‹ Captivité du roi François IerChapitre 176 sur 241 · I..à finira, sans defliner · texte numérisé non relu

I..à finira, sans defliner

Vostrc humble créature.

Qui en douleur ne peuJt finer.

Mais qu'ayez de luy cure.

CBANSON.

Pour ne pouvoir ce que vouldrions.

Et pour vouloir l'impossible ,

Le contraire de noz affections Avons rendu trop possible.

Par quoy pitié dcbvez avoir Du temps perdu tant regreté;

Mais si le bien avons du veoir, D'yver ferons plaisant este.

Pour nostre bien, faull soubbaicter L effect de nostre espérance :

Car la voulant de nous oster Encontre ennuy n’aurons deffeiise.

Soit doncq congneu nostre vouloir Par vous, avant que l'avoir dit :

Par fermeté rendant debvoir.

Car voz vouloirs nous sont edietz.

Mais le temps remply d’envye.

Comme ennemy de nostre bien.

Du long reveoir nous deffie,

Encores que ne soyons sien.

SECTION IV. — DÉLIVRANCE DU ROI. 561 Car tout à vous nous nous tenons.

Sans congnoistre bien, ny fortune ;

Parquoy, puisqu'à vous nous donnons,

L’heure nous sera opportune.

CQA.VSOM *.

Où estes-vous allez, mes belles amourettes? Changerez-vous de beu tous les jours?

A qui dirai-je mon tourment.

Mon tourment et ma peine ?

Rien ne répond à ma voix.

Les arbres sont secrets, muets et sourds. Où estes-vous allez, mes belles amourettes? Changerez-vous de lieu tous les jours ?

Ah ! puisque le ciel veut ainsi Que mon mal je regrette.

Je m'en iray dedans les bois Conter mes amoiu-eux discours.

Où estes-vous allez, mes belles amoiu'ettes? Changerez-vous de lieu tous les jours ?

nOMDEAU.

Si ferme amour est infebeité,

Ung doulx languir cause d'honnesteté ,

' D'sprès une tradition écrite, le Roi aurait aussi composé la musîqtie de celle chanson . Nous publion s ccl air oolc ( pl. XI )

d'après le manuscrit de U Bibliothèque royale, coUect. Manrepas, t. XXI, p. 87, et U II des airs notés , p. a 19.

Si voulenté d'honneste feu esprise ,

Si long chemin par voye incongneue prise Doit m’cstonner, que peiilt ma seureté Si ferme?

Si voix doubteusc a nui à l’entreprise ,

Si couleur pale ay porté pour em|>rise ,

Si contre moy pour aultniy j’ay esté ,

Si le regret tout plaisir m’a osté, üng tel service est raison qu’on m’csprise Si ferme?

Si j’ay eu peine en grande adversité ,

Si par froit esté et par feu tourmenté,

Et j’ay congneu que peu ces maulx tu prise , Bien dire puis que doibz estre reprise D’ingratitude, et moy de voulenté Si ferme.

At’LTRE PAREIL HONDEAC. .

Bien heureuse est la saison et l’année.

Le temps, le poinct et l'heure terminée;

Le moys, le jour, le lieu et le pourpris,

Où des beaulx yeulx je fus lyé et pris.

Tant que prison m’est liberté nommée Bien heureuse !

Bien lieureulx est le doux travail que ay pris, Puisqu’au pouvoir d’ Amour je suis compris ; Sagetle et arc qui blessa ma pensée.

Aussi la playe en moy renouvellée.

SECTION IV. — DÉLIVRANCE DU ROI. 563 Que j’estime santé de trop grand pris :

Bien heureuse !

bien heureuse est la voix qui a nommée Le nom d'amye, estant plus qu’estimée ;

Bien heureulx est i’escript qui a appris A la louer, sans peur d'estre repris;

Et le penser croissant sa renommée :

Bien heureuse I

Bien heureulx est le mal d'amour surpris.

Et le chaull feu en doux gentz cueur espris;

Bien heureuse est la dame bien .aymée.

Quant son amy parfaicte l’a clamée.

Et luy donner amour a entrepris :

Bien heureuse !

L’enfant de Trace allant sur l’ilebre, lors glassc. Son poix les eaux rompit par froict jà congellées , Lesquelles par rigueur son corps avoiont tirées. Quant le glasson coulant siu- son col avansé,

La teste sépara. Dont la mere dolent En l’urne la niectant se dit : O teste aymée !

Je te fis pour le feu, pour te rendre inhumée :

De tes membres le reste aux eaues je fais présent. Et je ta mere n’ay, 6 pauvre infortunée !

Que la pail ejui me faict sçavoir mon mal présent.

JoraTÎt oculoa et doluere mei.

Elle jura par ses yeulx et les miens,

Ayant pitié de ma longue entreprise.

Que mes malheurs se tourneroient en biens ; Et pour cela me fut heure promise.

Je crois que Dieu les femmes favorise :

Car de quatre yeidx qtii furent parjures. Rouges les miens devindrent, sans faintise ; Les siens en sont plus bcaulx et aiiu^ez.

D’ung amy fainct je ne me puis desfaire. Sans ma parolle et honneur desmentir.

Las ! maintenant je commence à sentir L’ennuy que c'est complaire à son contraire. CcUer le doys, mais il ne se peult taire :

Car ma doullcur ne le veult consentir.

Ha I que bien peu sert luig bon repentir. Quant on ne peult au surplus satisfaire !

EIMSTBE.

Affin que saches ma doulce ardeur contraincte, La plume a pris, en laissant toute craincte,

La main royalle en délaissant le sceptre ;

Ne pensant point que offensée peult estre ,

En cest endroict, la myenne auctorité; Qxi’aymant ung corps de beaullé hérité.

De bonne grâce et de vertu comprise,

Estre ne peult sinon heureuse emprise.

SFXTION IV. — DÉLIVRANCE DU ROI

Dont ung salut, au premier, je t’envoye;

Pour ce que sçaiz qui du chemin forvoye D’honnesteté , il pcult estre rendu Ou tien regard à cil qui l'a perdu;

El pour autant que voiduntiers nourrys Mon cueur, mon corps et tous mes csperitz ,

De telle amour qui tous pensers surmonte D'aflection, qui jusques au ciel monte :

Car quant je pense au jour que je te veys.

Tout le premier, qu’il me fust bien advii Congnoistre en toy plus que ne peult nature,

El dechassay de moy tout basse cure.

Tous mes pensers jusqu'au plus bault volèrent.

Te contemplant; et là ilz demourerent.

Remémorant en moy le Créateur

De si grant œuvre estre premier facteur :

Car qui regarde saigement et qui n’erre Tant plus dignes sont les choses en terre ,

Plus a l’on foy, congnoissance et advys De la vertu du ciel et paradis.

Dont ung penser qui prend d’affection Ung gentil cueur, conduict l'intcncion De m’esjouyr en la guerre amoureuse.

Par quoy réputé à moy la peine heureuse De nostre amour licite seullcmcnt.

Je te suppiy me faire bonnestement Que recompense en puisse estre le fruict.

Et jamais n’estre en ta grâce dcstruict;

Assez de gens prennent leur passe-temps En divers cas et se tiennent contentz ;

Mais toy seuUe es en mon endroit esleue Pour reconfort de cueur, corps et de veue :

Car de tant plus louable est le désir.

r)6f) CAPTIVITÉ DU ROI FRANÇOIS I"

Oui vers le ciel s’arreste et prent plaisir,

Pour conlempler chose conforme à Dieu :

Car dans le ciel mérités avoir lieu.

Et pour certain je ne cherche jamais Avoir plaisir, et à toy m'en i-emectz.

Que ce ne fust pour croistre et augmenter Le tien bon bruit accroistre et hault monter.

Si ju.ste en est pour vray l'intencion De mon amour, sans simulacion;

Dont, pour la fin, te supplye et exhorte En mon endroit demeurer ferme et forte :

En ce faisant, ne fust dcssoubz la lune De deux amans plus heureuse fortune.

EIMTArllE [de .M.UIAHE O'ANGOLILÉNe].

Cy gist le corps dont l’ame est faicte glorieuse.

Dans les bras de celuy qui la tient precieuse :

Car la créant voullut d’un voIUe la vestir.

Tant remply de vertu qui ne vouldroit mentir.

On doibt tenir heureux le siecle qui l’a veue,

Et malheureux ceulx-là qui par mort l’ont perdue. Que direz-vous, la France? en quel plainct honorable Pourrez-vous regreter celle tant proHitable,

Non seidlcment à vous qui estiez ses amys.

Voyant quelle louenge elle a des ennemys ?

N’a-elle souslcnu, par son sens et prudancc.

L’effort de tout malheur venant à vous, la France? Rcspondez-moy et dictes, pleurans, en vérité.

Que bien elle a de tous dueil et loz mérité.

O cueur qui ne sentez de femme que le nom ! Invincible vertu, tant digne de renom.

SECTION IV. — DÉLIVRANCE DU ROI

Tant craincte d’ennemy.s, des vostres plus aymce.

Des mesclians le contraire et des bons estimée,

Qui avez iriumphé du malheur triumphanl,

En saulvant nostre honneur, paix, et le vostre enfant!

En guerre soustenant avec la paix reduicte Par vostre grant vertu et très saige conduicte.

Las ! comme est grand vostre heur, puisqu’on liault haliitez : Car çé-bas nous avons de maulx infinitez.

Pour le moins vostre corps de nous sera pleuré ,

Comme celuy qui a sans cesse labouré A sui\Te l’esperit, achevant son passaige.

Qui a esté liné à la fleur de son cage,

Avecques plains et pleurs cl mémoire etemelle.

Aussi longtemps que pcult louange temporelle.

Mais que diray-je plus? Quant ung prince ou princesse De ce monde s’en va, l’on voit adonc sans cesse Poètes, orateurs, trouver invencions A dcplourer leur mort, mouvans aOcctions Par leurs piteux cscriptz. Mais ceste noble dame A tant eu de vertu et glorieuse famé,

Que plus sont empeschez scs louanges escripre.

Que matière chercher pour bon subgecl eslire.

Parquoy je liniray ma dolente escripture.

Estant bien asseuré que si le monde dure Autant qu’il a duré, que point n’aura seconde L’approchant de vertu en cestuy mortel monde ,

Dont nous faull endurer que ceste heureuse chair Se joigne glorieuse à l’esperit tant cher ;

Et cependant prier qu’à elle, à nous pardonne Noz dcfiaulx le facteur qui toute chose ordonne.

TABLE GÉNÉRALE

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