BONDE.\ü [de madame la DUCHESSE D'ANGOLLÉMe
Ce n’est qu'ung cueur, ung vouloir, ung penser De vous et moy en amour, sws cesser.
Mon très-cher filz, et bonne nourriture.
Raison le vcult et aussi faict nature ,
Que nostre faict ont voulu compasser.
La mere suis rpji ne veult offenser Vostre plaisir, puisqu'à tout bien penser De vous et moy est l'aliance pure :
Ce n’est qu’ung cueur.
Amour qui veult amour rescompenser Ne prand plaisir à debatre ou tanser;
Mais du tout mcct à complaire sa cure ;
Ainsi nous deux loyal amour ceinture,
Sans contredict ne sans contrepenser :
Ce n’est qu’ung cueur.
1 8. noHDEAU [de madame la duchesse marguerite].
Pensant passer passaige si piteux,
A tout bon cueur si triste et despiteux,
Veoir emmener personne si très-chere,
Soubz la couleur de gloire ou bonne chere,
Mect en danger ung retour bien souteux.
Je m'csbahys comme gens convoiteulx Sont aveuglez, pour rendre soufireteulx Royaulme, enfans, seur et dolente mere:
Pensant passer.
Soubz umbre d'estre saige et manniteux,
L’on a congneu leur esperit boiteux Sans aller droit, dont, en trés-triste cbere.
Tous les saiges en pleurent à l'enchere. Craignant par trop le voiaige doubteux.
Pensant passer.
ig. RONDEAU.
Le départir est sans departement A ung bon cueur, aymant parfaictement ;
Car NTaye amour ne congnoist nulle absence; Mais a tousjours, par mémoire en presence. Le bien où gist tout son contentement.
Si l’oreille, l’œil et le sentement Seuffrent peine, pensant l’esloignemeat , Prier les fault de prendre en pacience Le départir.
Veu que l’esprit, ayant vray jugement,
.A imprimé inséparablement En soy la lin où est son esperance, Tousjours la voit et sans cesser y pense.
Sans estimer peine, mal et tourment Le départir.
a O. ItONDBAU.
Le départir est faict sans départir;
Car nostre aniour ne pourroit consentir Qu'un principal fut vaincu d'accessoire.
Ne que l'absence eust triumphe et victoire Du bien qui est moins au veoir qu'au sentir.
Si l'œil en est ou mallade ou martir,
Le cueur luy doibt ung cyrot départir De doulx penser, pour plus aisément boire Le départir.
Entière amour ne se peult impartir.
Pour quelque ennuy dont le sache assortir La longue absence, ou la mort faulse et noyre. Elle est présente et vivante eu mémoire.
Qui nous peult bien de tout dueil divertir.
Le départir.
ai. aONDEAU [de madame la duchesse MAHGUERJ'I'E '].
MIOIME CUASLOTTE PARLAIIT à SOK AME
Saillez dehors, mon ame, je vous prie.
Du triste corps tout plain de faschcric Où vous estes en obscure prison.
' Pendant que le roi se rendait en Provence pour aller prendre le commandement de son armée, un cruel chagrin de fatnille vint tout à coup le menacer : la
princesse Charlotte , la plus jeune de se-, deux filles, tomba dangereusement malade. La duchesse d' Alen^ , «nur du roi. lui prodigua tous ses soins, et s'appliqua
Pour parvenir â la belle maison Avecq les saincU et leur confrairie.
Vous l’aymes trop, dont en serez marrie :
Car où il veult il vous meine et charrie. Laissez-le U, puisqu’il en est saison,
Saillez dehors !
Sans seureté d'estat tousjours varie ;
De sa santé ce n'est que mocquerie.
Force, beaulté et grâce sans raison;
C'est vanité. Oyez doncq l’oraison.
Partant du cucur, qui à haulte voix crie :
Saillez dehors t