STANCES DE CORINNE A L ITALIE
Rome sur l'univers imprima son génie, Et régna par le glaive et par la liberté ; Mais, quand le Hun vainqueur détrôna Tltalie, Le monde tout à coup — catastrophe impunie — Fut plongé dans Tobscurite...
Mais le jour s'est levé d'une gloire immortelle. Moisson que fit germer tant de sang répandu ! Car elle resplendit et plus noble et plus belle, ^imagination lui rend^ Sion nouvelle, L'univers qu'elle avait perdu.
Les plus beaux dons du ciel, l'art et la poésie, Lui firent un royaume envié par les rois.
En vain ses souverains poursuivent l'hérésie; Elle s'endort, cherchant, riche de fantaisie. Du Beau les immuables lois.
STANCES DE CORINNE A l'iTALIE. îg
La poésie et Tart! Voyez quelle phalange :
Arioste, Tasso, Dante, Machiavel, Les Garrache, Titien, Giotto, Michel- Ange, Léonard, Raphaël!... Ghacun naît et se range. Poussé par le souffle éternel!
Philosophes, savants, innombrable légende.
Enfants de ce soleil dont le foyer si pur Enflamme le génie et toujours le commande.
Près des autres pays, que vous la faites grande. Notre Italie au ciel d'azur!
O terre d'Italie ! on t'a mise au martyre Toute baignée encore et de sang et de pleurs. Et pourtant, sous ce joug qui t'opprime et déchire, Tu ne cessas jamais un seul jour de produire Pour rhomme des fruits et des fleurs.
40 STANCES DE CORINNE A l'iTALIE.
Moi, je suis ici-bas de tout ordre exceptée ; Je vois partout la vie et le bonheur pour tous ! Seule dans mon chemin, errante et rejetée.
Je n'ai, pour me guider, ni mère inquiétée.
Ni brûlants baisers d'un époux !
Mon Dieu ! pourquoi m'avoir infligé ce supplice? Quel crime ai-je commis ? quelle insondable erreur? Ne puis-je demander que Tépreuve finisse, Et qu'une main amie éloigne ce calice.
Comme fit Jésus mon Sauveur?
Ma douleur dans ce monde est seule, sans limite... J'ai soif de retrouver enfin Téternité!
Il est temps que mon âme auprès de vous s^abrite, Mon Dieu ! lorsque mon cœur, qui battait vite, vite. Faute d'amour s'est aiTêté ! . . .
Octobre i85q.
L'ITALIE
Italie ! Italie ! ô terre des prodiges !
O terre dont la gloire égale la beauté !
En vain ton sol magique étale ses prestiges , Ta splendeur ne dit rien à mon oeil attristé.
Ah ! c^est que l'étranger opprime tes campagnes, Cest que tes citoyens remplissent tes prisons, C'est que je vois, du haut de tes saintes montagnes, L^étendard autrichien flotter auxliorizons.
L ITALIE
Orgueilleuses cîtés que le deuil enveloppe , Ne pourriez- vous montrer, triomphantes encor. Les aigles que César promena dans T Europe, Et qui n'ont plus d'asile au lieu de leur essor?
Piémontais et Lombards, peuples des Deux-Sicîles , Peuples de TÉtrurie, ô fils de Romulus !
Vous descendez d'aïeux aux chaînes indociles : Hélas! de ces héros ne vous souvient-il plus?
Je soupirais ainsi, perdue en ma pensée; J'étais seule, pleurant ta grandeur éclipsée, Rome, quand, tout à coup, au sein du Panthéon Plus de cent mille voix ont proclamé ton nom.
O Rome, sois toujours reine de l'Italie !
Rome, rappelle-toi ton passé qu'on oublie !
O Rome, redeviens la mère des héros !
Rome, réveille-toi pour des âges nouveaux !
Si l'antiquité dort au pied du Capitole, Le trône et le tombeau des faux dieux d'autrefois. L'avenir resplendit sur la vaste coupole Où le Christ a planté sa croix.
L'avenir radieux te dit toujours : Espère, Comme a dit Dieu le père.
l'italïe. 43
Lorsque son divin Fils autrefois sanglota , Tombant, agneau sans tache, au pied du Golgotha !
. Hélas! de tes enfants le sang généreux fume : Du Tibre frémissant il a rougi Técume !
Les champs de Mentana — cet autre Roncevaux — A tes soldats-martyrs réservaient des tombeaux I
De funèbres rumeurs mon oreille est frappée \ Dans la balance j'ai vu tomber une épée...
Dociles à la voix d^un moderne Brennus , Les Gaulois dans tes murs sont encor revenus !
Mais du sang répandu la semence est féconde ; Séculaire cité — Rome, reine du monde , Écarte de ton front ces longs voiles de deuil ! Ranime ta fierté, réveille ton orgueil !
De palais en palais, de ruine en ruine.
Du Tibre aux Apennins, de Venise à Messine,
Un brillant météore a traversé les airs ;
Il embrase le ciel, la plage et les deux mers.
L^Italie est debout, s appuyant sur son glaive !... Un jour splendide éclate à mes regards ravis. O prodige! ô bonheur ! non, ce n'est point un rêve, La liberté rayonne au seuil des saints parvis.
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Le Forum retentit d'une clameur nouvelle.
Les pompeux monuments de la Ville étemelle, Ses dômes, ses palais, son cirque, ses tombeaux, Se couronnent de âeurs, de pourpre et de flambeaux.
La veuve des Césars, debout sur ses collines , Porte un globe ombragé par des palmes divines. L'Italie affranchie accomplit son destin.
Et groupe ses drapeaux au pied du Palatin.