‹ Cara patria: échos italiensChapitre 21 sur 67 · LES SUPPLICIÉS · texte numérisé non relu

LES SUPPLICIÉS

Les vaincus désonnais fournissent des victimes

Au gibet réhabilité, Quand Tamour du pays seul inspire des crimes

Aux soldats de la liberté !

O vous qui condamnez sans pitié, prenez garde, Souverains de paix et d'amour!

Le peuple vous maudit, le monde vous regarde Pardonneront-ils à leur tour?

L'échafaud est parfois l'instrument du martyre.

Et la pourpre humide de sang Est sœur de la tunique offerte à Déjanire

Par le Centaure agonisant I

Florence, 12 décembre.

Le soleil dore au loin la route suburbaine.

Le Tibre jaune coule en son lit respecté ; Le jour estradieux^ et la dté romaine Étale sous le dd sa calme majesté !

Souvenirs qu^a légués Tantiquité païenne :

Colisée, aqueducs, tombeau de Métella,

Palais, temple béni de TÉ^ise dirétienne,

Toutparle aux yeux, au coeur, ettout dit: «Romeestlâ! ^^

Ruines et tombeaux à Tavenir qui veille Montrent le noir sillon que le temps a tracé ; Et, sur ces grands débris, Tâme qui s'émerveille Demande Tespérance au culte du passé.

Sous ce ciel sans nuage, on est heureux de vivre ! Chaque jour qui se lève à Thorizon vermeil Fait éclore les fleurs dont le parfum enivre ; Tout est jeune et joyeux sous Téternel soleil !

Et pourtant Camilla, la brune jeune fille.

Indifférente et triste au milieu du chemin.

S'assied et laisse au loin errer son œil qui brille : Des tourments inconnus font palpiter son sein.

Pourtant elle est à l'âge où, foulant d'un pied libre Le sol, et du printemps saluant le retour, Les filles chaque soir dansent au bord du Tibre ; A rage où la jeunesse est ardente à Tamour !

Pourquoi ces yeux mouillés de larmes? Pleure-t-elle

L'ami de son enfance, un jeune fiancé,

Qui, de la liberté soldat sûr et fidèle,

Pour avoir combattu, loin de Rome est chassé?

« Ne m'interroge point ; pour une autre souffrance Garde, dit Camilla, ta banale pitié !

Mon cœur brisé n^'a plus de force ou d^e^>érance; Il ignore à la fois Famour et Tamitié.

« J'ai vu donner la mort à toute ma £unille.

Mon père massacré^ mes frères expirants !

A peine ai-je échappé moi-même, jeune fille.

Aux brutales ardeurs du soldat des tyrans!

« Id, qui peut songer à la joie, à la danser Danser!... Elst-il un champ, parmi les champs romains. Où l'on puisse, le soir, s'élancer en cadence. Sans crainte de fouler des ossements humains ?

« Tout le saAg versé crie et demande vengeance : — Posthume repentir ! Inutiles remords ! — Si quelques-uns, hier, rêvant la délivrance.

Ont essayé la lutte, hélas ! ceux-là sont morts !

« La liberté, trésor du foyer domestique.

Remplit mon cœur jaloux de son amour sacré !

A son culte, pareille à la vestale antique.

J'ai dévoué ma vie, et viei^e je mourrai !

« J'ai chassé pour jamais Tespérance éphémère ; Un mortel désespoir m'a prise, et sans retour Je renonce aux doux noms et d'épouse et de mère. Mon pays est en deuil, je ne veux pas d*amour!

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