‹ Captivité du roi François IerChapitre 90 sur 241 · N- CXXII. — CONFÉRENCE DE TOLEDE. (EXTRAITS · texte numérisé non relu

N- CXXII. — CONFÉRENCE DE TOLEDE. (EXTRAITS

Da jeudi xx* jour de juillet fiv^ xxv, depuis huict heures jusques à onze, à Tolledo, au chasteau et palais de lempereur.

L’arebevesque d’Anbnm et Jehan de Selve, premier president de Paris, ambassadeur de Madame, mere du Roy, appeliez par les gens

' Nous n*avons laissé subsister de cette longue conférence de Tolède que fexpo.vé des opinions du chancelier de l'empereur et du premier président du parlomcnl de Paris sur les droits prétendus par leurs souverains sur les dilTéreuls royaumes ou duchés en litige. Ce fut sur cet exposé des deux parties que s'étahlirenl les discus*

sions des prétentions réciproques , avec une provision de citations des textes des traités et des lois des royaumes, qui, au dire d'un des personnages de la conférence , Gl ressorhr la grande érudition du chan* celier et du premier président, mais ne convainquit personne. Les conclusions de celte assemblée furent que l'on rendrait

SECTION 111. — CAPTIVITÉ EN ESPAGNE. 265 du conseil de l’empereur, trouvèrent asscmblci le conte de Nassau, le chancelier de l’empereur, le grant-maistre d’oslcl dudict seigneur empereur, le seigneur de Reux, dit Beaurcin, et I..aleinant, .secrétaire; et, en actendant la venue du vis-roy de Napples, qui estoit en une chambre basse, faisant habiller son pied, fut dicl par lcdict S' chancellier que l’empereiu- avoit commande aux gens de son conseil se trouver avec les ambassadeurs de France , et avec eulx débattre les querelles qui sont entre rempcreur et la maison de France, en actendant la venue de madame la duchesse d’Alençon; et que, à ceste cause, les gens du conseil île l’empereur avoient faict venir lesdicts ambassadeurs de France jwiir sçavoir ce qu’ils voiildroient dire touchant Icsdictes querelles. A quoy fut respondu par le premier president, comme deuement informe desdictes querelles, et par le vouloir dudict seigneur d’.Ambrun, que pour parvenir à la delivTanse du Roy, leur souverain seigneur et maistre, et conséquemment à la paix, il y avoit deux voyes : l’une estoit de faire traicté d’alliance, allinité et amytié entre ces deux princes, cl, estaignant touttes querelles, que l’empereur fist acte d'imperialle majesté, et qu’il fust exemple à tous les princes du monde; l’autre voyc estoit de sévérité et de justice, qui avoit deux membres ; c’est assavoir : ou que l’empereur demanda.st telle rançon et composition en argent pour la délivrance du Rov qu’il luy plairoit, ayant esgard à la qualité du Roy prisonnier, et en cela estoient lesdicts ambassadeurs prestz à entendre. Toutesfois, l’empereur, de sa grâce, avoit coupjvé ceste voye, et avoit dict ausdicU ambassadeurs ne voulloir avoir du Roy aucime rançon. Par quoy failloit venir à l’autre tierce voyc, procédant aussy de sévérité et de justice, concernant les querelles et demandes contenues aux ar-

comple de tout à l'empereur, et qu'il Ctllait attendre l'arrivée de madame la duefaeaae d'Alençon Toutes les suppressions que l'on remarquera donc dans ce texte ont été làilcs parce qu'elles u'offraient aucun renseignement nouecan pour les discnwioDS.et n'étaient, en résumé , que des

arguties plus ou moins subtiles, tirées des textes des traités ou de la loi salique, et déjà produites. Le manuscrit de la collection Gaignières, n* 467, nous a servi pour la publication de cette conférence de Tolède: il parait contemporain des événements.

ticles apportez premièrement à Madame et secondement au Roy par ledict S' de Reux ; et aprez qu’il auroit pieu à l’empereur modérer lesdictes demandes , qui , i la vérité , estoient trop haultes et excedoient la ran<;on, lesdicts ambassadeurs entendroient voluntiers ce (]u’ils voiddroient dire, et leur repondroient à tout selon leur possibilité, eu actendant tousjours la venue de madame la duchesse. Et que, pour mectre prompte fin A toutes querelles, le vray moyen et prompt seroit que lesdicts princes se vissent et parlassent ensemble; car ils desmesleroicnt plus de leurs affaires en une heure que leur conseil ne feroit en ung mois. Et estoit vraysemblable que ils s’esl'orceroient de faire l’un pour l’autre. Et pour ce que ledict sieur vis-roy ne peult monter à ladicte chambre, ilz descendirent tous en- .semble en la chambre dudict sieur vis-roy de Naples, et parlèrent les gens du conseil de l’empereur à part ensemble , et puis firent asseoir lesdicts ambassadeurs de France auprez d’eulx, et lors commença le chancelier comme s'ensuict :

Dict que les demandes <|ue l'empereur a faict, et qui sont contenues csdicts articles apportez par Bcaurain, ne se doibvent trouver trop grans ne desraisonnables, veu que l’empereur auroit peu demander le pays de Languedoc, le Daulphiné et autres choses qu’il querelle , tant i cau.se du sainct Empire que la maison d’Arragon ; le.squelles querelles, combien qu’elles soient justes et que on ne pourvoit alléguer aucune prescription contre l’empereur, à cause des mutations tant des empereurs que aussy des roys d’Arragon , et fauldroit que contre chascun d’eulx cust commancé une prescription , il a délaissé , et s’est arresté aux querelles de la maison de Bourgoigne , qui sont celles qui sont cause de la guerre entre les deux princes. Que, pour parvenir à la paix, il failloit osier la racyne qui avoil esté cause de la guerre, qui estoit la duché de Bourgoigne; et pour monstrer qu’elle avoit appartenu et appartenoit à l'empereur, à bon tiltre , disoit que Robert , duc de Bourgoigne , eust ung fils

SECTION III. — CAPTIVITÉ EN ESPAGNE, et deux filles; c’est assavoir : Eiido, Jehanne et Mai^uen'te. Ladicte Johanne fut mariée à Philippes de Vallois, duquel et de ladicte Jehanne descendit le roy Jehan, porc de Philippe.s le Hardi; et ladicte Marguerite fut mariée à Loys-Hutin, roy de France.

Dict que dudict duc Eudo descendit Philippes le premier, lequel mourut avant Eudo, son porc; délaissa toutesfois ung fds, nommé Philippes le second , lequel mourut en jeune aage et sans enfans.

Le roy Jehan, comme .son prochain parent, à cause de la royne sa mere, succéda audict jeune Philippes; et par ain.sy la duché de Bourgoigne vint au roy Jehan, à cause de sa femme. Par quoy appert que. de sa nature, c’est ung fief transmissible aux femmes.

Dict que le roy Jehan bailla et donna en fiefz ladicte duché de Bourgoigne à son quatriesme fils, Philippe le Hardi, pour en joyr à perpétuel, comme de son heritaige, tant jKuir luy que pour ses hoirs deK'endants de son corps. Duquel descendit le duc Jehan, qui fust tué à Monstreau; et dudict duc Jehan descendit le duc Philippes, appcllé le Bon Duc; et de Philippes descendit le duc Charles, père de madame Marie de Bourgoigne, laquelle estoit mariée à l’empereur Maximiliau; duquel mariaige de.sccndit Philippes le rov de Castille, pere de fempereur, qui est heritier par les moyens dessusdicts de madame Marie de Bourgoigne, son ayeulle, à laquelle appartenoit ladicte duché de Bourgoigne.

Dict que elle estant en has aage, après la mort du duc Charles son pere, le roy de France Loys onziesme, faignant vouloir estre tuteur de ladicte dame Marie, print et usurpa ladicte duché de Bourgoigne; laquelle luy et scs successeurs, jusques au Boy présent, ont injustement détenu et occupé, et prins les fruicU et reveniu qui vallent beaucoup. Et par ainsy, fempereur demandant la duché de Bourgoigne , demande ce qui luy appartient justement. Et ne doiton pas trouver estrange s’il a demandé et demande les droietz de souveraineté et de ressort luy estre quictez , tant pour la restitution des fruicts, que aussi par le traicté de Peronne, faictavec le roy Loys XI' et le duc Charles de Bourgoigne . où fut expressément dict que en cas

que le roy Loys empescheroit ledict duc Charles de joyr de ce qui luy estoit accordé par le traicté d'Arras, il quictoit tous les droits de souveraineté; et le Roy a depuis, en plusieurs maniérés, empesché ledict duc Charles de joyr des contes de Mascon et d’Auxerre à luy appartenant par ledict traicté d’Arras. Lequel traicté d’Arras declaire fort bien l’infeudation faicte à Philippe le Hardi : car en baillant lesdicts contez d’Auxerre, Mascon et autres terres comprinses audict traicté, est dict qu’elles demoureront audict Philippe le Bon, avec lequel fut faict ledict traicté, pour lui et ses hoirs masles et femelles.

Dict aussi , que en faisant le traicté de mariaige d’entre l’empereur qui est aujourd’huy, et la feue roync Claude, fut expressément dict que au cas qu’il resteroit, par le feu roy Loys Xll ou la royne Anne, sa femme, ou par ladicte royne Claude, que le mariaige ne se feist, qu’il qciictoit tous les droicts de souveraineté stu* ladicte maison de Bourgoigne.

Et au regard de la conté de Provence que l’empereur a demandée pour M' de Bourbon ; dict, que c’est tant à cause du droict que l’empereur prétend sur ledict conté , que aussy ledict duc de Bourbon y prétend droict. Aussi demande l’empereur estre satisfaict au roy d’.Angleterre, comme la raison veult. Et par ainsi appert que ses demandes sont toutes justes.

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