EL CONDE
Sur la suscription : «Al muy poderoso « senor el emperador nuestro senor. • Et en cote : «A Su Magestad, el conde de « Benavcntc. •
Ce document provient de la collection de Simancas, et nous en devons l'obligeante communication é M. Douet d'Arcq.
attaché i la section historique des Archives du royaume.
’ Lettre de Charles de Lanoy à la régente, p. i6a.
* Elles sont contenues dans les Instructions de Charles-Quint à ses ambassadeurs, p. 149 et suiv.
* Instructions de Charles-Quint à ses ambassadeurs, p. i5o et suiv.
XXVI INTRODUCTION
bien se contenter du duché de Bourgogne, et de la réintégration dans tous leurs biens, titres et honneurs, du connétable, traître à son pays, et de tous ses complices.
Le Roi, quoique prisonnier, répondit de sa main à presque tous ces articles : Impossible'. Quant au connétable, pour lequel on exigeait exemption de service et des devoirs personnels, François I" ajouta : Facille, mais (faon ne le voye jamais^.
L'empereur avait pour le connétable une grande déférence; il le nommait toujours son beau-frère, son meilleur ami; il écartait attentivement toutes les circonstances qui auraient pu donner à ce prince quelque inquiétude sur son avenir, et celui-ci, tout dévoué à l’empire, réservait pour la France toute sa haine Cependant, le Roi étant retenu à Pizzighitone, le connétahle demanda à lui rendre ses devoirs, et lui offrit ses services. La régente en fut immédiatement informée, et dans une lettre au Roi elle en témoigna une satisfaction froide, mais sans restiiction^. Là, rien ne dévoile ce sentiment de haine vive et tenace qu’on a attribué à la régente pour le connétable, rien n’indique les traces de propositions humiliantes faites par la duchesse d’Angoulême à ce prince, s’il voulait rentrer en grâce *.
Du reste, les témoignages d’affection et de sympathie ne manquèrent pas au Roi ; nous connaissons les lettres du duc de Savoie”, de Léonor de Portugal, fiancée du connétable, et
* Répon»e du Roi aux articles proposés par l'empereur, p. 166.
* Ibid. p. 168.
* n désirait même faire uae invasion en France; voyez sa lettre, p. ai y.
' Lettre de la duchesse d'Angouléme au Roi, p. 191.
* Garnier [Ilistoirt d$ France, L XXIV, p. i56) fait cette supposition. Nous n'a>
TODS trouvé aucune mention de PoHre que le Roi aurait faite k Bourbon d'épouser sa sœur Marguerite, comme le prétend le P, Barre, HUt. d'Allcm. L VUI, p. ia4- * La lettre de rcmercimeot du Roi au duc de Savoie, p. 178, constate ce fait. Nous croyons aussi que, mal à propos, certains historiens ont dit que le duc de Savoie prêta de l'argent au connétable
INTRODUCTION. x*vii
du sultan de Constantinople'. C’est à cette époque aussi que s’établirent les premières relations suivies de la France avec la Sublime Porte.
L armée de Cbarles-Quint victorieuse à Pavic ne se recommandait ni par la discipline, ni par l’union de ses chefs. Charles de Lanoy, vice-roi de Naples, était, en Italie, l’homme de confiance de Charles-Quint, et charfçé de surveiller les deux autres généraux, quoiqu’il fût celui dont f habileté militaire était le plus douteuse. Le connétable de Bourbon se montrait, il est vrai, tout dévoué à fempereur, mais Pescaire donnait des inquiétudes à cause de ses relations connues avec les petits Etats d’Italie, (il justifia quelque temps après toutes ces craintes.) En même temps, plusieurs tentatives d’insubordination éclataient autour du château fort dans lequel on tenait enfermé François 1"; plusieurs conspirations pour faire évader le Ijoi avaient été récemment découvertes’. Charles de Lanoy répondait à l’empereur de la garde de son prisonnier : il résolut de proposer aux autres généraux de mettre le Roi à l’abri d’un coup de main en le transportant à Naples. Les galères espagnoles devaient l’y conduire.
François I" fut informé de cette circonstance; il écrivit aussitôt secrètement à sa mère ( voy. planche III)’ pour l’instruire de la résolution qui venait d’être prise. Il lui demanda aussi de le faire enlever de vive force pendant son voyage sur mer. La régente chargea de cette périlleuse expédition Bernard d’Ormezan , baron de Saint-Blancard, amiral des mers du Levant, et
pour «SÉcmbler des troupes contre le Roi. De ce nombre* sont M. Henri Martin, Hntoirt dê France, t X, p 3i , et Garnier, Hâtoirc de France, t. XXIV, p. 1 14*
’ Lettre lie remerdment de François!** au Grand Seigneur, p. Sag. M. Rej a pu-
blié la traduction des lettres du sultan au roi de France, d'après les originaux de la Ribliolhèque royale.
’ Anquetil, 1. 111, p. 167.
* Lettre de François I** à U régente, p. 180.
HXVlll
INTRODUCTION, le maréchal de Montmorency fut secrètement débarqué la nuit, près de Gènes, pour tout préparer'. Mais le séjour prolongé du Roi dans ce port de mer fit complètement échouer cette tentative. En même temps, François I", qui, malheureusement, jugeait trop du caractère des autres souverains par le sien propre, si susceptible d’émotions nobles et généreuses, se laissa persuader, par le vice-roi, qu’une entrevue avec Charles-Quint terminerait toutes les dilficultés qui retardaient le traité de sa délivrance. Flatté de cet espoir, le Roi consentit à aller en Espagne’, et comme les forces navales de la France dans la Méditerranée étaient un obstacle à ce projet, François 1" leva lui-mème cette dernière difficulté en consentant à prêter ses propres vaisseaux au vice-roi pour se faire transporter en Espagne, et sous l’escorte des troupes de ce même pays. Le maréchal de Montmorency signa cet arrangement avec Lanoy’. 11 se rendit donc en France pour en obtenir de la régente l’exécution immédiate; mais il se manifesta dans le conseil de vives oppositions qui causèrent du retard dans l’envoi des vaisseaux français à Gênes, et le vice-roi , suspectant les intentions du Roi, revint à son premier projet de le conduire à Naples. Pendant dix jours, les bâtiments espagnols louvoyèrent sur les
' Lettre du baron de Saint* BUncard, p. 181.
' Lano^ navait pas consulté sur ce projet les intentions de Charles-Quint* et l'empereur ue le connut que lorsque le Roi fut arrivé À Valence, ainsi que le prouvent les documents. Cest donc par erreur que rbislorien Garnier a dit que Charlcs-Quint chargea Laooy de persuader à François I" de venir en Espagne {I. XXIV, p. 166-167).
* Accord fait et passé, etc. p. a 12. — U
ny est nullement question du désarmement des vaisseaux français dans les ports, comme le prétend M. V'incens [Hisloirt de Génei, t II, p. 4o8), ni des vaisseaux de Doria qui furent donnés en gage (iétd.) . et encore moins de l’intention de Doria d'attaquer la flotte espagnole. (Voyez .\nquelil, p. 168.)
* U en est question dans la protestation du Roi, ainsi que dans un mémoire donné par le Roi à Montmorency, p. 259.
XXK
INTRODUCTION, côtes d'Italie, au grand mécontentement du roi de France. Enfin, on signala l’approche de la flotlillc française, et François 1", tout joyeux d’être conduit en Espagne, vit se réaliser ce projet, qui devait pourtant prolonger sa captivité L’empereur, le connétable et le marquis de Pescaire ignoraient cette décision de Charles de Lanoy’; aussi, rien n’égala le mécontentement des deux généraux, surtout du connétable de Bourbon, lorsqu’ils apprirent l’arrivée de François I” en Espagne. Le connétable avait-il médité quelque projet favorable à la liberté du Roi, comme certains historiens lui en font honneur? Nous n’avons vu aucun document qui permette de le supposer. Mais ce qui n’est pas douteux, c’est la réalité des regrets du connétable d’être arrêté, par cette circonstance, dans son entreprise contre la France, dont il entretenait l’empereur Ses plaintes abondaient en expressions blessantes pour la bravoure du vice-roi.
Le 32 juin i5a5, François L'était à Barcelone. Partout les populations espagnoles accouraient sur son passage ‘. Lanoy, qui ignorait encore les intentions de son maitre au sujet du Roi, le laissa, pendant quelques jours, à Venyssollo*, près de Valence*, et alla lui-même informer Charles-Quint de ce qui se passait, et prendre ses ordres pour la suite du voyage. Tous les événements étaient d’une singulière gravité : l’empereur allait décider du sort du roi de France.
* Lettre du haiWy de la Barre à la régente« p. ai4-
* Lettre du vice-roi à Charles -Quint, p. 3i6. note i.
' Lettre du connétable de Bourbon à l’empereur, p. 217.
* Lettre de M. de la Barre à madame la régente, p. aai.
' Troie lettres des olGciers du Roi de
France, écrites pendant le mois de Juillet i5a5, sont datées de ce lieu. Elles contredisent en cela riiisloire de Gaillard, qui a dît que François T' Tut enfermé d’alxird à Xiativa, près Valence. (Gaillard, t. Il, p. 46 1.)
* Nous n’avons pas trouvé de document relatif à ia révolte des soldats d’.AIarcoii à Vaieuce, et que le Roi aida 4 apaiser.
XXX INTRODUCTION
Le.s documents de la seconde section de notre recueil nous ont révélé les plus secrètes et les plus douloureuses vicissitudes auxquelles le Roi venait d’être exposé. On apprendra, dans la troisième section , jusqu’où s’élevèrent son courage contre l'ad- ^versité , et ses nobles résolutions pour la conservation de son royaume et de l’honneur de la France.
La régente avait pour le roi son fils une affection pi-olonde, inquiète, exaltée. Ce sentiment si naturel se montre avec toute sa force dans les moindres actions de la duchesse d’Angoulême, au milieu même des plus graves préoccupations des affaires de l’Etat. Des historiens nous disent de cette prlnce.sse, que ce fut une femme haineuse, cruelle, vindicative et anihitieuse; mais sa correspondance intime avec le Roi et avec Marguerite d’Alençon, sa fille, nous révèle aussi la tendresse vraie, prévoyante et attentive d’une mère |X)ur son fils: on voit qu’elle l’aimerait autant, ne fût-il pas roi. .Jamais l’amour du pouvoir, même lorsqu’il dirigea les actions de la régente, n’ellaça, n’altéra dans ce cœur maternel le dévouement dont il était rempli ; l’usage de l’autorité déposée dans ses mains n’eut qu’un seul objet en vue, la sûreté du Roi, surtout lorsque les inspirations trop vives de la jeunesse et sa bravoure chevaleresque entraînaient le monarque à dos périls que la majesté de son rang lui faisait un devoir d’éviter. Enfin, cette mère si tendre et si passionnée sut conduire, avec la plus parfaite prudence, des négociations qui donnèrent à la France d’utiles alliés dans ses luttes contre l’Empire ou l’Angleterre.
Le Roi connaissait bien cette giande affection maternelle, et il .s’efforçait d’y répondre. I! nomme souvent sa mère flans ses lettres et dans ses poésies :
Or sachez doncq, ô madame et ma merci Que de vous m’est l'absence trop amere ;
INTRODUCTION
Que diray pluj, sinon que congnois bien Qu’en la beaultii des lieux ne gisi le bien.
Mais seulleinent en eompagnie bonne De celle-là où loul plaisir se donne
Et lorsqu’il nous retrace en vers les malheurs de Pavie, il nous apprend que l’un de ses plus grands chagrins lut que.
Trop fort doublant que l'amour de ma mere Ne peull souffrir ceste nouvelle amere ,
Par desplaisir causé de ma prison.
Sans regarder qu'en tant triste saison Le seul confort de toute France est mis Sur sa vertu , la gardant d’ennemys.
Et qu'en ma sœur ne demoura pouvoir Pour telle dame et à son mal pourveoir
La duchesse d’.\ngoulênie exprimait ses sentiments pour le Roi avec une grande vivacité. Le rondeau adressé à François I" (p. 109 ) en est une preuve : c’était pour elle un cuisant chagrin que l’absence du Roi. Marguerite, sœur de ce monarque, le lui écrivait souvent :
Car vray amour, qui n’a soucy ne cure Que de te veoir, ne se paist de verdure.
Je confesse que pour ce temps nouveau L’on ne scauroit trouver ung lieu plus beau Pour recouvrer santé tant estimée A la mere d'un fils tant aymëe
D'ailleurs, une conformité absolue de vues, de sentiments
' Épltre du Roi a la duchesse d'Angou- lie, p. laà. — ‘ ÉpSlre de ta duchesse
lémc. p. 90. Marguerite au Roi, p. 101
* Ëpître do Roi sur la campagne d'Ila-
WXIl
INTRODUCTION, et (le goûts, une sympathie parfaite sur toute chose existait entre la mère et le fils, et entretenait sans trouble l'intimité qui les unissait. Tant que vécut la duchesse d’Angoulême, ni les favoris, ni les maîtresses du Roi n’aflaiblirent cette sainte affection. « Encores que vous soyez en France et le Roy en Espaigne, écrivait Brion à la régente, vos opinions sont semblables » Dans une autre lettre, la régente dit encore : • Je cuide sentir en moi que vous souffrez*. » Cette princesse pouvait donc avec toute vérité écrire au Roi : « Reposez-vous sur la foi et amour d’une mère*. •
Une autre personne tout à fait digne d’une si rare association la cimentait par la solidité et la grâce infinie de son esprit; elle était, nous dit-elle,
üng petit point de ce pariàict triangle *,
une personne de cette trinité de famille «qui a tousjours esté unye •
A d’autres historiens, ce dévouement d’une sœur pour son frère malheureux a paru aussi n’avoir pour origine que des motifs dignes de blâme, comme si le rang suprême desséchait et éteignait tous les sentiments de la nature. Brantôme, par sa Chronique, fondamentalement médisante, par tant de méchants propos, a pu se faire, en ce mauvais côté, une sorte
* Lettre de Brion, p. )63.
* Lettre de U ducheue d’AngouUme au Roi, p. 337.
* Lettre de la même, p. 3a3.
* Epitrede lareinede Navarre, p. 435.
^ Lettres de Louise de Sevoie cl de
Marpierite sa fiüe, p. lAa^^Vo^ez aussi les poésies du Koi , p. 337 , et de llargue^
rite. p. 54o. — Jean Marol s*esl servi aussi de ce mot de /rûuV dans scs poésies ; et 4 ce sujet, l’abbé Goujet {Bibliothèque françaisêt t. XI, p. 3a) déclare qu*on ne peut excuser ce poète d’avoir emplo)fé ce même mot, et l'idée qu'il présente, dans un rondeau d'un sujet tout à fait profane.
INTRODUCTION. xxvui
de répulalion historique, et, piiisqu’eUe n'était pas usurpée, au moins ne devait-elle pas trouver des imitateurs. Cependant, que de jugements sur le xvi' siècle n’ont d’autre source que les caquets historiques de ce célèbre conteur! Par ce moyen, il est vrai, toute dilTiculté sérieuse disparaît de l’histoire : il ne faut que se montrer accommodant sur les sources', sans s’inquiéter de la malice des écrivains.
Marguerite d’Angouléme, duchesse d’Alençon, puis reine de Navarre, sœur du Roi, a éprouvé les cflets de cette triste méthode d’écrire l’histoire. Quoique Brantôme ait en quelque sorte épargné cette princesse, et qu’on ne le puisse trouver médisant, dit-on, que par induction*, il reste quelques nuages sur cette brillante et légitime renommée de la reine de Navarre. Mais fallait-il donc que le Roi n’écrivît à sa sœur que par sa chancellerie? Nés pour s’entendre, les mômes goûts les rapprochaient encore, donnant l’un et l’autre à la cour et à la ville l’exemple de ce que peut pour la civilisation la culture de l’esprit unie à l'élégance des manières et du langage. Le Roi et la duchesse s’écrivaient en vers : l’exagération habituelle du style poétique et une inévitable émulation expliquent naturellement tout ce qu’il y a de dolent ou de passionné dans des écrits dont la forme exclut habituellement les froideurs de la prose et le cérémonial du protocole.
Après son départ de Paris, le Roi,
Qui ne demande en toute recompense
* L'ouvrage de M. Hœdcrer, Loua XI i et François l'\ repose enlièrement sur les dires de Brantôme. En général, le publi* ciste contemporain nous semble bien peu diOicile en fait de preuves historiques.
* Notice sur la reine de Ntnarre, en tête des Lettres de celte princesse, publiées pour la Société de Tbistoire de France, 3* recueil, p. i.
XXMV
INTRODUCTION
Sinon, pour vray, ce très-grand bien avoir.
Que toute saine en joye vous puisse vcoir .\\ fc la soeur de voue tant desirèe.
Que de nous deux se pcult dire l'ayinèe Parfaitement . si jamais créature Le mérita, par sens et par nature *,
parlait souvent de la duchesse sa sœur, même dans les épîtres qu’il adresse à sa mère, et Marguerite ne répondait pas moins alTectucusement au Hoi :
Croyez, amy, que par rinfinitude Aceomplirons nosire béatitude.
Qui consiste en la fmiction De ta vue®
Les témoignages de cette all’ection réciproque sont souvent renouvelés dans les épîtres et les rondeaux qtie le Roi et la duchesse échangeaient fréquemment, et l’on peut considérer comme les plus remar(|iiahles par la chaleur des expressions ceux qui sont rapptortés aux pages loô, 446, 45 1 et 54 i de ce volume.
Et dans ces vers, bons ou mauvais, mais si allcctueux , qu’y a-t-il donc de plus que dans tous les écrits analogues du XVI' siècle, époque où la vivacité naturelle des esprits et des passions pénétra nécessairement dans le langage, excitée quelle était par les grands événements qui donnèrent alors à la société européenne une face nouvelle? N'accusons donc pas .sans des preuves évidentes cet inaltérable sentiment d’affection qui unit toujours la mère, le fds et la .sœur, et que j’appellerai avec eux leur triaitc royale.
* Epilredti Roi à ia duciiOMO d’Angou* * Êpitre do la duclieue Marguerite au iéene, p, 90. Roi, p. loo.
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INTHODIiCTlON.
La régente avait proposé à Cliaiies-Quint d’aller traiter avec lui de la délivrance de François 1", et avait désigné In ville de Perpignan pour la réunion des négociateurs. Si l’on en croit cette princesse, elle renonça bientôt à ce projet, ne voulant point laisser l’Ftat -sans cbel D’autres documents nous disent, au contraire, que reinpereur n’accepta pas la proposition de la régente’. La duchesse d’Angoulême ne lut pas plus heureuse lorsqu’elle offrit à l’empereur de mettre le Hoi à rançon pour une somme qu’on le laissait libre de fixer*, et de marier le Roi et le dauphin à des princesses portugaises ‘. On proposait aussi à (ibarles-Quint la duchesse Marguerite pour femme
Bien que ce fait soit avéré, on a soutenu historiquement le contraire : on a dit que l’empereur, à cette époque, avait demandé la main de la princesse comme une des conditions de la paix, et que le Roi la lui refusa; de plus, on a découvert les importants motifs do ce refus, du rejet d’une demande qui ne se fit point alors et qui fut toujours inconnue à l’histoiro, comme le furent aus.sl les prétentions du connétable et les généreux sacrifices que se seraient faits mutuellement fempereur et le connétable au sujet de la duchesse Marguerite, qu’ils n’avaient ni l'un ni l’autre demandée en mariage ®.
A toutes ces communications de la part de la France, l’empereur répondit en persistant dans les articles apportés en Italie par Beaurain’: c’est-à-dire en demandant, outre quelques concessions secondaires, la cession entière du duché de Bourgogne, de la vicomté d’Auxonne, du Charolais, de la Flandre,
* Avis donné en Anglelerre« p. dyi.
* Premières instructions de la régente » rarekevèqae d'Ëmbnsn , p. 176.
^ Articles proposés par le Koi, p, 170
* Lettre à madame la régente, p. iqA- ‘ Voyei la Notice sur Margt»eri(e d’Angouléinc, déjà citée.
' Ils sont déjà indiqués dans les instruclious deCharle»4^nnt a ses ambassAdeurs .
«XVI INTRODUCTION
de r.^rtois, du Milanais, de Gênes cl du comté d’Asti; enfin , le mariage du Roi avec Léonor, sœur de Charles-Quinl, celui du daupliin avec l’infante de Portugal, sa fille, et l’entretien par la France d’un corps d’année de six mille hommes qui seraient mis à la disposition de l’empereur. Dès lors, les émissaires de la régente se répandirent dans toutes les cours pour émouvoir les souverains en faveur du roi prisonnier'. Cette princesse s’assura, même à prix d’argent, du dévouement de quelques grands personnages de la cour d’Espagne
Malgré les mauvaises dispositions de l’empereur, la régente avait vu avec le plus grand plaisir le voyage du Roi À Madrid, où un climat plus salubre et les entrevues des deux monarques devaient, dans son opinion, raffermir la santé de son fils et aplanir les difficultés du traité’.
Depuis la fin du mois de juin, le château fort de Venyssollo, à quatre lieues de Valence, servait de résidence au prisonnier*. Il avait pris le parti de s’y retirer afin d’échapper à la grande presse des habitants de cette ville, car le respect et l’empressement du peuple espagnol étaient universels, et, toutes les fois que le Roi paraissait en public, un grand nombre de malades des écrouelles lui étaient présentés pour les toucher, avec grande espérance de guérison, et jamais en France l’empressement n'avait été tel : la personne du Roi séduisait tous les esprits, et tous ceux qui le voyaient désiraient sa délivrance et la paix La noblesse espagnole était animée des mêmes sentiments, et quatre des plus grands personnages s’ollrirent
' i\vi& donné en Angleterre, p. 37a.
— C'e^t à celte même époque que remonte le voyage de Frangepani à Conatan* linople pour aolliciler aussi Soliman 11.
’ Sa correspondance en lait foi.
* • U n*y a que les ennemis du Roi qui
{leuvent trouver mauvais le voyage d*£s> pagne,» écrivail^le, p. a3a et 333.
* Lettre de . . . à la duchesse d'Angoulème, p. 336, et note a.
* Lettre des ambassadeurs français, p. s53.