N* XV. — LETTRE DU ROI A L’AMIRAL BONNIVET
maréchaux de ChabanDcs, de Montmorency et le marquis de Salaces devront s'assembler et délibérer sur le parti qu'il y a & prendre pour arriver le plus tôt vers les enncmia. — Il faudra avertir le duc de Savoie du chemin que l'on prendra. — Itinéraire du Roi et des troupes qu’il rom mande.
( Driàofoa , 14 ociokira 15SS , i aiiBVt. )
Mon Cousin, ce .soir ay receu vostre lectre du jour d’hier, es-
cript à et allez coucher à Sainct- Pierre : aussy ay veu
les deux lectres ([ue m’a escriptes mon cousin le marquis de Salluces, du xij' et xiij' de ce moys, à Cony : lequel s’acquicle si très bien pour mon service que n'est possible de miculx. Et pour ce, mon cousin, que avant que recem ceste présenté, je croy que messieurs les mareschaulx de Chabannes et de Montmorancy et vous, avec vos bandes, serez joinetz ensemble, je vous prie que tous ensemble , et mon cousin le marquis de Salluces , advisez du chemyn que deNTons faire pour aller droict où serons noz ennemys, desquelz je vous prie que chascun mecte peine d’en savoir des nouvelles du chemyn qu’ils tiendront et de leur delliberation , s’il est |>ossible de le savoir, et de tout me faictes .savoir ce qu’en aurés entendu, et quel nombre de gens ils seront retournez ensemble de la Prouvence. Ensemltle, du chemyn qu’il vous semblera que devrons tenir et faire quant serons assemblez, pour aller trouver lesdits ennemys; et dudit chemyn que devrons faire , vous fauldra advertir le duc de Savoye à ce qu’il envoyé en toute dilligencc commissaires le long dudit chemyn pour
SECTION I. — GUERRE DU MILANAIS, donner ordre aux vivres, el que de vostre costé vous y envoyez semblablement commissaires avec les siens, à ce qu'il se lace meilleure dilligence, vous advisant, au demourant, que je suis icy présentement arrivé, délibéré demain aller coucher à Pragelle, où je vous prie que au seoir, s'il est possible, j'aye de voz nouvelles, et la conclusion que aurez prise du chemyn que devrons prendre tous ensemble, ou le lendemain matin, que j'esperc aller coucher dudit Pragelles il Pinerol.
Je faiz marcher devant moy les lansquenets, qui couchent aujourd'uy audit beu de Pragelle; et quant et moy viennent les adventuriers françoys, et plusieurs compaignies de Françoys et les gentilzhoniiues de ma maison , et à une journée deiTiere sont les Suysses , lesquels m'ont mandé qu'ils se trouveront aussy tost que moy ii la plêyne , ou incontinent après.
Qui sera la fin pour ceste heure. Geste présente servira pour vous et lesdits marcschaulx de Chabannes et de Montmorancy. J'escriptz une lectre audict marquis, luy faisant response aux siennes, cpic je vous prie lui faire bailler.
Et à Dieu, mon Cousin, qui vous ait en sa garde.
Escript i Briançon , ce xiiii' jour d'octobre , à mynuyt.
FRANÇOrS.
Et plus bas, DF. Nsi'pvillf.
S- XVI. — LETTRES PATENTES DU ROI QUI RENOUVELLENT LES POU- VOIRS DE RÉGENTE PRÉCÉDEMMENT ACCORDÉS A MADAME LOI ISE DE SAVOIE. SA MÈHE. {Voyez document n* I.)
(TifKrfol, P ocUiW* 1&3I.)
Fkançoïs, par la grâce de Dieu, roy de France, à tous ceulx qui ces présentés lettres verront, salut. Comme l’année derniere passée nous eussions dressé nostre armée et entrepris le voiage, avec grani nombre de nos bons et loyaulx subjeetz et autres de noz amys, alliez
<■1 confédéré!, pour recou\Ter nostrc duché de MiiUn, et autres noi terres et seigneuries delà les monts à nous surprises et usurpées par noz cnnemys et adversaires, et à ceste cause, pour subvenir aux alfaircs tant de nous que de noz subjectz de nostre royaume , Daulphinc, Provence, que autres nos pays, terres et seigneuries de par deçà, eussions establyc regente nostre très chere et très amée dame et mere, en tent tel povoir, grâce, auctorité et prééminence que nous eussions peu faire, ainsi qu’il est plus de plain contenu es lec- Ires par nous sur ce decemées, verifieez en nostre court de parlement et chambres de noz comptes; lequel voyage, pour la conspiration faicte à l’encontre de nous par Charles de Bourbon, avons différé jusques présent que sommes délibérez icellui acompUr, moyennant la grâce et ayde de Dieu, ou bien, honneur, prouffit et exaltal'ion tant de nous, de nostie royaume, pays, terres et seigneuries, que de noz bons et loyaulx subjectz : Savoir faisons que Nous, pour les mesmes causes contenues esdictas lettres que lors furent par nous decemées, avons voulu et ordonné, voulons et ordonnons de nostre certaine science, propre mouvement, plaine puissance et auctorité, que nostredicte dame et mere soit et demeure n^ento en nozdictz royaume, Dauphiné, Bretaigne, Provence et autres noz terres et seigneuries, tant pr terre que par mer, pour user du pouvoir contenu en nosdictes lectres. vérification et entretenement d’icelles, tout ainsi que si elles estoient par nous octroyées le jour et date de ces présentes; et que tout ce qui sera par ellefaict, commande, ordonné et octroyé, soit d’un tel ellect, force, vertu et vigueur que s’il avoit esté par nous faict, commande et ordonné, sans ce que sur lesdictes présentes soit bcsoing prendre vérification ne expedicion en noz cours de parlement, chambres de noz comptes ne ailleurs, ains nosdictes lectres jà octroyées comme dict est et vérification d’icelles, ensemble nosdictes présentes sortir leur plain et entier efifect jusques à nostre retour en nostredict rovaume. Mandons en oultre à icenix gens de nosdictes cours de parlement, chambres de nos comptes, nos lieutenans es provinces de nostredict royaume, pys et seigneuries, bailliz.
SECTION I. — GUERRE DU MILANAIS. -31 seneschaulx, maires, eschevins , consuls de villes, capitaines de gens de guerre, et à tous noz autres justiciers, olBciers et subjcctz, que tant à nosdictea lectres jà octroyées que à cesdictes présentes, ensemble à tout ce qui sera commandé , ordonné et octroyé par nostredicte dame et merc, obéir, entièrement acomplir, garder et observer sans enfraindre : car ainsi nous plaist estre faict. En tesmoing de ce nous avons faict mectre nostre seci à cesdictcs présentes.
Donné à Pignereul, le dix-septiesme jour d’octobre, l’an de grâce mil cinq cens vingt-quatre *, et de nostre régné le dixiesme.
FnANÇOYS.
Par le Roy, RoBP.BTEr
N' .XVIl. — PRISE DE MILAN P.\R FRANÇOIS I". A LA MI-OCTOBRE
, 2S iKloWt
Vous avex entendu les nouvelles que depuis six jours nous estoient venues de la part du Roy, de la grande diligence qu'il avoit fete pour s’approcher de Milan, et cornant ceulx de ladite ville avoient envoyé au devant de luy luy porter les clefs et luy offrir toute obeyssance; aujourd'huy, Madame a receu lettres dudit soigneur par lesquelles il luy faict entendre comme , le lendemain que ceulx dudit Millan furent devers luy, le capitaine Rançon qui est avec le vis-roy de Napples,
* Ces lettres patentes furent enregistrées «a parlement le 3o novembre suivant.
* C'est par erreur que l'éditeur des lettres de Marguerite de Navarre indique U prise de Milan oomme ayant eu lieu eu lepletnbrc (3* recueil, p. a77}*
Marguerite d'Alençoo, dans une lettre •dressée à l'évéquc de Meaux, parlait ainsi qu'il suit de la prise de cette ville : « Le roi , par toutes les lettres qu'il a eKript à Madame, ne fault à l'article d'en sentir tout
venir do Tout-Puissant, disant que nui n'en doit ou peult prendre gloire: car il n'est en la puissance de raison de pouvoir entendre telle anni'e et artillerie en si peu de temps passer tels diemius, et que, sanN CS Lapes , n'on t eu fauJ le de pain , iiuiis abon dance et à bon marche ; les rivières galablcs, que à tard se voit; la ville de Milan forcée (les ennemis fuis ddiors) sans estre pillée; leurs gens battus, nuis des nuslres morts, etc. (i* recueil, p. 174).
entra audit Milan avec cent chevaulx, et fit entendre à ceulx de ladite ville que ledit vis-roy, Charles de Bourbon et le marquis de Pesquere y venoient aujourd'hui avec toute leur puissance, délibérez de la défendre et garder; et de faict cinq ou six heures après les dessusdicts y arrivèrent et y entrèrent par le chatcau, tellement que ceulx qui desjà tenoient et gardoient les portes de la ville pour le Roy, furent contraincts de les babandonner, etbientost après le Roy, qui estoit à Biegras, fut adverty du tout, qui se trouva bien esbahy et loing de son compte : car il avoit depesché le seigneur Théodore pour aller audict Millan, avec trois cens hommes d’armes et vi" hommes de pied, pour tenir la ville en seureté; et bien luy print qu’il n'estoit encores party, car s’il cust esté audit Millan à l’arrivée des ennemys, il eust esté en danger d’estre defifaict avec sa compaignie, et Dieu scet si le demourant se fust trouvé bien estonné.
Or est-il advenu que le Roy , après avoir eu le conseil de tous ses capitaines, se délibéra de marcher toute la nuict avec toute son armée jusrpes devant les portes dudit Millan, où il se trouva de bon maûn, et, selon qu’il avoit esté advisé, son armée feut departye en trois lieux et chauldement l’assault fut donné à ceiüx de dedans , en maniéré cpie après eulx estre aucimement deffenduz du grant elfect et de la grande dilligence que le Roy et son armée faisoient pour entrer dedans, qu’ils ont esté contraicts de bientost après babandonner la ville et s’en sont allez à la fuite ' par la porte Comèse et Rommaine pour eulx se sauver vers Laude. Mais ce n'a pas esté sans y laisser tout leur baigaige et cent muiez chargez de pouldres , et aussi toute leur artillerie qu’ils avoient laissé derrière, car ils estoient venuz en grant dilligence, et à la queue beaucoup de leur gens tuez par le marquis de Saluce et
' Le rice-roi de Naples expliqua ainsi qu’il suit à Cliarles-Quint sa retraite forcée de Milan, par une lettre du 5 décembre 1 : • . ■ ■ Sire, je vous avertis de tout ce qui s’est fait depuis que le roi de France arriva enYlalie, et les resons poureoy liuncs à Milan, et aussi pourco; la
lessames , qui fut le bien de vos affaires. Et ai le ro^ de France en a fait sa grande réputation , n’est point tout ; car il n’a autre choae que sela desà le Tbcsin. . . . L’on a soutenu cet affaire le mietu que l'on a pu , et mettrai peine la soutenir. • [Lans, Corretpondemx des Kaùert Karl V, p. i48 )
sa compaignie, qui avoient déjà gagné l'cndroict de leur yssuc. Le demourant de toute l’armée n’a point marché après, car il ne se povoit faire sans passer par dedans la ville, et le Roy, pour saubver que ladite ville ne fust pillée, s'est arresté siu* cul au dehors avec tous les lansquenets, et a tant faict que personne n'y est entré à la chaulde ; mais pars après, monsieur de la Tremoille y a esté mis dedans avec lli*^ hommes d’armes et vill'° hommes de pié, et y est poiu* la garde et seiireté de ladite ville ; tout le demourant de l’armée est à présent à la queue des ennemys, et croyei qu’on les suit de près, et espere. Dieu aydant, que maintenant le Roy se peult dire maistre et seigneur de la duché. Ledit seigneur escript que jamais il ne se vit si bien accompaigné de gens, tant de cheval que de pié, ne plus affectionnez de le servir et faire faietz d’armes qu’il est maintenant , et vous promeetz que par ses lettres il en rend grant louange à nostre Seigneur. Or je l’ay prié de ma part, et de tout mon cœur, luy estre en ayde, et conduire ses affaires à son honneur et gloyre et au bien et exaltacion de son royaume et subjeetz, et nous en aurons nostre part.
A Sainct-Just-lez-Lyon , le xivm" jour d’octobre’.
N* XVUI — EXTR.MT DUN JOURNAL DU RÉXÎNE DE FRANÇOIS 1“ (MAnuscril de la Bibtiolhèque rovale*.}
Df VOIAGE DE MILAN FAICT PAR LE ROY APRÈS LA GL'ERRE DE PROVENCE.
Le Roy, voient que ses ennemis s'en estoient allez de Provence, les poursuivit tellement, qu’il passa oultre et s’en alla delà les montz
' Le pape , infonné de l'enlrée du Roi en lialie, accrédita immédiatement auprèa de M personne un nonce. qu'U recoin* manda d’une manière toute spéciale à sa majesté très > chrétienne par un bref «da* « tum Romae « apod Sanctum Petrum . die
■ xiiii octobris MDXXiiii.a Ce bref est en original à la Bibliothèque royale, volume n* 85o6, fol.
‘ Ce journal manuscrit, dont le nom de l'auteur est ignoré, mais qui toutefois était contemporain du roi François 1”. ren.
pour reconquester sa duché de Milan, qu’il avoit perdue, et laquelle les Espaignolz de monsieur de Bourbon avoient conquestée sw- le Roy pour l’Empereur.
Dont , pour faire son voiage , luy vindrent à son secours environ quatorze mille Suisses, qu'il avoit envoyé quérir par M. le trésorier Movelet , qui les luy amena en ladite duché de Milan.
il estoit bruit qu'en ladite ville de Milan et és environs il y avoit eu grosse mortalité à cause de la guerre, et qu’il y estoit mort par estimation environ xxx ou xi" personnes.
Or fit tant le Roy, par ses journées avec une grosse armée qu’il avoit menée, qui estoit estimée k quarante mil hommes, tant de cheval que de pied, tellement qu’il entra dedans Milan avec son armée.
Et après, il escrivit lettres à la cour de parlement et aux prevost et eschevins de Paris comme il avoit conquis la ville de Milan, et qu’il en estoit paisible. A ceste cause, le samedi xxix' octobre i 5a4, après disner, fut crié par les carrefours de Paris à son de trompe, de par la cour de parlement et de par la ville, qu’ilz avoient eu lettres du Roy comme il estoit entré dedans la ville de Milan , qu’il avoit eu victoire contre ses ennemis et qu’on priast Dieu pour luy. Parquoy, ce mesme jour, il en fut chanté Te Deam laudamus en la grande eglise Nostre-Dame de Paris et sonnées les grosses cloches, et y allèrent la cour de parlement et ledit prevost et eschevins de la ville, honnestement habillez, pour rendre grâces à Dieu et à la glorieuse Vieige sa mère. Et ce mesme jour, au soir, furent faiclz les feux de joyc par les carrefours de Paris, par commandement faict.
Item, le lendemain, qui fut le dimanche xxx' octobre, fut faicte une belle procession generalle, de par la saincte chapelle du palais, oi'i estoit le cleigé d’icelle eglise, et y fut portée la saincte croix en grande reverence, et y estoit la cour de parlement d'un costé et le prevost et eschevins de l’autre, avec grand peuple, et allèrent en l’e-
lérme le récil des événements arrivés en guerres d'Italie. Ce fragment aervirt de France depuis le départ du Boi pour les complément aux lettres précédentes.
güse NoBtre-jDame de Paris, où il fut chanté tine grande messe, et n’y eut point de sermon.
Et à la huitaine en suivant, fut encores faicte une autre procession gencralle de par la ville de Paris, où y furent toutes les paroisses avec bannières, croix et reliques, et y estoient les prevost et eschevins de la ville avec gros peuple, qui allèrent à l’eglise Nostre-Dame de Paris, où y fut chanté une grande messe, et y prescha en la cour épiscopale monsieur Merlin, docteur, chanoine de ladite eglise et cure de Sainte-Magdeleine, et tout pour remercier Dieu et sa glorieuse mère de la victoire que le Roy avoit eu en sa duché de Milan.
Item , il est assavoir que le Roy allant à sadite duché avec son armée, il passa k Pavie, laquelle il assiégea.
Et n’entra point dedans Milan avec son armée, car il fut adverty qu’il y avoit dedans la ^nlle environ dix mille hommes; parquoy il n’y voulut entrer; mais il divisa son armée en quatre parties, dont il y eut une grande tuerie sur ses ennemis, et y estoit dedans le duc de Bar, fils puisné de Ludovic, marquis de Pesquière, et le seigneur de Bourbon , qui s’enfuirent hors de la ville et s'en allèrent à Cremonne et autres lieux. Et lors furent apportées au Roy les clefs de la ville , mais c’estoit pour faire bonne mine. Et neantmoins le chasteau ne fut reprins pour le Roy, mais y demeura garnison dedans poiu* l'Empereur, qui tint contre le Roy. Lors le Roy laissa dedans la ville monsieur de la Tremouille avec bon nombre de gens d’armes.