‹ Captivité du roi François IerChapitre 3 sur 241 · I.NTHÜÜUtTlü.N. XI · texte numérisé non relu

I.NTHÜÜUtTlü.N. XI

François 1", prisonnier de guerre, fui promené dans tout le camp ennemi, puis enfermé dans le cliâteau fort de Pizzighilone, avec MM. de Montmorency, de Brion, de Monlclienu, de la Barre et quelques autres gentilshommes ', et c’est en mémoire de celte circonstance si marquante de sa vie, que le Roi y fonda, à perpétuité, une collégiale de huit chanoines’.

François I" fut dépouillé de ses armes; elles furent, après .sa personne, le plus signalé trophée de la victoire de Pavie. On les envoya à Charles-Quint, alors en Espagne; l’épée fut déposée au chAteau de Tolède, et l’armure de corps’ lut portée en Allemagne. -

La destinée de ces nobles dépouilles a été fort diverse. L’armure entière fut envoyée au musée d’ Ambras, enTyrol, qu’avait fondé Maximilien 1", et dont la description, publiée en iGoi, par Jacobus Schrenckius, est ornée de la figure gravée de cet habit de guerre. Cette armure était encore à Inspruck en 1 806. En ce temps-là , l’armée française prenait largement sa revanche du passé sur l’Europe, vainement coalisée contre elle : Inspruck fut occupée par nos soldats; ils se saisirent de l’armure de François I“. Elle fut remise par le major général de l’armée, le prince de Neufchàtel , au directeur général des musées, M. Denon. En 1807, l’empereur Napoléon demanda l’exposition pu!)lique des armures envoyées de Vienne , capitale de l’Autriche , et c’est d’une lettre écrite, au sujet de cette demande, par M. Denon, au grand maréchal du palais Duroc, le ai août 1807, que

‘ Meiation au parlemeDt de Paris, faite par U Hochepot (extrait de» registres de celle cour) . p. 147

* Note de l'intendaot du Dauphiné , Fontanieu, p. i3i ; extrait d'un portefeuille du règne de François I**.

* D'après ce même Fontanieu . on votait

encore , en 1 ySG, à Piuighitooe , les gantelet» du Roi t et U s'en empara alors, parce que les Italiens aireclaienl malicieusement de les montrer aux Français. (Voy. une note de Fontanieu, p. i3i.) Cependant, les gantelets font |ier(ie de l'armure qui est aujourd'hui à Paris.

XX INTRODUCTION

nous lirons de curieux renseignements ; on y lit : • La seule cliose complète, et qui ait conservé de l'autlienticité, est l’armure de François I", enlevée à la bataille de Pavie. Elle vient d’Inspruck, et m’a été remise par S. A. le prince de Neufchâlel. Mon intention était de la faire monter dignement, et de la joindre aux trophées de la campagne de Prusse'. » Aujourd’hui cette armure, dont l’origine paraît traditionnellement certaine, figure au premier rang dans le musée d’artillerie de Paris’; elle est ornée de fleurs de lis, mais aucun des emblèmes favoris du Roi ne s’y trouve mêlé.

L’épée royale, dont la poignée en croix est émaillée, avec ornements en or où se distingue la salamandre emblématique, est déposée dans le même musée En 1808, le grand duc de Berg, l’infortuné Murat, maitre de Madrid, revendiqua fépée du roi de France; elle lui fut remise et apportée en cérémonie publique. Ceci se passait selon les lois de la guerre ; il n’y eut là ni vol ni sacrilège, comme on l’a dit dans un ouvrage récent, où se trouvent d’ailleurs plusieurs inexactitudes sur l’histoire de l’armure du Roi. Napoléon à Inspruck, et Murat à Madrid, firent ce que François I" eût fait lui-même dans leur position : il aurait certainement repris son armure.

Notre relation est appuyée sur des documents authentiques; elle complète le récit de l’événement mémorable dont les circonstances diverses et leurs douloureuses conséquences sont le sujet de la première section de cet ouvrage.

La deuxième section renferme les documents relatifs à la

’ Lettre originale, à U Bibliothèque royale.

* Salle des arroarea. n* 2$ du catalogue imprimé en i845.

’ Quatrième galerie, et n* 832 du catalogue. — On attribue le travail de cette poignée à Benvenuto Cellini.

INTRODUCTION. xxi

captivité du Roi en Italie. L’on y trouvera les motifs qui le déterminèrent à demander d’ôtre transporté en Espagne sur ses propres vaisseau.x, qu’il mit alors momentanément à la disposition de son ennemi.

Louise de Savoie, duchesse d’Angoulème, mère du Roi, possédait sa confiance entière : deu,\ fois François I" lui déféra la régence du royaume. Dans toutes les circonstances, cette princesse, distinguée par de grandes qualités, eut beaucou]) d’influence sur les affaires de l’Etat. On ne doit donc pas s’étonner si quelques historiens ont associé Louise de Savoie aux blâmes sévères qu’ils ont jetés sur quelques épcKjucs du règne du Roi. Toutefois, dans les conjonctures difficiles où la France se trouvait après le désastre de Pavie, la régente ne tint point sans quelque habilité les rênes de fEtat; elle sut donner une direction utile aux négociations politiques, et en même temps retenir dans le devoir les corps et les corporations de l’intérieur du royaume : la force de son esprit se manifesta surtout dans ces circonstances si périlleuses pour la France.

Au départ du Roi pour l’Italie, la régente connaissait l’incertitude des alliances de la France avec les souverains de cette contrée, et savait très-bien que le Roi ne devait compter sur eux qu’après une victoire décisive. Elle essaya donc de lui gagner un allié plus important : elle envoya secrètement en Angleterre vers le cardinal d’York, premier ministre, son maître d’hôtel Jean-Joachim Passano, qui fut accueilli favorablement'. Dès lors, la duchesse d’Angoulême accrédita le président du parlement de Rouen, Jean Brinon, et lui donna des instructions spéciales" contenant les bases d’un traité à négo-

* Irulruetiotii 6<u72^ par madamg la ré’ dale, mais Ton Toit, par le manuKrit de

ÿente à J. Brinon » p. 53. la Bibliothèque royale n* io334*a i qui est

* Ces instmclioDs ne portent pas de un registre des expéditions sur le trésor

xxii INTRODUCTION,

cier; et ces bases étaient convenues lorsque la nouvelle du desastre de Pavie vint émouvoir l’Europe et refroidir les plus chauds amis de la France. Dirigé par le cardinal ministre, Henri VIII, au lieu d’accabler le royaume par une invasion dans la Guyenne, ainsi qu’il en était sollicité par le connétable de Bourbon, demeura simple spectateur' de la victoire de son allié l’empereur Charles-Quint.

La duchesse d’Angouléme s’était rapprochée du théâtre de la guerre pour donner plus facilement ordre aux affaires d’Italie. Elle était à Saint-Just, près de Lyon, lorsque Montpesat*, porteur de la nouvelle de la captivité du Roi, y arriva. Après s’ètre abandonnée à tout le chagrin que lui causa cette défaite*, la régente songea bientôt aux affaires de l’Etat. Elle appela près d’elle les princes lieutenants généraux et les personnages les plus importants du royaume elle demanda au parlement de Paris et au conseil de cette ville des députés pour assister aux délibérations du grand conseil*, et le parlement mit un grand empressement à faire connaître à la régente sa fidélité et son dévouement®. Les mesures les plus urgentes furent prises avec une louable spontanéité par les cours sou-

ordotinC'es par la régente, que brînon partit pour l’Angleterre le 37 décembre 163 4, emportant trente muids de vin, destinés sans doute à des présents.

' On peut, ce nous semble, révoqueren doute les paroles désobligeantes, comme aussi le désintéressement attribués au roi d'Angleterre au moment de la bataille de Pavie, tels qu’on les trouve racontés dans THisloire de France du P. Daniel, t IX, p. 35i et siiiv.

* Lettre de la Barre à la régente, p. 1 33.

' Mémoires de Sébastiefi Moreau, p. 81 de ce volume.

* Lettres patentes de Louise de Savoie, p. 3 1 3. — Quelques auteurs ont prétendu . par erreur, que le duc de Vendôme était boslUe à la duchesse d'Angoulème , et que Ton songea à enlever pour lui la régence du royaume a la mère du Boi. (Voy. Sis* mondi, p. 3^4; Anquetil, t. IH, p. 1G6.)

' Lettre de la régente, p. 160. Elle demande un président, dent conseillers et deux personnages du conseil de la ville.

* La régente en remercia le parlement par ses lettres patentes datées du 36 mars.

INTRODUCTION. \xiii

veraines ou les gouverneurs de province, afin d’assurer la tranquillité du royaume : ce fut la confiance que l’administration de Louise de Savoie inspira généralement, qui contribua au succès de ces mesures adoptées avec un accord inaccoutumé, et qui réussit à calmer la terreur des esprits. Dans cet état satisfaisant de la chose publique, la régente ne songea plus qu’à négocier la délivrance du roi son fils : elle avait dépêché deux gentilshommes de sa chambre chargés de lui rapporter de ses nouvelles.

Enfermé à Pizzighitone, h’rançois I" chercha tout d’abord dans les pratiques religieuses, dans le jeûne et l’abstinence, les premières consolations à son infortune ‘. Ses sentiments religieux se montrèrent habituellement dans toutes les circonstances difiiciles de sa vie; il paraissait en être profondément pénétré. Ses blessures avaient été soigneusement pansées. Le lendemain de la bataille, Montpesat remarquait, au réveil du Roi, «qu’il sembioit, à le voir, qu’il n’avoit pas bien reposé à son aise et non sans cause, et que, veu la fortune et adversité, jamais prince ne la porta mieulx et plus patiemment’. » Le Roi, cependant, manquait de toutes choses; il fut même obligé d’emprunter de l’argent à Charles de Lauoy, vice-roi de Naples’; il en reçut ensuite de France, ainsi que de la vaisselle d’argent : la sienne était passée dans le butin fait par les ennemis*. Dès cette époque, le Roi put écrire, et avec toute raison, aux grands du royaume : «J’ai plustost esleu honneste prison que honteuse fuite. • Il ajoutait ; • Il ne sera jamais dit que, sy je n’ai esté si heureulx de

' Lettre de ia Barre, p.i 33; note I.

’ Rapport fait ati parlement »ur la santé du Roi depuis la bataille de Pavie, par la Hochepot, p. i47

* Acte public, p. i3o, note i.

* Lettre de la Barre à la duche>M-’ d'Angouléme, p. i33.

«XIV INTRODUCTION

fayre bien à mon royaulme, pour envye d’estre déiyvré je y face mal , m’estimant bien bcureulx, pour la lyberté de mon pays, toute ma vie demeurer en prison • Il déclara aussi, en présence du vice-roi, du marquis de Pescaire, d’Alarcon et autres « que , au cas où il fût contraint par l’empereur de quitter et laisser la Bourgogne ou tout autre droit de la couronne de France, que cela seroit et demeureroit de nul effet; ains ayant recouvré sa liberté, tâchcroit à recouvrer ses droits*.»

Telles étaient les dispositions d’esprit de François I" pendant les premiers temps de sa captivité, et lorsqu’il se décida à écrire à Charles-Quint une lettre’ dans laquelle il invoqua le cœur, la vertu et la magnanimité de l’empereur, trois qualités que l’empereur subordonnait aux intérêts de sa politique. Le Roi lui témoignait aussi l’espoir qu’il ne voudrait pas le contraindre de choses qui ne fussent honnêtes. Cette lettre a été bien diversement jugée, et sans tenir aucun compte des formes habituellement emphatiques du langage de la cour de France, comme on en trouve tant d'exemples, soit dans les lettres du Roi, soit encore dans ses poésies. Les formules de la politesse étaient encore fort exagérées dans les expressions.

Charies-Quint possédait au suprême degré les qualités d’un habile politique, celles-là mêmes qui manquaient le plus au monarque français. Aussi l’empereur ne se dirigea nullement par les inspirations de magnanimité qu’invoquait son prisonnier. D’un autre côté, et par un sentiment réfléchi, dont il faut peut-être chercher la source dans la crainte d’exciter la jalousie de ses alliés, surtout de l’Angleterre déjà

' Lettre de François I** aux grands du voy. aussi U deuxième protestation, p. 473.

royaume cl aux cours souveraines, p. 1 6o. * Première lettre du roi François 1*' à

* Première protestation du Roi , p. 3o3; Charles-Quint depuis sa captivité , p. 1 3o.

INTRODUCTION. xiv

mal disposée envers lui, Charles-Quint ne parla qu’en termes pleins de modération de la victoire de Pavie *; il recommandait à ses généraux de traiter son prisonnier avec les plus grands égards’. Mais les conditions de la paix qu’il proposait en même temps’ étaient, sous les formes les plus bénignes, des plus dures et des plus offensantes. On pouvait demander tout le royaume, disaient les instructions*; cependant, on voulait

* Leiire de CWIes-Quînt au roi de Portugal, p. 64- ~ Des lettres analoguea à celle-ci furent aussi écrites par Tempe* reur à tous les grands d’Elspogne et è toutes les corporations religieuses du royaume. 1! est à remarquer que, parmi les réponses et lesfi^icitations sur ce grand érénement adressées à Cliarles-Quint.lcs moins modérées furent celles des corporations religieuses. Telle fut la réponse du doyen et du chapitre de Séville, dans laquelle on lit : • G)n tan gloriosa y

« sobloinc vitoria contra la Y/uo/enda jr per- ■ rinaacia Jrancuca. • Nous citerons aussi la lettre du comte de Bénévent, dont voici le texte ;

« Muy poderoso senor,

«Una caria de Vuestra Magestad me « dieron en que me basia saber por ella

• la buena nueva y vittoria que Nuestro

• Senor avie dado a vuestro exercito, y

• como en la vatella avia sido preso cl rey

• de Francia, y presos y muertos a si

• mismo la maior parte de los nobles de « su reyno. A mi me es be tanta parle desta «buena nueva, como al que mas destos

• vuestros rey nos por scr servidor y sub- «dido y vasallo deV'. M. Plega Dios que

• siempre os consirven , y guarden yos de

• voluolad , para pooer pas y sosiego en la « crisUandad , pues a solo vuestra persona

■ a dado Dios este poder el quai conserve «y guarde con la real persona de V. M.

• Y simimal diera lugar dello, y oficiera en « persona a besar las roales manos de V. M. «Suplico a Vuestra Altesa que siempre « tenga en la memoria los bicnes que re- « cibe de Nuestro Senor, y quanto poder

■ le a dado paragelos poder servir y tener «en pas toda la cristiandad. Guarde y

• acriscieoe Nuestro Senor la vida y muy

■ poderoso estado de V. M. con acrisenta*

• roienlo de mas reynos y mas vitlorias.

• De Valladobd, xviii* de março i5a5.

• Les reales manos de V. M. beao

Page 1