‹ Cara patria: échos italiensChapitre 16 sur 67 · MANIN · texte numérisé non relu

MANIN

Voyez!. . . Le ciel soudain prend de sinistres teintes. Écoutez ! . . . Cest Taccent de douloureuses plaintes ; Et dans le fond du golfe où Venise s'endort Tout semble répéter : « Un des nôtres est mort ! «

Venise!... Je t*ai vue, en tes splendeurs passées, Répandre For du monde en fêtes insensées :

Gondoles et canots glissant sur le canal.

Les masques turbulents du fameux carnaval, Les sénateurs, les Dix, Tespion qu'on abhorre... Je vis un homme, un jour, montant le Bucentaure,

58 «ANIN.

Couronné de la Corne et de ses cheveux blancs^ S'avancer vers le port aux mâts étincelants, Puis jeter dans tes flots, ô mer Adriatique, L^anneau d'or consacré d^une union mystique : C'était le dernier doge. Il avait nom Manin.

Hélas! toute grandeur périt, c'est le destin!... Venise disparaît de la face du monde; Entre elle et le soleil se place une aile immonde, Et l'aigle blanc s'abat, sans crainte du baro. Sur la noble mourante, et la livre au bourreau. Le Croate, qu'on trompe, est devenu complice De ce gouvernement de schiague et de police.

Et le Vénitien, qu'on laisse à ses amours.

Se résigne, énervé, mais espérant toujours.

Pendant ce temps, un homme allait sur les lagunes,

Concentrant dans son sein le fiel de ses rancunes.

Contemplant l'horizon, et combien l'homme est peu

Dans cette immensité qui fait comprendre Dieu...

Il aimait, au ciel pur, voir briller les étoiles.

Comme autant de clous d'or dont la nuit tend ses voiles;

Mais un vaste projet dans son âme germait :

— « Venise, disait-il, si Dieu me le permet,

Je te rendrai les jours de ta splendeur antique ;

Je reconstituerai ta grande république ! »

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