‹ Captivité du roi François IerChapitre 9 sur 241 · I.XV · texte numérisé non relu

I.XV

INTRODirCTION.

çois 1", ni les jugements lestes et dégagés que lui dictait sa philosophie appliquée à Ihistoire. Mais en les reproduisant, M. de Sismondi , moins délié, a enchéri , peut-être sans le vouloir, sur ces jugements en les revêtant des formes sévères et lourdes de son style. Les mots honte, trahison, infamie, s’y trouvent pour ce période des annales françaises : c'est peutêtre trop. Les destins sont changeants; les peuples braves et éclairés ont parfois leur revanche des infidélités de la victoire et de celles des historiens. Nous sommes obligé de dire que l’Histoire des Français, en ce qui touche le règne de François 1", ne peut être surpassée pour l’incertitude des faits et des jugements.

Mézeray, au contraire, s’est efforcé de rendre un compte fidèle dea événements, qu’il étudia autant que cela lui fut possible à l’époque où il écrivait. La première édition de son Histoire de France se fait remarquer par quelque liberté d'opinion. C’est l’auteur le moins inexact à l'égard de la captivité de François 1". Toutefois, un grand nombre d’écrivains sur I histoire générale de la France ont suivi le texte de Mézeray pour la bataille de Pavic et la captivité du Roi; mais ils n’ont été fidèles qu’à demi, puisque le désir de plaire a porté ces écrivains à accueillir des anecdotes racontées dans des mémoires anciens arrangés à la moderne.

Dans ce nombre, il faut nommer Garnier, le plus fécond amplificateur de Mézeray, surtout pour les erreurs ; accusant la mère du Roi et la méchanceté du chancelier de France d’avoir occasionné tous les désordres de l’Etat, citant au long des discours ou des documents après en avoir modifié le texte, notamment celui des actes du parlement de Paris et des plaintes de la régente sur la conduite de cette cour souveraine.

ixvt INTRODIICTION.

Le père Daniel, au contraire, est resté assez rulèlc à la tradition historique dont Mézeray fut la source, tout en conservant ces piquantes anecdotes qui plaisent peut-être au lecteur, mais ne sont pas utiles à l’histoire, l’anecdote sur Montpezat, celle du comte de Saint-Pol et de l’évasion du roi de Navarre. Le P. Daniel adopte pour la date de la bataille de Pavie l’année i526, et se complaît à faire discourir ses personnages, quoique leurs discours lui soient inconnus; soin tout oiseux et sans influence sur l'opinion des lecteurs : les documents originaux s’expriment tout autrement.

Muratori, dans ses Annali d’Ilalia; Anquctil, dans son Histoire de France, et M. Henri Martin après lui, ont résumé les textes des écrivains qui les ont précédés.

Parmi les panégyristes de François I", on doit citer l’hisforien Gaillard , qui a droit d’occuper la première place. Cet écrivain nous a laissé un ouvrage dont le temps a consacré la réputation. En savait-il assez pour que son panégyrique fût une histoire? Sans nous permettre de le décider, il nous suffira de dire que, pour les trois années du règne de François I",

1 5a4-i 5î6, il a suivi pas à pas le P. Daniel, sans rien omettre, ni les erreurs ni les vérités. Ce qui appartient en propre à Gaillard, ce sont ses analyses et ses jugements des poètes du règne de François 1"; mais c’était, de sa part, trop exiger, trop oublier aussi les progrès amenés par le temps, que de comparer, comme il l’a fait, leurs ouvrages aux beaux modèles de l’antiquité, aux meilleures compositions du xviii' siècle, et sans tenir compte de cette aurore d’un meilleur avenir, que les ouvrages de Ronsard faisaient entrevoir. Mais hàtous-nous de reconnaître que l’opinion de Gaillard sur les poésies du Roi est l’effet de l’examen attentif et complet de ses écrits, rare mérite, presque particulier à Gaillard parmi tous les écrivains qui ont

INTRODUCTION, parlé des ouvrages littéraires de François I". M. Sainte-Beuve, dans sa Littérature du ivi' siècle, n'accorde au Roi que quelques vers; lepoënie sur la campagne d'Italie en a quel(|ues centaines, et il fut publié par Lenglct-Didresnoy. Une méprise de ce genre n’est point aperçue dans un excellent ouvrage, abondant en études remarquables sur les autres poètes du même temps.

Nous ne devons pas omettre les travaux des auteurs contemporains, et nous rappellerons d'abord l’ouvrage de M. Capefigue, consacré à l’histoire de François I" et de la renaissance. Quant au volume de M. Rey, dont le titre est presque le même que celui de ce recueil, il nous suffira de dire que fauteur, panégyriste résolu de f illustre prisonnier, poursuit sans relâche les philosophes et les novateurs qui ne s'inclinent point devant cette royale infortune, et qui ont volé, dit-il, son épée et son armure

M. le Glay, dans son Essai sur les négociations diplomatiques entre la France et f Autriche au xvi' siècle, a donné quelques pages aux souvenirs de la captivité de François 1" et aux négociations pour sa délivrance. Je lui dois des remercîments d'avoir bien voulu renoncer à faire usage , dans son travail si recommandable, de quelques documents qui se rattachaient directement à f œuvre que j’avais entreprise, et, entre autres, des instructions de Charles -Quint au connétable et au viceroi, pièce connue de M. le Glay et dont il avait apprécié tout l’intérêt*. Son ouvrage est le fruit de longues et soigneuses reciierches; il a consulté attentivement les écrits et les documents publiés avant lui, et, s'il n’en a pas relevé toutes les erreurs, s’il en a même, en ce qui concerne la bataille de Pavie et la captivité

' Histoire de ta captitilé de François * Estai historitfue, p. iSo.

p«r M. Rey, i vol. in-8*.

Lxwii INTRODUCTION.

(le François 1", répété quelques-unes, c’est parce que les témoignages écrits qui révèlent ces erreurs étaient alors enfouis dans la poussière des bibliothèques, d’où je les ai retirés. L’Essai de M. le Glay sert d'introduction à un volume de la collection historique du gouvernement.

Dans son Histoire de Venise, le comte Darua rappelé toutes les perple.vités de cette république pendant le xvi' siècle, combien son alliance fut incertaine pour ses amis, secrètement disposée, comme elle le fut toujours, à s’entendre, quand il serait temps, avec le vainqueur de l'Italie. Le même écrivain a imprimé dans son ouvrage un prétendu discours de François 1", dans lequel ce monarque menace de sa disgrâce ceux de ses généraux qui voudraient le détourner d’aller en personne en Italie, à la tête de son armée, dans le dessein d’y détruire les impériaux. Mais il est permis, d’après les documents que nous publions, de douter de l’exactitude de celui dont nous parions ‘. Toutefois, c’est sur Bonnivet que M. Daru fait peser toute la responsabilité des désastres de l’année i5a5. Quant à Venise, bientôt après, l’exemple de l’Angleterre et les menaces de Charle.s-Quint la ramenèrent, avec le pape, dans l’alliance françai.se.

Cinq documents nouvellement découverts, émanés du con .seil des Dix , et que nous publions, comme appendice, à la fin de c<;tte Introduction, serviront de développement à ce que l’historien ({ue nous venons de nommer raconte des hésitations du gouvernement de Venise, et prouveront que cet illustre écrivain avait jugé très-sainement des intentions politiques de ce gouvernement à l’égard de François F' et de Charles-Quint.

Des erreurs ou des omissions essentielles subsistent dans d’autres livres dont la captivité du Roi n’est point le sujet ' Histoire (te Venise, I. 111, p. 5ài.

INTKOUUCTION.

principal : il en est ainsi de l’Histoire d’Allemagne du père Barre, pour la narration des événements d’Italie et d’Espagne. Dans l’Histoire de Gênes, ouvrage si remarquable de M. Vincens, ce qui est relatif au séjour momentané du Roi dans le port de cette ville, est un abrégé trop incomplet d’autres écrits qui ne sont pas toujours recommandables par leur exactitude. .Malgré CCS remarques, nous le déclarons, ce n’est pas sans utilité que nous avons consulté tous ces ouvrages, que nous les avons rapprochés des documents qui sont le fruit de nos longues recherches, et dont quelques-uns des écrivains que nous venons de nommer, si ces documents leur avaient été connus, se seraient sans doute mieux servis que nous.

Toutefois, les utiles directions ne nous ont point manqué: le projet de ce recueil fut soumis à M. le ministre de l’instruction publique et communiqué au comité des travaux historiques. M. Mignct et M. de Golbéry furent chargés de l’exaniiner. Sur leur rapport, dont l’extrême indulgence fut pour moi un bien précieux encouragement, M. le ministre a autorisé l’impressiou de ce volume pour la grande collection historique publiée par l’onlre du Roi. M. Mignet m’a permis de le consulter habituellement, et je lui dois l’hommage du faible mérite de mon travail. Le nom seul d’un si gracieux censeur, d’un si brillant écrivain, et le désir de mériter son suffrage, me portaient à tous les efforts pour l’obtenir.

L’ordre chronologique des documents m’a paru le plus convenable; quelques doutes cependant restent encore sur la place que j’ai assignée à certaines pièces sans date : telles .sont la lettre de Charles-Quint au Roi (p. SaS) et celle de la duchesse Marguerite d'Alençon (p. 386) L

‘ En suivant Topinion d’un biographe une erreur au sujet de )a date qu’on peut

de U reine de Navarre, nous avons répété assigner a une chanson de cette princesse «

Lxx INTRODUCTION.

Divers établissements publics ont fourni des documents à notre ouvrage. Nous les avons cherchés avec persévérance dans les archives et les bibliotltèques de Paris ; d'autres viennent de collections d'Espagne, de Portugal et de quelques villes d’Italie : nous n’avons pas oublié les marques d’obligeance que nous avons reçues, à cette occasion, des savants préposés à la conservation de ces riches et précieux dépôts.

Des tables diverses rendront commode l’usage de ce volunm, et les fac-similé des pièces principales n’en sont pas un inutile ornement, lis montrent que François I" fut du nombre des rois qui n’abandonnaient pas à leurs chanceliers la direction des ail'aires importantes du royaume.

qui est imprimée dans ce volume, p. 4^o. Celle chanson ne fut pas composée eo i5a5, ainsi que nous l'avons dit, mais

bien en i547» quelque lemps avaol la mort du Roi. comme rindiqiie la qua* trieme atrophe, a U page 4ôa.

APPENDICE

co'trr.NAtrr

CINQ DOCUMENTS TIRÉS NOUVELLEMENT DES ARCHIVES t)E VXNISE

Nous avons dit, dans notre introduction, que la régente n’avait point ignoré le projet du Roi de passer en Italie, et que les alliances avec les États de ce pays étaient des plus incertaines. Le document n° i, qui suit, paraît confirmer notre opinion, et prouver en même temps que le Roi, depuis son départ pour l’armée de Provence, avait le projet de poursuivre les troupes impériales jusqu’en Italie. Dès le 2 octobre i5q4, Théodore Trivulce était chargé d’informer secrètement le conseil des Dix, à Venise, et Clément VII, à Rome, que le roi de France avait résolu de passer en Italie à la tête de son armée. Un mois après, le Roi y était arrivé. L’ambassadeur français à Venise proposait à cette république une alliance avec la France. Le conseil des Dix fut alors dans une inquiétude extrême; rien n'embarrassait davantage ce gouvernement que la nécessité de prendre un parti : il s’excusa donc d’abord d’avoir manqué de foi à l’égard de François I", et sur des motifs qu'il avait déjà donnés à Charles-Quintdans des circonstances analogues, à savoir, que si le gouvernement de Venise ne se fût pas jeté dans le parti de l’empereur, la république aurait été écrasée au moment de la retraite des Français. Le conseil des Dix ex-

mil APPENDICE.

prime aussi le désir de regagner l’amitié du Roi de France, lùi même temps, et après s’être concertée avec le pape, la république prévint secrètement son provéditeur que, d’accord avec le saint-père, on abandonnerait l’empereur si les armes des Espagnols n'obtenaient point le succès qu’on en espérait (documents n”‘ a et 3). De son côté, Charles-Quint insistait aussi pour obtenir un traité de ligue contre la France; mais Venise (janvier i5a5) temporisait avec sa prudence habituelle (document n° 4). Enfin, les premiers succès du Roi en Italie entraînèrent le pape et la république, et, le 7 janvier i5a5 (document n® 5), un traité d’alliance fut signé par ces trois puissances, à la condition, toutefois, qu’il demeurerait secret. Ces faits, bien dignes de figurer dans fhistoire, sont consignés dans les cinq documents suivants, dont nous venons de recevoir l’obligeante communication : ils ont été tirés des archives de Venise par M. Paul de Musset.

APPENDICE

Page 1