‹ Cara patria: échos italiensChapitre 17 sur 67 · MANIN · texte numérisé non relu

MANIN

Il travaillait dans Tombre, et cherchait le moyen, Cet homme, ce rêveur, cet obscur citoyen. . .

Venise, un jour pourtant, sort de sa léthai^e :

Du joug autrichien va-t-elle être affranchie?

L'Europe s'éveillait et détrônait ses rois -,

Les peuples se parlaient et réclamaient leurs droits -,

Un cri de liberté, sorti des barricades,

Faisait le tour du monde au bruit des fusillades ! . . .

Le rêveur y répond, échauffant les esprits.

Et le peuple à Venise agit comme à Paris !

L'aigle blanc est brûlé sur la place publique, A ce cri triomphant : « Vive la République ! « Or, ce noble avocat du peuple cisalpin^ Celait le petit-fils du dernier duc Manin.

Venise renaissait sous la sage parole

De ce doge nouveau. — Son radieux symbole.

Le lion de Saint-Marc va pouvoir désormais

Poser l'ongle de bronze au vélin des Congrès !

L'Autrichien, chassé par Venise enhardie.

Se voyait enlever toute la Lombardie ;

Chaque pays conquis vengeait ses trahisons;

Les martyrs s'élançaient du fond de leurs prisons...

On respirait! Manin, maître de sa chimère.

Était un magistrat, un tribun, — mieux, un père ;

6o MANIN.

Et le chant cadencé des rameurs du Lido Mêlait son nom sans tache aux vers de Torquato.

Mais la réaction, ce monstre à Tœil oblique.

Guettait dans ses élans la jeune République ; Le Croate revint, ce mercenaire blanc, Se ruer sur Venise et déchirer son flanc. . . En vain Manin réclame, à grands cris, de la France Les secours tant promis. Pour cette cause immense La France reste sourde et n*a pas un soldat. . . Ainsi fut consommé Thorrible assassinat!...

Hélas! hélas!

Devant son pays qui s'écroule, Manin reste debout. Il faut que son pied foule Désormais le rivage et la terre d'exil.

— « Que ne me tuait-on plutôt! » s'écriait-il.

Il se réfugia sur le sol de la France, Demandant au travail le pain de l'existence, Et vivant dans un coin ignoré de Paris.

Seul avec ses enfants, fleurs de son beau pays, Il enseignait la langue admirable de Dante Aux enfants étourdis de l'oisif dilettante.

Mais, au milieu des soins de cet obscur labeur, L'œil fixé sur sa route, impassible, sans peur. Il consultait toujours le pouls de l'Italie.

MANIN. 6l

Sa fille réchau&it^ ange de la patrie ,

Sa grande âme aux abois, son cœur mome et souffrant

Devant le froid regard du monde indifférent.

Hélas ! la pauvre enfant, profil pur, galbe antique.

S'étiolait, mourait, loin de TAdriatique.

En vain sa lèvre pâle au lointain souvenir

Essayait un sourire... Hélas! pas d*avenir...

La mort était dans l'ombre : elle emporta cet ange...

Ces combats sans repos, cet horizon qui change. L'exil, le pain pénible, et ces afflictions, Sont-ils Pavant-coureur des malédictions ?

O douleur ! . . . Pltalie et Venise la belle Ont-elles mis le pied dans la nuit étemelle, G>uvertes à jamais d'un suprême linceul ?.. .

Manin agonisait. Il allait triste et seul.

Ce pasteur sans troupeau, ce père sans famille, Pleurer sur le gazon qui recouvrait sa fille... Son âme n'avait plus ni miroir ni soutien, Et ce père du peuple et ce grand citoyen, A force de brûler les pleurs sous ses paupières, D'aspirer au repos des demeures dernières, S'éteignit, murmurant, sur son lit pauvre et nu : — « L'Italie était libre, on ne l'a pas voulu ! »

Et Venise, enivrée au sein des belles fêtes.

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Kiia. Mxicgjort- à san-XBirévrï.!

Madrid le soir danse au Prado, Londres vogue sur la Tamise, Vienne a son Prato, et Venise S^enorgueillit de son Lido !

Chaque ville a ses promenades , Constantinople a ses bazars, Paris vante ses boulevards, Turin est fier de ses arcades.

Mais qu'importe un air enivrant Et le parfum de l'atmosphère ?

La rive que moi je préfère, Le Pô la baigne en murmurant (

J'aime cette ville sereine Qu'on ne quitte pas sans chagrin !

J 'aime le peuple de Turin Et son allure puritaine !

Salut à vous ! Je vous revois, O mes arcades bien-aimées, Vives, coquettes, parfumées, Et rieuses comme autrefois !

Vous souriez à Tallégresse.

Sur votre seuil hospitalier, Cest Tunivers^ le monde entier.

Qui se coudoie et qui se presse.

Quand, cédant aux ardeurs du jour, La ville se tait et sommeille.

Dans votre ombre fraîche s'éveille Un long gazouillement d'amour.

Vous n'avez plus assez d'espace Pour les amants et les flâneurs, Lorsqu'à midi les promeneurs Ont pour vous déserté la place.

Rendez-vous du monde élégant.

Des touristes et des toilettes.

Aimables arcades, vous êtes Un autre boulevard de Gand !

Les grisettes et les duchesses^ Mêlant leur gracieux essaim.

S'arrêtent près des magasins Pour en admirer les richesses.

Mais on respire un air de feu.

Et comme il faut qu'on se repose^ Pour V causer de toute chose Au café Ton s'assied un peu.

Si d'altérés la salle est pleine^ Les gandins restent au dehors.

Et 1 on se croirait aux abords Du café de la Madeleine.

Cependant ce peuple si doux.

Cette dté d'aspect austère.

Ont eu leurs heures de colère Et d'épouvantables courroux.

Je revois des traces fatales Que le pied foule en frémissant :

Fraîches arcades, c'est du sang Qui naguère a taché vos dalles !

Mais réternelle liberté Vous sait gré de vos sacrifices, Et les dieux sont restés propices Au peuple à tort déshérité.

Des souveraines qu'on oublie, Turin, tu n'auras pas le sort, Et tu resteras sans effort Reine des villes d'Italie.

O cité qu'abrite le mont.

Tu semblés, encore embellie, La couronne de l'Italie Et la perle du Piémont.

Si tu n'es plus la capitale De ce pays au vaillant cœur.

Les poètes chantent en chœur Ta sérénité sans égale.

Un sang toujours généreux bout Dans ta veine patriotique, Et comme un dolmen druidique Tes arcades restent debout.

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