‹ Captivité du roi François IerChapitre 48 sur 241 · II. nONDEAl · texte numérisé non relu

II. nONDEAl

Ma foy tousjours je te promecti tenir,' Puisque tout tien m’as voulu retenir;

Tien je seray, quoy qu’on die ou murmiu'e : Car je feroys à moy-mesme injure;

Sans autre endroit me vouloir maintenir.

On ne sçauroit me faire au poinct venir De te laisser, pour nul bien advenir;

Je te supply, croy-m’en, puisque j’en jure Ma foy I

Sur ce, te pry mectre en ton souvenir Qu’il n’est en moy pouvoir contrevenir A l’amytié qui entre noz cueurs dure :

Par quoy m’est grief dont le tien tant endure. Puisque tu as, pour bien l’entretenir.

Ma foy î

la. BONDEAU [de madame la duchesse mahguehitej.

Ce n’est qu’ung cueur, et ne sera jamais De vous et moy, ainsi je le promectz ,

Quelque chose que vous puisse advenir.

Le sang ne pcult au contraire venir Ny la raison : aussi je m’y soubzmectz.

Ma voulonté k la vostre remeetz;

Parolle et faietz entre voz mains je meetz; Puisque je veulx vostre ainsi devenir,

Ce n’est qu'un cueur !

•Ainsi du tout k vous je inc commeetz.

Qui vo.stre suis et seray désormais Mieulx qu’oneques; mais plaise vous souvenir De nostre accord, pour nous y maintenir \ tousjoursmais ; puisqu’on vous me desmeetz,

Ce n’est qu’un cueur !

|3. RONDEAU

En mon malheur, d’amour je me contente Mais non de loy : car ta nature lente En mon endroict est rebelle au devoir Du sentiment que tu devroys avoir.

De l’égal feu que l’amour nous présente.

La cire fond au feu, sans point d’attente;

La fange aussi en challeur vehemente Seche devient : par moy je le puis veoir En mon malheur !

Las I fondu suis par challeur ' qui augmente.

Et tu durcys ingratte et peu amante ’.

' De«ir qu«. Mt. de Catigé. * Armante, A/j. de Otnyé.

SECTION 1. — GUERllE DU MILANAIS.

Moy serviteur qui peulx appercevoir N'avoir nul bien que te faire sçavoir.

Pour t’obeyr, la mort m’cstre plaisante En mon malheur !

lU liONÜEAU.

L'imperfection mérité la scilence.

Car chascun doibt celer son ignorance :

Par quoy debvrois , soubz le manteau , cacher De ton cuider ce que pomrroit fascher.

Par rude escript donnant ta congnoissance.

Mais je pense que moindre soit l’offence Estre congneu, par bricfre demonstrance Que par langueur si la voulois cacher.

L'imperfection.

En tout mon temps , je n’ay appris science Fors celle-là qui cause patience :

Et toutesfois ne m’en veulx destacher.

Pourquoy ma plume est sotte, s'empescher De blasme avoir, pour toute rescompense , L'imperfection.

I 5. RONDEAU

Par trop vouloir et par bien peu penser.

Par peu prévoir et par trop s'advanser.

Nous a esté taut fortune contraire,

' Pir bri«rveU deiTeoce. Mt. tU Cangi.

Qu'à ung seul coup a faict les biens retraire, Dont peull Amour les siens rescompenser.

EiUe a esté prospéré au conamencer.

Pour au millieu nous nuyre et offenser.

Et pour eniin nostre pouvoir deffaire Par trop vouloir.

S'il luy eust pieu l'un de nous rabaisser.

Pour l'autre en bien et plaisir exaulser.

L'heur d'un eust peu au malheur satisfaire ;

Mais pas ainsi ne va de nostre affaire ;

Car tous les deux veult ensemble oppresser Par trop vouloir.

l6. nONDE.\U.

l.a vraye amour tousjours faict son debvoir. Car le plaisir de vous cuider reveoir Estoit si grand, que dire nullement 11 ne se peult; mais ton vray sentiment En jugera, saichant bien mon vouloir.

Mais mieulx vauldroit perdre le bien du veoir. Qu'il empeschast vostre devoir, pour veoir Et vous servir de trop d'cmpeschement La vraye amour.

Le commancer a eu si grand pouvoir.

Qu'à t'obeyr travail n’ay peu avoir ;

Puisque l'effect t’en rend contentement,

.Ne craignant rien que de faire aultrement.

Est-ce raison pour bien mai recevoir La vraye amonr?

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