‹ Captivité du roi François IerChapitre 40 sur 241 · I. EPI.STBE [X MADAME I.A Dl'CHESSE D'ANCOI LÉME · texte numérisé non relu

I. EPI.STBE [X MADAME I.A Dl'CHESSE D'ANCOI LÉME

Si le regret d’esloigner les amys Engendre peine, et qu’il luy soit permis Diminuer l’cllect de son plaisir.

Ne voyant plus la cause du désir:

Si le travail de l’esprit tourmenté Estre ne peult de joyc en ce augmenté.

Et si la plume a eu ceste puissance A ses amys de faire congnoissance

' Le Roi , pendant ses voyages, au milieu même du fracos de la guerre, et dans scs rares momenls de loisir, consacrait par la poésie les regrets que lui causait son éloigoement de la cour. Des épitres en vers, des chansons, etc. étaient adressées à la duchesse d'Angouléme et À la belle duchesse d'Alençon , la mère et la sœur du Koi. Les vers tendres ou passionnés, dans iesqueb François 1** rappelait ses changeantes amours, avaient aussi leur part des inspirations du monarque. Pendant sa captivité, François I* cherchait, comme son grand-oncle Charles d'Orléans, une consolante distraction dans la poésie, cl Ion peut remarquer qu'au milieu des chagriot qu'il devait éprouver, enfermé au diileau fort de Piztighitonu, le Roi trouvait encore des vers pour chanter 1a beauté de nimphes qui habitaient les bords ravissants de la Loire.

Les pensées exprimées dans ce premier

extrait rappellent les adieux du Roi lorsqu’il partit pour la conquête du Milanais et ses souvenirs d'amour ; d'autres pièces donnent le récit fidèle de son pariement tie France rn halte et de la prise da liai devant Pavie. Le second extrait contiendra les vers composés par le Roi pendant sa prison en Italie, vers où l'expressioD de ses chagrins se mêle à des souvenirs plus heureux.

Nous publions le texte de ces poésies d'après le manuscrit de la Dibliolhèque royale n* 7688-3, collationné avec un autre volume de la même bibliothèque portant le n* 1 5 du fonds de Cangé. Les variantes les plus importantes de ces manuscrits se trouvent en note. Les vers de la ducliesse d'Angouléme et ceux de Marguerite d'.Alençon en réponse a ceux du Roi sont mélé.s avec ses poésies.

* Les titres entre crochets on été ajoutés par l'éditeur, et ne sont pas dans les maouKrits.

Du dueil, ennuy, travail, peine et tourment Que prendre on peult faisant departement,

Que feray doncq, sinon sur papier mectre Ma voulenté en peu de maulvais mectre?

Or sachez doncq, o madame et ma mere !

Que de vous m’est l'absence trop amere :

Que diray plus, sinon que congnois bien Qu'en la beaulté des lieux ne gist le bien ,

Mais seuliement en compaignie bonne De celle-là où tout plaisir se donne;

Car pour certain ce lieu-cy de Chinon N’est point moins beau que partout a renom.

Mais que me sert sa beaulté tant congneue.

Celle praerye et excellante veue ,

Quant pour certain les fleurs n’ont la puissance De faire tant que mon plaisir s’advance,

Ny mais aussi les arbres ne les champs,

Ny le plaisir des oyscaulx ny leiu^ chantz,

Dont nia joye a bon droit d’estre posée Sur le revoueoir, pour estre reposée Du grand travail et peine qu’a porté.

Dont vous supplye ce mot n’estre emporté Hors du jamais de vostre souvenance.

Qui ne demande en toute recompense Sinon pour vray ce très-grand bien avoir Que toute saine en joye vous puisse veoir Avec la seur de veue tant desirée Que de nous deux se peult dire l’aymée Perfaitement, si jamais créature Le mérita par sens et par nature.

Sans oublier les amys que savez,

Lesquels ne doubte auprès de vous avez.

Et sur cc point ia conclusion je fayz.

Faisant la fin jusqu’à une autre foyz.

2, EPi.srnr.. /

Pourroit sen-ir ceste présenté lettre Devant tes yeuJx représenter et mettre La triste vie et l’estât ennuyeux De ton amy. qui ne peult avoir myeulx Qu’ung long travail, par la trop rude alisence.

Qu’il a acquis esloignant ta presence.

C’elle povoit au vif mon mal te paindre ,

J’atu'oys grant tord ma main pour cela plaindre ; Mais, certe, elle est debille et impuissante A dcclaircr douleur forte et pesante;

Si vault-il myeulx me resouldre, et eslire En dire part, que du tout n’en rien dire :

Car par le moins tu auras congnoissance Du plus causé par ta grande puissance.

LasI il fauldroit que l'ancre fust de iermes.

Et durs souspirs en lieu de plaisans termes;

La plume fust d'une peine bien forte,

D’ung fer tailliée en la volunté morte ,

Et le papier fust noircy en couUeur,

Pour myeulx monstrer ma tant ferme douUeur,

Si je vouUoys bien au vif te monstrer Le mien estât, et mon mal remonstrer.

Mais à qui esse à qui fays-je ma plainte De la rigueur de mon amour sans fainte i*

Quelz yeulx lyeront ceste triste escripture Sans lamenter ma fortune tant dure ?

Ce sera toy, ô amye et maistraisse !

Seront tes yeulx non ramplis de duresse.

Qui sus papier verront, en piteux nietre,

Où ton amour me peult conduyre et mectre.

Que dira lors ton honneste nature ,

Ta seure amour, ta loyaulté tant pure?

Je croy pour vray que quy t’orroit parler.

Ou que tel son heureux nous portast l'air.

Que tu diroys : Helas ! comme je porte Dure l'absence en amour non moins forte!

O ! comme , amye , tu as pour récompense Le myen voidloir, suivant ta penitance;

Et bien souvent ma bouche tandre et molle Occupée est de suspirer pour paroUe :

Ce sont les fruietz qu’ Amour le liberal Départ aux siens, tenant pour bien son mal. •Amye , bêlas ! l'erreur d'aultruy nous fait Santir le mal, sans avoir riens forfaict.

■Au départir, quant je te dis adieu.

En delai.ssant toy, ma vie, et le lieu

Qui comprenoit dessoiibz, miracle obscure.

Le seul rcmede à ma peine tant dure.

Plus ne te vis, sinon en la pensée.

Alors fust tant ma doulleur avancée.

Que je ne puis la dire, dont la panse;

Et soit bien seure, envers toy nulle offense N'avoir povoir en cestuy myen voyaige.

Je te laissay, au partir, ung seur gaige Que doys tenir comme chose trop tienne ;

Et j’ay ta foy, que je réputé myenne.

Le seul confort en mes labeurs et peines ;

Car pour tout l'an je compte les sepmaines.

Le jour pour moys, et pour minute l'heure.

En tel estât travaillé si demeure Le tien amy, qui attant le reveoir Tant désiré, tesmoing de son debvoir :

Car tant suis tien, que si tu n'abandonne.s Toy-mesme propre et à aultniy te donnes. Impossible est qu’à nul aultre puisse estre,

Ny que mon corps de mon cueur soit le maistre.

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