IMPROVISATION DE VOYAGE
Ardente comme l'air de feu Qu'elle respire, Naples se mire
Dans le cristal du golfe bleu !
Sol généreux ! terre fertile !
Champs aimés des blondes moissons !
Jamais la charrue inutile Ne creusa vos larges sillons.
Jardins, vergers, où resplendissent Les plus éclatantes couleurs !
Avec avril s'épanouissent A la fois vos fruits et vos fleurs.
On a taxé ta politesse D'humble et basse servilité ; On eut même la hardiesse De t*accuser de lâcheté !
Que n'ont-ils vu, dans la bataille, Tomber, pleins d'audace et de foi.
Tes généraux sous la mitraille.
Criant encor : Vive le roi !
Comme le bateau que balance Le flot pur du lac argenté, Tu fendors dans ta nonchalance, Quand souffle le vent de Tété !
Mais tes palais pleins de lumière Servent de temples aux beaux-arts.
Et c'est Golconde tout entière Qui ruisselle dans tes bazars.
Sur ton rivage aimé, que baigne Le flot qui s'en va murmurant, Dieu veut que la douleur s'éteigne, Que tout s'endorme en espérant !
Il faut respecter la paresse Qui remplit et charme le jour, Lorsque le rêve est plein d'ivresse Et que le réveil est l'amour.
L'avenir, qui caresse ou frappe Les peuples au gré des hasards, Ne laissera pas Rome au pape , Rome, la ville des Césars !
S'il faut attendre, sois la reine, Naples, d'un peuple de héros.
Toi qui baignes, fière et sereine , Tes pieds de marbre dans les flots.
Mais quand Pltalie unanime Et forte de sa liberté , Proclamant son vœu légitime , Demande Rome et l'unité; Nous aurons Rome capitale.
Nous verrons, suivant son destin , Notre bannière triomphale Flotter sur le mont Palatin !
Le soleil, que jamais les nues Ne couvrent d'un voile jaloux.
Prête des ardeurs inconnues Au ciel si clément et si doux !
De ses rayons chaque parcelle Est un long éblouissement , Et dans l'atmosphère étincelle Le pur éclat du diamant!
Ainsi qu'un parfum d'ambroisie.
Comme un vase d'élection , O pays de la poésie , Tu donnes l'inspiration !
L'esprit de tes fils, souple, agile. Aux nobles élans est ouvert , Et sur le tombeau de Virgile Le laurier fleurit toujours vert !
Lorsque des sommets du Vésuve La lave descend en grondant , De son incandescente effluve Tu reçois le baiser ardent !
Mais les menaces du cratère , Quand arrive Téruption , Pâlissent devant ta colère Aux jours de révolution !
On m'a dit parfois en ma vie :
« Il faut voir Naples, et mourir ! »
Le vœu de mon âme ravie (Dussé-je y pleurer, y soufifrir) , C'est revoir Naples, pour y vivre !
Les habitants y sont meilleurs , L'air qu'on y respire m'enivre...
Et j'étouffe souvent ailleurs!
De tes défauts si l^on te blâme, Ton peuple en vain est irrité ; Il a, pour réchauffer son âme.
Son ciel, ses droits, la liberté!
On gourmande ta nonchalance.
On te reproche ton orgueil ; On s'en prend à ton inconstance Riant hier de notre deuil !
A cette espérance sans doute Déjà plus d'un a dit adieu ; Mais le peuple veut qu'on Técoute, Car sa voix est celle de Dieu ! Des favorites qu*on oublie Pounant tu n'auras pas le sort.
Car le vaisseau de l'Italie A son refuge dans ton port !
Imite la jeune Amérique
Et ses florissantes cités.
Qui donnent à la République
Des sanctuaires écartés.
Washington est la capitale,
Triste, austère, sans mouvement ;
Le luxe à ses portes s'étale
Et le commerce en est l'aimant.
5o SALUT A NAPLES.
La puritaine Maison-Blanche Domine des coteaux déserts, Lorsque New- York gaîment se penche Sur le flot — seuil de P Univers. — Une ruche laborieuse S*agite entre deux Océans :
C'est cette cité populeuse Qu'on nomme NouvellerOrléans.
Que Rome un jour soit capitale, Au nom des vœux italiens ; Tu resteras, toi, sans rivale, O Parthénope des anciens !
Ton soleil qui toujours rayonne.
Quand il change en or tes moissons.
Ne vient-il pas à ta couronne Promettre d'éternels fleurons ?
Ces vers écrits en courant, et qu'emporte
Conune un fétu le vent joyeux du soir,
Ont exprimé mes vœux et mon espoir.
Où s'en vont-ils ? Je n'en sais rien. — Qu'importe !
Ardente comme l'air de feu
Qu'elle respire,
Naples se mire Dans le cristal du golfe bleu !