‹ Captivité du roi François IerChapitre 50 sur 241 · RONDEAU DE LA MEME · texte numérisé non relu

RONDEAU DE LA MEME

MADAME LA DCCIIESSE FASLA.VT A L'AME DE MADAME CHAELOnE

Respondez-moy, o douice ame vivante!

Qui, par la mort qui les folz espouvante.

Avez esté d'un petit corps delivre.

Lequel huit ans accompliz n’a sccu vivre.

Faisant des siens la vie trop dolente.

Dictes comment en la cour triumphante

Société de THiiloirc de France, el suir.). Elle roulut aussi !e consacrer par la poéaie. Les rondeaux n** ai à composés par elie, se rapportent à la mort de 1a princesse Charlotte, lis paraissent avoir été ignorés de l’éditeur des Lettres de Marguerite de Navarre.

surtout à laisser ignorer k François 1** le danger que courait la vie de cette princesse. Le Roi apprit en même temps la maladie el la mort de sa seconde fille. Dans ses lettres à i'évéque de Meaux, la ducheue Marguerite paHe de ce cruel événement (premier recueil, publié pour la

De vostre roy et pere este contente.

En declairant comme amour vous ennyvre :

Respondez-moy !

Las ! mon enfant, parlez à vostre (ante Que tant laissez après vous languissante.

En désirant que peine et mort me livre :

Vie m’est mort, par désir de vous suyvre ;

Pour soulaiger ma douleur vchcmcntc Respoiidez-moy !

a 3. noNDEAC [de la même],

RESPOaSE OE L’ANE

Contentez-vous, tante trop ignorante, Puisqu'ainsi plaist à la bonté puissante D’avoir voulu la séparation Du petit corps, duquel l’affection Vous en rendoit la vie trop plaisante.

Je suis icy belle, claire et luysantc,

Pleine de Dieu et de luy jouyssante.

N’en ayez dueil ne désolation.

Contentez-vous I

J’eusse bien peu des ans vivre soixante ; Mais mon espoux m’en a rendu exempte, Me tirant hors de tribulation Par le mérité seul de sa passion :

Merciez-l’en, je vous supplie, tante; Contentez-vous 1

is

ll'l

CAPTIVITl^; DU ROI FRANÇOIS I".

aA- RONOEAt’ [nR la même],

KtmcgUE A L'AME

Contente suis du grand contentement Que in'asseurcz avoir entièrement.

Et en ce veulx mon ennuy conforter Tant, que, pour mal que je puisse porter. Je ne vouldroys qti’il en fut autrement.

Mon esperit contemple ince.ssamment Dieu joinct en vous inséparablement.

Pour me garder de me desconforter :

Contente suis.

■Mais mon vil corps, lié si longuement En vostre sang, ne se peult nullement Jusqu'à la mort de son ducil depporter.

A luy m’en veulx, certes, bien rapporter; S'il veult souffrir, qu’il seuffre hardiment : Contente suis.

2 b. EPl.STBE DU ROY TRAICTANT DK SON PARTEMENT DE FRANCE EN tTALIE ET DE [sa] PBI.se DEVANT PAVIE.

Tu te pourroys ores esmerveiller Pourquoy je veulx maintenant travailler,

Tescripre vers, pour te faire sçavoir Chose en effect où tu ne peulx pourveoir,

En te faisant juger en ton esprit

Que bien foible est l’effect de mon escript,

Cuider coucher en finy vers et mectre

SECTION I. — GUEHRK 1)1 MILANAIS.

L’ng infiny vouloir soubz inaulvai.'; inai.stre'.

Ne Irciive e.strange, ainye, si le veoir, y Qui tant me pleust, a perdu le pouvoir Par qiioy je viens, par ma triste escripture.

Te declairer ma fortune tant dure;

Te requérant par nostre alTcction,

Invincible et sans division ^

Point ne vouloir prandre merencolye De mon escript, n'aussi ’ de fascherie.

Car tu sçaiz bien qu’en grande adversité Le recorder donne commodité D’aulcun repoz, comptant à ses amys I^ dcsplaisir en quoy l'on est soubzmys.

Sachez doneques qu'eu ceste propre heure, Qu'avecques toy plus je ne faiz demeure.

Quant* je sentiz, comme s'clle eust esté

Par desplaisir, mon infelicité

.Mais Renommée envers moy si s’advancc.

Me commandant que feisse dilbgence.

Disant : Par fer et feu tes ennemys Ont grande part de tes pays .soubzmys ;

Digne ne seroys qu'on t'aymast, pour tout veoir.

Si maintenant oublyois ton debvoir;

Mais avccq toy, sans dissimulation ‘,

Désir, Honneur, Amour, Affection,

Ces quatre-li compaignie te feront.

En nul péril ne t'abandonneront.

X^ant j'entenditz que la nécessité

' Dedans mon cueiir mon Àf«. àt Can^i.

* Siniulalion. \U. dt Balute

Metire. Ms. de Can^.

Invincible, de nulle division, /dem.

Aussi. Ms. de Baluze.

Que. Ms. de Congé.

infelicité

Que je marchasse esloil pour vérité.

Je m'advançay, dellcndant mon pays Des ennemys, à bon droit trop hays.

Que diray plus ? lost fust preste l’armée D'honneur conquerre et de gloire aflamée.

Si feismes tant, que nosdicU ennemys Vcirent noz tentes et pavillons près mys.

De passer l’eau qu’on nomme la Durance Feismes dehvoir et grande dilligcnce;

Mais l’Espaignol tourna la sienne envie De combatre , pour tosl saulvcr sa vie ,

En recullant; de son salut songneux.

Prendre Marseille alors n’est envyeulx.

Dont s’en alla, perdant toute esperance De plus mal faire ne nuyrc à la Protivence,

En mauldissant Bourbon et ses praticques, Congnoissant hien ses trahisons inicques. Aveccpies eulx avoit ung chef louable Et de vertu tiop fort recommandable;

Celluy estoit pour guerre et paix exquis.

De Pcsquiere se disoit le marquis.

Dont par bon sens tous les siens se ralie.

Et droit chemyn preignent de l’Italye ' ;

Car à bon droit il estoit l'esperancc De tout leur camp par vertu et prudence.

Par quoy souldartz luy laissent faix et soing De leur salut en ce très-grand besoing :

Mais pour con.seil si ne leur pcult donner, Pour eulx saulver, vouloir habandonner Artillerie et bagaige en effect;

Car sans cela tout eust esté delTect.

Trop estions près et puissans, sans doubtance, Droict le cbeinio v] prennent d'Yialie. A/i. de Cnyé

SECTION 1. - GUERRE 1)1 MII.ANAIS. 117

Pour combatrc sans doubteusc espérance.

Si la forlune sur moy tant envieuse

D’un trop grand beur n’eusl esté inallieumise *.

El moy voyant la grant dilTiculte,

Et de le joindre impossibilité,

Je concludz lors suyvre mes ennemys

Qui jé estoient tous dans les bautz monlz niiz,

Pour autre voyc et cliemin advancer,

Dont point deceuz ne fuz do mon pancer.

A tous mes gens je fais grand feste et joyc Pour esprouver ceste nouvelle voyc,

En leur disant : O souldardz et amys.

Puisque Forlune en ce lieu nous a mys.

Favorisons la sienne volentc Par la vertu de nostre bonnesteté.

En ne craignant des grandz montz la haultesse,

Vous asseurant sur ma foy et promesse Que si premier sommes en Italie,

Que sans combat guerre sera finie.

Par vertu donc vainequons uoz passions.

Plaisirs, maisons, fault que nous oublyons.

Donnons repos par ung peu de souffrance Que porterons à ceste nostre France.

Cela leurs ditz pour tousjours esmouvoir La nostre armée à faire son debvoir :

Mais pour certain je congneu bien alors En la pluspart estre vertu dehors.

1^ montaigne de neige revestue

Leur cueur attriste, et leur vouloir s'y tue,

Preoans couleur, pour myeulx dissimuler,

Que bien failloit premièrement aller Sur le fleuve qu'on nomme la Durance,

* D*un trop ^rant licur a*eust faict rjt malbeurcuM- Mt. de Canye

CAPTIVITE DL KOI FKANÇOIS I Et faire iing pont, mectant leur esperanre One la longueur roniproit leur entreprise, Coiivrans leur peur du manteau de fainctise: Mais l'eau ne venit nullement comporter Le faix que veoit sur elle à tort porter.

Bien nous monsira qu’en elle a plus d'honneur Qu’en noz souldardz de cueur cl de bonheur; Car tout .souldain se rendit si petite.

Baissant son cours par trop legiere fuyte.

Que nous laissa passer tout le bagaige Et camp à gué , tant notis feit d'avantaige !

Mais qui pourroii se garder bien d'aymer Fleuve tant digne et noz souldardz blasmer Ayant faillis que l'eau sans congnoissance Ait triumphé d'honneur sur leur oflence.

Donerj passasmes suyvant nostre entreprise , Estant en nous nouvelle force prise.

Et tant feismes qu’en unze jours, pour vcoir. Les champs lombaiviz peusmes appercevoir ;

Et s’il eust pieu dès lors à Dieu permectre Que de tous cueurs j’eusse esté le vray maistre Pour m'obeyr en telle dilligcnce Que faict de guerre mérité qu’on s’advance.

Et qu’en la mer l’armée de ma part De noz portz eust faict diligent départ Pour assaillir la terre de Sicile,

.A nous par droit rcaulme très-fertile.

Point ne fusse aux Espaignolz soubzmis Soubz prison, triste, esloignant mes amys;

Sans roy ne fusl la nostre noble France,

Ne si longue n’eust esté mon absence.

' Le nuinre Mi. ie Cbkji'

SECTION i. - CLiEKKE DU MILANAIS.

Mais non pourtant ne lai.ssay l'entreprise,

Tant que reniliz Milan subjecte et prise,

Mes ennemys fiiyans de toutes pars Dans les villes, çi et là tous espars.

Bien je cuydoys la victoire certaine,

El le Iriuinpbe emporter pour estraine :

Mais quoy ! le sort de ma félicité Fut converty en infclicilé.

Par le vouloir de mes chefs, en effect.

Fut empesché le fruict de tout mon faict.

Ung seul d'entr'eulx, conduict par passion.

Faire au rebours de nostre opinion.

O ! comme heureulx se peult dire le prince En guerre allant' ou gouvernant province.

Quand ses subjecU de vertu ne font vice.

Ne congnoissant prouQiet que son service :

Par quoy je puis à bon droit me douloir De ceulx de qui j'ay congneu le vouloir.

Pour abréger, en lieu d’executer.

Devant Pavye allasmes nous boutter;

Longtemps y fusnies, faisant tout le possible : Mais de la prendre à nous fut impossible. Finablement, les nostres ennemys Congneurent bien qu’en tel terme estoit mys La leur cité, s! n’estoit secourue,

Qu’en peu de temps pourroit ostre perdue;

Dont conclurent de tost la secourir,

Tous resoluz de vaincre ou de morir.

Longtemps j’avoys remédié au faict Si mon vouloir eust esté bien parfaict;

Car de mes gens soubdain je feiz partir Pour seidlement servir de divertir :

' Ln guerroyant tUanl. .Ui. de Baluze-

CAPTIVITÉ l)ü ROI FRANÇOIS I'.

A Naples droit j’envoyay mie bande.

La dilligencc alors leur recominandc;

Mais au rebours ilz furent negligens,

De losl aller trop pare.sseurs et lentz.

Mais quant fortune au rebours veult venir.

De tous dessains l'on voit mal advenir.

Peu me vallul le seing du commander,

Gens en guerre souventesfoys mander.

Ne mais aussi les fleuves arresler,

Quant victoire je n'ay peu emporter.

Doneques le temps passant, jours froidz et cours, Glicmyna tant, qu'amena le secours Des ennemys, cherchant lors le combat;

Et nous aii.ssi voulions bien le débat.

Troys sepmaines nous fusmes si près mys.

Que plus voisins estions que bons amys.

Que diray-je! la nostre liereté En peu de jours perdit l'auctorité ;

Sans raison nulle alors la nostre gent Se refroidist, s’excusant sur argent.

Mais fennemy, qui eust nece.ssitè Trop plus que nous, feit toute extrémité De nous combütre, ayant grande doubtance D’eslre rompuz sans donner coup de lance.

Dont au matin ilz foirent leur entrée Dedans le p.irc, place bien o.sgalée.

Et nous aussi jà e.stions en bataille;

Artillerie bonne avions sans faille :

Mais pour tout vray la leur tout au premier Nous gaignasmes, ce ne peult-on nyer;

Par quoy la trouppe à cheval sans doubtance Des ennemys tourna en dilligence Pour secourir: car, à la vérité.

Leurs gen.s avoicnt grande nécessité, l.ors je raarchay avecques esperance De gain certain, sans nulle delTyance.

Treiie enseignes de gens d’armes, de faici,

Feys demeurer fermes pour bon effect ;

Noi .MIemans avecques eulx je laisse.

Leur commandant qu’ili marchassent sans cesse .\u |>elit pas, allin que leur désir Fust bien conduict à temps et à ioysir;

Et cela faict, je retins pour ma bande Trois enseignes; à ceux-là je commande Vouloir marcher, leur priant qu’à l’ouvraige Congnoistre on peust rcifect de leur couraige.

Dont cheminant nous mismes certe alors Toute la craincte et peur de nos cueurs hors;

Bien monstrasmes, et chaseun le peult veoir,

Que peu prisions la vie pour debvoir.

Leurs gendarmes, qui venolent sur leur garde,

Eln deux batailles marchoient et avant-garde. Quatre foys plus estoient que nous ensemble A nous charger, ainsi comme il me semble :

Mais toutesfois si bien nous combatismes.

Que leur grand gloire alors nous abatismes;

Si feismes tant que tous furent remys ,

Fuyans rompuz les nostres cnnemys.

Dont de chasser tout joyculx s’advançoit Nostre gent seure, qui victoire pensoit.

.Ainsi chassant, une trouppe trouvasmes De lansquenet!, qii’alors aussi chargeasmes ;

Mais pour certain bien peu ils combatirent.

Et le chemyn des fuyans droit ilz tirent.

Picques, lances et leurs chevaulx legiers Je veiï fouyr, meslez d’arquebusiers.

Tant que je peuz leur peur alors connoye.

Estant rempiy de trop heureuse joye :

Nfais romiiie fust trop souldain convertie (icile esperance en pensée admortie !

Trop tost je veii ceux-là qu'avoys laissez De tout honneur et vertu délaissez;

Les trop meschans s’enfuyoient sans combat.

Et entre eulx tous n’avoient autre débat Si n’est fuyr, laissant seure * victoire ,

Pour faire d'eulx honteuse la mémoire.

Malheureux las! et qui vous conduisoit^ telle herreur, ne qui vous advisoit Habandonner, fuyans en desaroy,

Honneur, pays, amys et vostre roy.^

Noz Allemans cœuvrent leur fuyte entière.

Disans la vostre avoir esté première ;

Par quoy perdez d'estrangiers la fiance Et des vostres la trop grande asseurance.

Certes, je croy pour vray que les nieschantz Par tous pays, en villes et en champ.

Content à tous leurs mérités et faietz Tout de façon que s'ilz estoieut prfaictz\

Se dcschargeans de leur infanieté Dessoubz les mortz, qui pour honnesteté Ont niieulx aymé fin honnorable prendre Qu’aymer Iciu' vie et les auitres reprendre ;

Pai- quoy concludz n’estre mal en la France Que des hommes ne faire différence.

Mais jK)ur venir à mon premier propoz,

' Toulr. Ml. de Dalaze ‘ Tout aimi que j'ilt esloienl bien par

’ 0 malheureux ! mais qui vous con- faieli. Mi. de Cangi duisoit. Ml. de Can^é.

Quand, indignes de vertus et repoi,

Je veii mes gens par fuyte trop honteuse A leur honneur et à moy domintigcuse.

Triste regret et peine tout ensemble,

Dueil et despit en mon cueur si s’assemble:

Autour de moy en regardant ne veys Que peu de gens des miens à mon advys;

Et à ceulx-là confortay sans doubtance De demourcr plustost en esperance D’honneste mort ou de prise en elléct,

Qu 'envers honneur de nous fust rien melîaict *.

Dont combats ns furent tous mortz ou pris (ic peu de gens, cpii méritent grand pris;

Et là je fuz longuement combatu.

Et mon cheval mort soiibz moy abatu.

Dehors du parc, pensant saulver leur vie.

Des nostres lors fuyans contre Pavie ’

Furent rompuz, prisonniers et delfaictz ;

Ceulx-là je nomme en vertuz imparfaietz.

A.s.sez souvent si me fut demandée La myenne foy, qu’à toy seuUe ay donnée;

Mais nul ne peuit se vanter de l’avoir.

En te gardant d’amytié le debvoir,

Encores que nul salut esperasse.

Et de ma vie en tout desesperasse.

Je te promeclz que j’euz bien la puissance D’esvertuer ma débile deffence.

Pour empescher que la verge donnée,

Que bien congnois, point ne me fust ostée.

Mais que vault force là où est vlolance ?

Emporter fault l’erreur par pacience.

' Forfiicl. A/l. rfi Congé, — * De» no»lres âsseï e»lan» peur leur .iiuve A/i à» Congé.

De toutes pars lors dcspuuillé je fuz,

Mays tlelTendre n’y servit ne reffiiz';

Et la manche de moy tant estimée Par lourde ’ main fut toute despecée.

Eas ! (juel regret en mon cueur fut bouté.

Quant sans deffcnce ainsi me fust ostc L’heureux présent, par lequel te promys Point ne fouyr devant mes ennemys.

Vlais quoy ! j’estois souhz mon cheval en terre.

Entre ennemys alors porté par terre.

Dont ma dcITcnce à l'heure ne valut Contre mon gré aussi Dieu le voulut ,

Bien me trouva en ce piteux arroy Exécutant leur chef le viceroy.

Que quant me voit’, il descendit sans faille,

Alfin qu'ayde à ce hesoing * ne faille.

Las ! que diray, cela ne veulx nyer.

Vaincu je fuz et rendu prisonnier.

Parmy le camp en tous lieux fuz mené.

Pour me monstrer ç4 et là poumiené.

O quel regret je sou.stins à celle heure.

Quant je congneus plus ne faire demeure Avecques moy la tant douice esperance De mes amvs retourner veoir en France !

Trop fort doublant que l’amour de ma mere Ne peult souffrir ceste nouvelle amere.

Par desplaisir cause de ma prison.

Sans regarder qu’en tant triste saison Le seul confort de toute France est mys Sur sa vertu, le gardant d’ennemys,

' lUen ay servit defTence ne refux. ’ (^uarit il me vît. Ms de Cmgd.

Ms. de Cangi. * Te) besoin^. Idem.

* Pouvre, Idem.

SECTION I. — GüERUE OU MILANAIS.

Et qu’en ma scur ne demoura^l pouvoir Pour telle dunic et à son mal pourveoir,

Et si me feist la pitié lors entendre De mes enlTans la jeunesse tant tendre Pour se sçavoir ny garder ny delTaire Contre nulluy qui leur voullu.st mal faire.

Mais certc, Amye, alors le souvenir De nostre amour ne faillist à venir.

Congnoissant trop que en la nécessité Sur tout penser avoil l’auctorité.

Mais pourquoy veuU à ceste heure prétendre Te declairer, n'aussi te faire entendre,

Chose qui est de toy trop mieuLx congneue Par soing d’amour, que si tu l’avoys veue.

Bien je pensay très dolent à celle heure Avccques toy plus ne faire demeure :

Dont tout d'un coup je perdis l'esperance De mere, scur, enfans, amye et France;

Par quoy je fus et suis .sans nul plaisir,

.Autour de moy ne souffrant nul désir.

Que supplier la Puissance infinie

Que tant grand peine é heur soit convertie ,

Et qu'il te doint à jamais le pouvoir D’avoir le bien qui t’est deii pour debvoir.

Et qu’eu la fin tu soys bien mariée ',

' C« pa.vuge de» poétie» du Roi ne partit pouvoir l'adresser, parmi ses maîtresses, qu'à mademoiselle de llcillj de Pisseleu , qui était alors demoiselle et au service de la duchesse d'Angouléme. Mais il faudrait croire que les relations intimes de François 1* avec mademoiselle de Pisseleu avaient commencé avant la captivité du Roi, et non à son retour d'Espagne.

comme ou le rapporte généralement La grande incertitude qui régne dans les chroniques galantes du Roi peut laisser le champ libre aux conjectures. Anne de Pisscleu , dite mademoiselle de Heillv , fut mariée par François I*, en |536, à Jean de Brosse : le Roi lui donna plus lard le duché d'Eltmpes.

126 qAPUVlTÉ Ul KOI FKANÇOIS 1".

Vivante en paix, contente de lignée.

Quant est à inoy, j’ay resolution iNourrir ma vie en ton alTeclion :

Ainsi passant le siuplus de ma vie,

Sans qu’au monde j’ays regret ny envye.

Avec honneur ayant faict mon debvoir.

Prisonnier suis, chascun le peult sçavoir,

(’.ela contente assez l'adversité De ma prison et infelicité :

Mais si le temps quelque jour veult permcctre Qu'en liberté me puisse veoir remectre.

Pour retourner, ma' fortune changée.

En ma maison’, qui ne peult estre aymée Que pour le veoir, chose trop fort volue ,

A moy captif desirée et congneuc ;

Car lors sera converty la douleur De nostre mal en plaisir pour douleur.

Alors verront triumphant le plaisir Tant acheté par tourmenté désir De nostre foy esprouvée en absence ;

Lors recevra le fruict de recompense.

Pour tel cffect ne se perd pas une heure En abrégeant ceste longue demeure.

Qui aux amys donra contentement,

Si loy d'amours en tous ne fault ou ment.

De ceulx ne dys qui n’ont eus esperance En leur honneur, ny en ma délivrance.

Ores je suis en seur port arrivé.

Où pour certain j’ay parfaict cpi-ouvé Plus de pitié dedans les eaulx profondes En mer cntelle adoulcissant ses undes.

Favorisant la myenne liberté,

' P«r Ml. de Bahze. ' Prison. Mt. de Baluze.

Digilized by Goo<^le

SECTION I. — GüKRKE DC MILANAIS.

Qu'en tout le tenip.s qu'en prison j'ay esté.

Je n'ay trouvé assez d'affection ‘

En cetiU qui m'ont tant d'obligation;

Et croy pour vray cpi'on bien peu de couraige Est demouré resolution saige.

Quoy qu'il en soit. Amye, je moiirray En vostrc loy, cl là je deniourrav.

La liberté en prison, sans doublence,

En mon vouloir point ne feront d'offence.

Si libre suys, noz jours en.semble userons.

Tous deiu conlontz, ainsi temps passerons.

El si prison il fauldra que j'endure ,

Y finissant mes jours soiibz peine dure.

Si dcmourray-je en tel travail semblable.

Comme ay esté, point ne .seray muable;

Mort, ne péril’, esloignemeni d'amys,

Ny les travaulx à quoy je suis soubzmys,

Indignes sont de leur auctoritc Pour remuer la myenne volenlé.

Estant bien seur de toy que Ion debvoir Donne crédit à ton ramentcvoir.

Et que le temps et la faclieu.se absence •\vecq oubly sur toy n'auront puissance.

Car ton amour, qui tant est asscurée.

En grand travail sera fortifiée.

Dont dire puis qu'esgalle peine avons,

Esgalle offrande à Amour nous debvons.

Pour ce faire lin, c'est mon dernier vouloir En ton endroit de faire mon debvoir.

En suppliant le vouloir tant possible Ne le rendre’ ton plaisir impossible,

nuy irotivé deUigeate aflection. * PerisU Ms.de Ba(u:c. de Cen^é. * De le. Idem.

V'ivaiit conlente, ayant la souvenance De mon amour, sans nulle dcIBence,

Car au monde mon corps te laisse et donne ; Après la mort mon esperit te ordonne,

Los immortel, tout entier nom demy,

Tesmoing en est la main de ton amy

' CoUg epitre a été publiée par Leoglet du Fresiioy à U fin d‘un volume ayant pour titre : L'Hutotrx justifiée contre les romans. Mai« elle Ta été Irés-iiiexactcment : plusieurs mots mal lus en avaient dénature le sens et les rimes; un certain nombre de vers avaient été omis. Le toile

que nous donnons a été revu sur les manuscrits de la Bibliothèque royale. Il était, du reste, difficile de séparer ce document, émané de la plume du Hoi, de ceux qui se rapportent à sa captivité. M. Bey l'a aussi public daus son Histoire de la captivité de François I”.

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