‹ Captivité du roi François IerChapitre 34 sur 241 · V .VARE5CHAL DE MONTMORENCT · texte numérisé non relu

V .VARE5CHAL DE MONTMORENCT

Montmorancy, j’ay advisé, pour quelque advertlssement que j’ay preaentement eu, d’envoyer Ypolite à Saint-Ange. A ceste cauae, faictcs-le incontinant partir avec sa bande, la plus complecte qu’il |K)urra, pour y aller, et qu’il face bonne diUigence : et mais que je vous voye, je vous diray pourquoy je l’envoye : et à Dieu, qui vous ait en sa garde.

R.script k l’abbaye de Sainct-Laflranct, ce dimanche matin.

FRANÇOYS

BasTOs.

N- XXXIV — LETTRE DICTÉE PAR LE ROI ET ÉCRITE PAR BABOÜ A MADAME LA DUCHESSE D'ANGOULÉME.

Mouvement des troupes do Roi et de celles des enoemis. — Ils ont peur de moa^r <U ta baiailU. — Us sont allés haitrr Milan. — Tendant que le Roi dicte cette dépêche, on lui annonce la marche des ennemis sur liii.^ On sonne l’alarme.^ Le Roi se presse tant, qu'à peine pent-il entendre 1a messe avant de mouler à cberal. — Escarmouche avec les ennemia. — Us ne pourront secourir Pavie. Elle sera prise. — Le Roi a dormi en konme de ÿuerrr. — U a tout prévu pour son entreprise. — FJle doit réussir.

Madame, depuis les demieres lettres que je vous ay cscriptes de ma main, vous avez esté advertye, jour par jour, de ce qui s’est faict. Parquoy il vous aura pieu veoir que ce que je vous mandoys estoit vérité, en tant que je vous escripvoys que si les ennemys estoient si

foU que de venir à la Chartrousse , que nous mectrions peine de les en garder. Madame, ilz ont esté saiges et n'y sont point venus.

Et en ensuivant l’opinion que j'en ay toiisjours eue, je croy que la derrenière chose que nosdicts ennemys feront , sera de nous combatre : car, à dire la vérité, nostre force est trop grosse pour la leur; et la raison pourquoy ils se sont mys aux champs estoit pour cinq ou six causes : la premier, qu’il n'y avoit plus de vivres dedans Loddes pour euli ni pour leurs chevaulx; l’autre que cela Icru* sert de repputacion de dire qu’ilx sont k la campaigne, aussi qu’ilz nous veuUent travailler et mectre en suspect de Millan , ou d’essayer de nous rompre noz vivTes en quelque lieu, pour, par ce moyen, nous contraindre de venir à ung fol combat, eulx estans logez dedans le fort : ce qiie, avec l’aide de Dieu, ne sera faict. Et aussi qu’ilz veoyent bien que Pavye s’en va perdue s’ilz ne la reconfortent de quelque chose, et toumoyent icy autour pour les faire tenir jusques au derrenier soupir, que je croy ne sera plus long : car il y a plus d’un moys que ceulx de dedans ne beurent vin, ne mangèrent chair ny Iromaige. Nosdicts ennemys ont esté baiser Millan et puis ce camp , et puis s’en sont allez à Saint-Ange. Laquelle, encorcs que j’eusse commandé qu’elle feust abandonnée , ceulx de dedans ont enduré deux assaulx et puis se sont rendus par composition. De delà, nosdicts ennemys n’ont ousé assaillir Saint-CnIIomhan , pour ce qu’il valloit ung peu mieulx, et sont venuz loger en ung villaige nommé Vellautere, et hier voulloicnt venir loger à Bellejoyeuse. Et desjà tous leurs chevaulx ligers et bagaiges commençoyent à marcher; mais ilz y trouvèrent monsieur l’admirai et le mareschal de Chabannes, qui estoient allez à la guerre; et cuydans nosdiz ennemys que ce feust toute nostre armée qui y vint loger, tournèrent bride et rccullerent deux milles, et logèrent en ung beu nommé Copian, merveilleusement fort, p>our estre situé entre deux canalz : et à cela , avons bien peu venir qu’ilz ne veullent point manger de la bataille, puisque trois ou quatre cens hommes d’armes leur ont laict tourner le nez.

Madame, ceste ville est située , comme je vous envoyé cy dedans le

pourtraict et verrez comme il y a ung grant canal qui se faict rivière, qui s’appelle Lolonnc, qui part d'un cousté à demy-mille près du Tesin et va tumber dedens le Pau. Et n’approche point ceste ville de plus près que de six mille , et en tel endroit qu’elle s’eslongne de huit et de neuf, entre Pavye et ladicte riviere; partout y a beau lieu et raisonnable pour combattre ; mais de delà c’est le plus fort pays du monde. Nosdicts enneniys sont de delà, et ne croy point encores qu’ilz sont si folz de passer de deçà; et s’ilz y passent, ce serait le combat à nostre advantaige grant ; aussi de les aller sercher de delà ■serait fort desavantageux pour nous. Toutesfois, s’ilz veuUent tousjours demeurer de leur cousté, il est forcé que ledict Pavye se perde à leur veue : laquelle prinse et n’ayans affaire que à eulx, nous leur ferons bien perdre leur escryme , quelque fort pays qu’il y ait. Nous sommes encores au matin, nous avons envoyé gens aux champs, par lesquels nous saïuxins des nouvelles, dont vous serez tousjours advertye : et ce pendant, je vous ay bien voullu faire escripre soubz moy ce long discours, vous suppliant très humblement ne voulloir estre en peine pour l’affaire où nous sommes; car il ne peult, au plaisir de Dieu, que bien aller, vous asseurant que vous ne veistes oneques gens de meilleure ne si bonne voluntc que ceulx de ceste compaignie, et qu’il ne se fera point d’erreur.

Madame, ainsi que j’escripvoys bien matin soubz le Roy le contenu cy-dessus, luy vint nouvelles comme les ennemys marchoient draict à son avantgarde, et que desjà estoient si près, que l'on oyoit leurs tabourins : qui fut cause que ledict seigneur ne vous peult achever sa lectre, qu’il pensoit accompaigner d’une douzaine de lignes de sa main ; car sur l’heure l’allarme fut chault et si pressa , que à peyne eust-il loysir de ouyr messe, pour monter à cheval. Incontinant s’en vint en ce parc, où gccta toute son armée en bataille; laquelle y demeimi

' Ce plan ne l'est pas trouvé avec la fois fait partie du recueil où se trouve cette dépêche. Rien n'indique qu'3 ait autre- lettre.

jusques à ta nuict , que iedict seigneur se vint loger en ce lieu , pour estre plus près de ses ennemys.

Madame, tout ledit joiu' d'hier, l’escharmouclie dura entre noz gens et lesdicts ennemys ; lesquels avoyent gecté environ ni* harcquebutiers et deux cens chevaulx deçà la rivière de LoUonne , pour tousjours couvrir leur armée qui marchoit delà ladicte rivière, et s’en vindrent loger à Lardizago , ung très fort logeiz , assis à quatre petits mille d'icy. U lut tué en ladicte escarmouche quelques chevaulx, et de gens de nom le baron de Monial seullement, jeune gentilhomme nepveu de monseigneur d'Entragues. La nuict s’est passée partie debout, partie à cheval, se tenant cbascun stu- ses gardes, ainsi qu'il en estoit plus que besoing.

Madame, ce matin, le Roy, à bonne heure, est monté à cheval et la pluspart du jour est demouré en bataille, pour estre prest et résister à pourveoir à plusieurs et diverses nouvelles qui luy sont venues, les unes que lesdicts ennemys marchoyent à nostre avantgarde, avecques quelques provisions de vivres pour advictailler Pavye ; les auctres , que lesdicts ennemys marchoient vers la Chartrousse pouiy aller loger. Toutesfois, ilz ne sont point deslogez dudit heu de Lardizago, ont escarmouché tout le jour avec quelques noz gens, là où •Argouges a esté porté par terre, et ung quart d’heure entre lesdicts ennemys; là où il a enduré trente coups de masse sans se vouUoir rendre : à la fin il a esté secouru d’aucuns des nostres , et s’est saulvé à pied, blessé soubz le pied d’un coup de hacquebute : et autre de nom, grâces à Dieu, n’y a eu fortune.

Madame, le Roy veoyant que lesdicts ennemys ne voidloicnt partir de leur fort, s’est encoures retiré en ce logeiz; et dès le matin m’a commandé monsieur l’admirai que je vous escripvissc pour luy et pour moy, et que je vous feysse savoir la peine en quoy sont lesdicts ennemys de secourir ceste ville qui s’en va perdue : ce qu'ilz ne peuvent faire sans passer par dessus nous, qui est la plus difficille et pénible besongne qu’ilz entreprendront oneques.

Madame , le Roy a dormy en homme de guerre , est en aussi bomie

santé qu’on le pourroit sonhaicter; et a si bien pourveu à toutes choses , que inconvénient ne peult advenir à sa personne ne à son emprise . dont vous. Madame, deviez porter peyne, et vous en ferav savoir de brief, ainsi que j’espere, de très bonnes nouvelles.

Madame, je prye nostre Seigneur qu’il vous doinct bonne et longue vie.

Kscript de M)Tabel, devers le parc de Pavye, ce iii* jour de février.

Vostre très-humble et très-obeyssani subgect et serviteur,

BABOl .

XX.W — LETTRE DE CHARLES DE LAN.NOY. COMMA>DANT L'ARMEE DE LEMPEREL'R. A L'AMBASSADEUR DE S M. I PRÈS LE ROI D’AN'- (iLETERRE.

N'nuvelles du camp impérâl. — Il espèrr forcer les Frauçai» à accepter la baUille ou à se retirer, lin mov<N oat e ntr^ dans Favie. — Les couleuvrioiers eapagaois font grand mal tua Français.

I Db r*ntp de l'rapcrcur, ^cK« 10 I6S0. |

\ MONSIEI K DE FRAET, AMBASSADE! R DE I/EMPEREIH VERS LE ROY D'ANGLETERRE.

.Mous, l’ambassadeur, par mes dernières lettres vous l'arrivée de messires Grégoire de Cassai, et comme il m’a ba

de par le roy d’Angleterre et monsieur le légat : ledict messire Grégoire partist de ce lieu, il y a quatre jours, ne sçay qu’il fera. Le

grant désir que j’ay est des cinquante mil ducats, car les

du pape se mayvent de plus en faveur du roy de

Le camp de l’empereur est venu loger en ce lieu , à ung petit mille de Pavye, et est logé le camp du roy de France lè où a toujours esté, qui est entre Pavye et nous; et sommes si près de l’un et l’autre.

que les cnnemys oyent les crys que les piétons au guect,

nous le leur, et se voyent les gens des deux camps ; et se leur

camp ne fustfortiffié se fort qu'il esl, nous eussons jà combattuz, ou ils se feussent levé de là.

Le jour que arrivâmes en ce lieu , AnÜioine de Lieve lireiil

une sallye sur les ennemys , qui estoient logez au bourg Sainct-

Salvator, et lisrent se bien les nostres qu'ilz tuerent de cinq

cens hommes. Ledict sieur Anthoine me demanda de la p

laquelle je luy ay envoyé, et entra, devant hyer, dedens Pavye : ce que n’a pieu aux ennemys. Nous mectrons payne de faire nostre devoir pour les tyrer hors de leiu- fort, et leur donner la bataille en jeu party, et de demourer entre Pavye et nostre camp auront assez alTere. Depuis trois ou quatre jours, nos gens ont faict grand donimaigc aux ennemys; car noz couleuvriniers espagnolz sont de si bon voulloir, et sçaivent si bien leur mestier, que les ennemys n’y ont gaigné jusqucs à ceste heure.

Monsieur l’ambassadeur, j’ay, depuis mes deniieres lettres, receu les vostres du xvi' du moys passé, aussi Madame m’a envoyé le double des lettres que vous cscripvez à l’empereur, et bien entendu le contenu d’icelles, dont vous mereye. Je vous prye me mander .souvent de vos nouvelles, et de jour en jour vous advertiray de ce que surviendra, m’advisant au surplus, s'il y a chose que puysse fere pour vous, m’y employerai de bon cœur, aydant Dieu : auquel prie, monsieur l'ambassadeur, vous donner bonne vie et longue.

Du camp de l’empereur, à une petite mille de Pavye, ce x* de févTier xv' xxiiii.

Le tout vostre bon amy,

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