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CHAPITRE PREMIER

GAPVERN ET SES ÉTABLISSEMENTS THERMAUX

f Après avoir traversé le vaste plateau de Lanne- & ■ mezan, le voyageur qui va de Toulouse à Bayonne vh- aperçoit à sa gauche, et non loin de la ligne du K chemin de fer, un petit village caché en partie der- P rière un rideau de grands chênes. Ce village, c'est t. Capvern, avec sa luxuriante végétation,, sur laquelle f le regard se repose agréablement lorsqu'on vient de [*. parcourir cette lande couverte de sombres bruyères. | C'çst sur le territoire de cette commune que se :t trouvent deux sources d'eau minérale renommées. |>.Capvern est à une distance de 7 kilomètres de

Lannemezan , qui est Bon chef-lieu de canton. 20 kilomètres le séparent do Bagnères-de-Bigorre, et 30deTarhcs. On va de Paris à Capvern en 18 benrefl, par Bordeaux, Tartes.

Il est là, assis à l'extrémité sud'Ouest de la lande aride, le coquet village, avec sa ceinture d'aubépines et d'arbres séculaires, avec son petit clocher dont la flèche monte vers la nue, ses prairies si vertes et ses jardinets rustiques complantés de pommiers, et tout fleuris do roses. Les champs qui l'entourent, bien cultivés, convenablement amendés par le marnage, produisent de belles récoltes, malgré la légèreté du terrain. La population maie, robuste, saine et laborieuse, présente les attributs du tempérament sanguin. Les femmes, de moyenne taille, brunes, d'une constitution forte, comme les hommes, ont en général une abondante chevelure, de grands yeux noirs et des dents blanches comme le lait de leurs montagnes. Chaque ménage est flanqué d'une nombreuse progéniture. Nous ne faisons point ici la moindre allusion à l'efficacité proverbiale des eaux de Capvern contre la stérilité.

La franchise et la droiture forment le fond du caractère de ces villageois. « Rarement, a écrit l'ancien inspecteur Taillade, savant médecin, écrivain caustique, dont nous aurons plus d'une fois, dans le cours de ce travail, l'occasion d'invoquer l'opinion

et

ÉTABLISSEMENTS THERMAUX, lédicale, rarement sait-ou y cacher ce qu'on pense; :t toujours on y pense ce qu'on dit. » Oh ! le bon pays primitif, où l'on ignorait, au temps de notre malin confrère, où l'on ignore, peut-être encore auioiml'lmi, cette détestable maxime de ce damné TàUeyrand-Pêrigord qui prétend que la parole a été à l'homme (et à la femme aussi) pour déguiser

Quoi qu'il en soit, la route départementale do Lannemezau à Bagnères-de-Bigorre traverse le village de Capvern dans toute sa longueur. Bien de plus agréable que le site de ce bourg. Des maisons d'habitation, situées à l'aspect du midi, on voit se dérouler un riche et pittoresque paysage que couronnent à l'horizon les sommets neigeux de la chaîne des Pyrénées. L'œil se repose, avec extase, sur ce panorama formé pat' les baronnies, qui est un des plus beaux et des plus variés que l'on puisse admirer ; les poumons se dilatent à l'aise, en respirant cet air si fortement oxygéné, tout parfumé de l'arôme des bois et des fleurs des montagnes voisines.

Capvern possède une population de 1,000 à 1,100 âmes. Selon les détails historiques que l'on lit dans & Lettres médico-topoc/rapkitj-ues sur Capvern, du odeur Taillade, détails que nous résumons ici, ce iliago et la fréquentation de ses deux sources [lierai es remonteraient à nue haute antiquité. Cependant

CAPVERN. — SES EAUX MINÉRALES, tout est moderne dans la physionomie de ses maisonnettes blanches recouvertes d'ardoise bleue et de son nnirjue édifice qui est l'église. M. I'iqué d'Avezac a- trouvé le nom de Capvern (Caput verinum) dans des transactions, en latin barbare, rjui remonteraient aux temps les plus reculés. Dans l'enquête, faite en UAOpour savoir combien le Iligorre pourrait donner de revenu, il est aussi parlé do Capvern (Capite brevi), — Marca, liv. is, chap. 15. — Des fouilles pratiquées il y a une quarantaine d'années firent découvrir quelques tombeaux en pierre au quartier de la Sere, où existait jadis une communauté religieuse; on voit encore les mines de la cbapelle de cette communauté. Capvern avait autrefois son château fort qui dressait ses tours crénelées sur un mamelon appelé Caslerieoii (quartier du château). La main du temps n'a laissé que les traces de ses épaisses murailles. La chronique dit que ce château aurait été construit antérieurement a celui do Mauvezin, situé dans le voisinage de Capvern, et qui remonte au onzième siècle.

Les sources minérales de Capvern paraissent avoir été employées en médecine depuis une époque treséloignée. D'après M. Du Mége (Monuments relitjienx des Volets Tectosages, des Garumne et des Comena. Paris, lbI4], elles auraient été connues dos Romains du temps qu'ils occupaient Lugdunum roiwenanini,

aujourd'hui Saint-Bertrand. Car ce savant archéologue prouve que c'est à Lapvern qu'il faut fixer la position des Aquai ûotvoenarum indiquées dans l'itinéraire d'Anton in comme étanl sur la voie romaine, Ab aquis tarlidlicis (Dax] Tolosam, à quinze milles de Lut}dunum convenarum.

Nous n'insisterons pas sur un pareil sujet que nous n'avons voulu qu'effleurer en passant; nous ajouterons seulement que, si les eaux de Capvern on! été connues des Romains, elles n'ont attiré un grand nombre de malades que depuis lo commencement de ce siècle ; et ses établissements thermaux ne sont devenus trèsprospères que depuis que la voie ferrée de Toulouse i Bayonne transporte les voyageurs à uno petite distance de la station.

Ce n'est point au village de Capvern que se trouvent les deux sources minérales qui l'ont rendu célèbre. 11 faut aller les chercher plus loin dans deux vallons profonds. La première sourd au fond d'une gorge icltvne, entre deux collines boisées, près du bourg appelé Hounl-CaotUe (fontaine chaude), nom qu'il

jrtait déjà, disent les chroniqueurs, au douzième siècle, La source de la liounl-i'aoule est séparée par Une distance de deux kilomètres delà seconde source appelée le Bouridé, qui émerge au fond d'une autre gorge très-pittoresque. Un chemin ferré en bon état otre eux les deux établissements thermaux.

Le bourg la Ilount-Caoute, foàti à mi-côte, sur Ifla deux côtés de la route qui conduit à l'établissement, s'est considérablement agrandi depuis quelque temps, et, loua les ans, surgissent de nouvelles constructions dont quelques-unes ne manquent ni d'élégance, ni de confort. C'est là qne se trouvent le ca/é du Cercle, très-joli chalet récemment élevé par les soins de M. Albert Doat, et qui répond à un des besoins de la station thermale. Dans le voisinage de cette coquette construction sont tous les grands hôtels de Capvcni, très-bien tenus et fréquentés par la meilleure compagnie. La vie, dans ces hôtels, y est douce et facile ; le service ne laisse rien à désirer ; la table d'hôte y est délicatement et abondamment servie, ce qui n'est pas à dédaigner pour un gourmet à qui l'eau donne de l'appétit ! On a là la fraîcheur et l'ombre, la solitude ou d'agréables relations, la musique et les jolis mots, la partie d'écarté ou la charade, et même, entre temps, la polka, avec la permission de dame Podagre, cependant!

Les étrangers peuvent encore se loger dans plusieurs auberges, et dans les nombreuses habitations de la Ilount-Caoute. On y trouve dos appartements pour tous les goûts et à la portée de toutes les bourses. Ce paisible vallon, borné par deux collines très-élevées qui le mettent à l'abri des grands courants atmosphériques, est plein de charmes pour les

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TABUSSEMENTS THERMAUX, qui aiment la solitude. L'air qu'on y respire y est très-pur: oneques on ne vit une épidémie dans cette gorge salubre.

Le coteau, exposé au nord, en face le bourg, est ombragé par un bois épais qui appartient à la com- C'est dans la partie inférieure de ce bois, contigu à la chapelle et a l'établissement thermal, que ['on doit faire serpenter des allées pour avoir de suite les promenades charmantes, qui font complètement faut à Gapveru. La question de la transformation la station thermale de Capvern a fait un grand s dans ces derniers temps. La municipalité, après avoir adopté un plan général d'embellissements dressé par un architecte paysagiste qu'elle a fait venir de Paris, s'est enfin décidée à charger une Compagnie de l'exécution de ce plan. Aujourd'hui, la concession pour une période de cinquante années est un fait accompli, et l'avenir de Capvern est assuré. La Compagnie, à la lête de laquelle se trouve un homme intelligent et actif, M. Souherhielle, banquier à Bagnères-de-Bigorre, la Compagnie, disons-nous, en retour de l'exploitation de nos établissements, qui lui est livrée, el des terrains dont la cession en touto propriété lui a été faite, devra doter dans l'espace de six ans la station thermale de toutes les améliorations ui ont été sti pulées dans le cahier des charges rédigé vec soin. C'est ainsi que nos deux établissements

CAPVEBN'. — SES EAUX MINERALES, thermaux actuels seront tour à tour démolis et reconstruits d'après des plans dressés avec soin par un des architectes les plus distingués do France, M, Abadie, de Paris. C'est ainsi qu'une route plus large, moins rapide, devra prochainement relier l'établissement de la Ilount-Caoute a celui du Bott- TÎdé, et que le concessionnaire devra s'occuper, dans le délai prévu, de la création du parc, du casino, de places et de nouvelles rues. Encore quelque temps, et 11' vieux Gapvern, avec ses habitations primitives et ses sentiers de chèvres, aura tout à lait disparu ; Chaque année, nous voyons s'élever sur le flanc des cotea'ix,qui environnent cette gorge si verte, de nouvelles et élégantes villas plus confortables, où . l'étranger trouve ses aises. Encore quelque temps, et la métamorphose sera complète, et notre station thermale n'aura rien à envier à ses sœurs do la mon- (jgne.

L'établissement de la Hount-Caoute, ou grand riablissement, est un long bâtiment surmonté d'un pavillon central, Co bâtiment s'étend de l'est à l'ouest sair mu' lungueui' de 30 à ',li métros. L'édifice s'élève entre une immense roche dont il est séparé par le chemin de communication qui conduit de Capvern au village de Gourgues, en traversant la Hounl-C aoûts, et un petit ruisseau qui court dans le vallon. La partie sud du bâtiment est en partie assise sur ce

ÉTABLISSEMENTS THERMAUX. !)

uisseau. Trois grandes portes d'entrée, placées au ■entre de la façade, s'ouvrent dans un vestibule carré. G'i'.st dans ce vestibule, à gauche en entrant, que se trouve la buvette, munie de deux robinets qui laissent continuellement échapper l'eau minérale dans un bassin en marbre blanc.

Les deux ailes du bâtiment qui aboutissent au vestibule central sont traversées par un long corridor trop étroit, vrai boyau où viennent se hcwter pèle e^ mêle, en temps do pluie, les baigneurs présents à la station thermale. C'est sur chacun des côtés de ce couloir que sont eitués les cabinets de bains, dont le lombro s'élève à vingt-sept. Un do ces cabinets est i'ecté à la douche ascendante.

Tous ces divers cabinets, dont le plafond est en voûte, sont blanchis à la chaux, vastes, bien aérés. Ihacun d'eux renferme une baignoire en zinc munie de deux robinets en cuivre, l'un pour l'eau chaude, l'autro pour l'eau froide. On trouve là tout le mobi- ILlt nécessaire dans un cabinet de bains.

Au fond du vestibule, et en face des portes d'entrée, un second couloir conduit aux lieux d'aisance, situés sur le ruisseau, derrière l'établissement. Dans ce petit couloir s'ouvrent deux portes : la première est celle de la chambre où est placée la chaudière ; la seconde est celle du cabinet adjacent à la doucho ascendante. C'est de ce corridor, à droite en entrant,

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