les cieulx.
Mon pouvTC cucur adoncq qui tant fort se douloit.
Sa grand douleur et peine alors renouvelloit !
Ha ! quantes foys je suis sortie à noyre nuyet.
Au couchant point du jour, à l'heure de mynuict.
Pour sçavoir mieulx compter les heures une à une, f^ii tous les moys conduict et faict passer la lune !
Par ce moyen j’ay faict que les cieulx j’ay congneu ,
Kt ton vouloir si faulx m’a esté incongneu :
Dont deceu ay esté, car oncq au descouvert Je ne peux veoir bon cucur desloyal trop couvert L ' tien cueur je ne viz déploya) trop couvert. A/t. Je Caityé.
SECTION IV. — DI^I.IVRANCE DU ROI
Mais unj; tel mal advient aux folz; c'est la raison Qui ne font leur folye à temps et par saison.
Et si ne voy pour vray fenime si fortunée Que pour avoir aymé fust tant habandonnée.
O cueur ingrat et plain d'impitic * trop cruelle,
Ne te souvient-il pas quelle est la foy de celle Qui, j>ar trop fermement t’avoir voulu aymer,
Soy-mesmes a hay , sachant se diffamer.
Or ne meetz en oulily qu’en ta seiille personne L’estoillc est le seul poinct qui de ma vie ordonne.
Quant au regard de moy, sçaehez que je suis celle Qui ay pareil tourment qu’a en mer la nascelle ;
Mais le grand ducil, bêlas ! malheureux qui m’assault.
Entend très-bien et .sçail que telle chose vault.
Mais quoy I le ciel si beau, n’est-ce k grande merveille,
.Aux malheureux ne veult prester sa douce oreille.
A tel malheur je suis conduicte et destinée ,
Qui me faict désirer ma vie en brief linée.
A peine doneques peult la personne enueillir Qu’en asj)re dueil et soing le fniict veult recueillir*.
Parquoy bientost sera le tien cueur plain de joyc.
Mais (ju’il voye que pour luy conduicte h la mort soyc :
En liberté seras délivré et despesché De l’ennuy que te donne qui tant ay empesché.
Mais qui eust sceu penser pouvoir trouver au miel Tant de mortel venin, d’amertume et de (ieli*