‹ CaraChapitre 17 sur 18 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

(Fragments)

Sous son azur charmant à ma vue enivrée,

Le sol s'épanouit comme un Eden en fleur ;

Un souffle de clémence embaume la contrée,

Ranime tout espoir, endort toute douleur :

Sur mon front resplendit le doux pardon vainqueur,

Et mon âme se sent bénie et rassurée,

Antoniaî C'est elle, ingénue et touchante. Telle qu'en sa fraîcheur dans la tombe elle entra. Auprès d'elle est Mozart, elle sourit et chante ; Elle porte à la main le livre de Cara.

Ne crains pas, me dit-elle. Attends les jours suprêmes. Regarde en haut, vois Dieu. Toutes deux tu nous aimes. Toutes deux nous t'aimons ; nous sommes tes deux soeurs, Tu cherches? Mais Dieu seul résout tous nos problèmes. Dieu donne tout amour à qui n'a pas â^u\ coeurs...

C'est un fort comte brabançon, Quant à la forme, périssable.

« — Mais, pensai-je, il porte de sable A trois coques de limaçon! »

Elle écoutait d'une façon Qui ne m'envoyait pas au diable.

Mais je me trouvais pitoyable Sous le rapport de l'écusson.

Enfin j'étais jaloux du comte.

Et vainement je prenais honte De ce chagrin vif et tout neuf.

Et par un surcroît bien atroce, Je vous chantais d'un cœur féroce, Principes de quatre-vingt neuf I

— J'en connais plus d'une, dit-elle Plus d'une à qui le sort jaloux Ne sut rien refuser de doux En fait de soie et de dentelle.

Sauf le poids d'une paix mortelle.

Tout est parfait, même l'époux.

Mais vivre en paix sous les verrous.

L'on meurt de cette bagatelle.

Point de combat, l'on est vaincu.

L'on meurt, faute d'avoir vécu.

Oh! l'horrible et l'étrange peine!

Ami, vous vîntes sur le soir, Quand je m'éteignais pour n'avoir Rien respiré de l'âme humaine.

Si vous voulez en déesse, Madame, A deux battants vous faire ouvrir Sésame, Je n'y mets point pour moi d'empêchement. Tout mon secret n'est qu'un mot ; toute femme Le peut tout bas ouïr correctement.

J'éprouve bien quelque frémissement.

De vrai, ma vie est là, je le proclame; Mais ce n'est point autrement véhément, Si vous voulez.

Car quelque chose en moi, certainement, Je ne sais quoi de fort et de charmant, Que vous dirai-je? un torrent, une flamme. Vous a soumis jusqu'à ce point mon âme. Que sans parler je mourrai simplement, Si vous voulez.

O tourment de l'esprit, ô méfaits de l'histoire! Le diable soit de vous, savants et découvreurs. Qui d'un fâcheux papier trouvé dans quelque armoire Venez jeter à bas ce que l'on voudrait croire Et plâtrer sous un fait tant d'aimables erreurs!

Vas au diable, Marco, chargé de paperasses !.. . J'étais donc, ce matin, sur mon Dante penché, Rêvant de Béatrice et demandant ses traces : Devant mes yeux s'offrit ce Marco mal léché. Me voilà comme un fol à son bras accroché.

« — Pour l'amour du Toscan, pour l'amour du poète. Pour l'amour de l'amour, lui dis-je, homme savant Conduis-moi vers le seuil où l'amante parfaite En sa grâce apparut comme un soleil levant : Et soudain s'éveilla la divine alouette.

« Allons baiser le seuil où Dante prit sa foi. Ce fut là qu'il aima, là qu'il devint apôtre. Là qu'il fit son serment : « "Et je dirai de toi Ce que nul avant moi n'avait dit de nulle autre. Ce que nul ne dira de nulle autre après moi. »

Faisons d'un cœur pieux notre pèlerinage...

Je connais plus amant que moi du clavecin. Je connais qui le hait plus que je ne sais faire ; Je ne le traite pas de monstre et d'assassin, Je ne l'excuse pas de maint trait de corsaire.

C'est un art quelquefois vraiment un peu malsain. Capable d'irriter même un bon caractère. L'hymen en a gémi sur son autel très saint. D'autres fois à l'hymen il est trop salutaire.

Je le crois périlleux à travers la cloison : Si l'auteur est Mozart et si la main est fine. Il fait souffler un vent qui n'est plus de saison.

Si bien que je voudrais rencontrer ma voisine

Et voir les doigts d'où vient cette ondée argentine.

Qui rafraîchit mon cœur et brûle ma raison.

vu

Jlu Crépuscule

] ai passé par les grands festins.

J'ai connu l'ivresse et le rire ; J'eus mon printemps où j'ai vu luire Des soirs dorés, de frais matins.

Sans trop m'accuser de délire, J'ai fait quelques rêves hautains J 'ai pu promettre à mes destins Le peu que je voulais d'empire.

A présent le jour et le bruit Tombent, et j'entre dans la nuit Sans regret, sans joie et sans armes.

Que ce fût à recommencer, Si le ciel voulait m'exaucer.

Je lui demanderais des larmes.

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