LE SIRE DE MONTMAYEUR
Dégradés par le joug, usés par la misère, Les hâves laboureurs, vers le sol inclinés.
Vont fuir, s'il apparaît dans les champs fortunés Qui bordent la Savoie et qu'arrose l'Isère!
L'implacable seigneur, qui retourne au manoir, Brise tout sous les pieds de son destrier noir.
Le baron est galant et réserve à sa couche Mainte victime offerte à la brutalité Que dessert une atroce et froide volupté.. .
Mais son front toujours reste anxieux et farouche.
C'est qu'il n'est pas au ciel astre dont la clarté Sous le nuage, un soir, ne s'éclipse ou palisse -, C'est qu'en ses démêlés avec dame Justice I-re glaive féodal perd sonnmpunité !
Or, sans pouvoir chasser la pensée importune Qui de son cœur altier a su trouver l'accès.
Le sire d'Apremont pense à certain procès Qui menace à la fois son titre et sa fortune !
Le terrible seigneur, qui retourne au manoir. Chevauche, soucieux, sur son destrier noir !
Lui , qui commande en maître et devant qui tout plie ; Lui , de mille vassaux labsolu suzerain ,
lOO LÉGENDES SAVOISIENNES,
Va-t-il se résigner au rôle d'un vilain ?
Devant un juge, enfin, faut-il qu'il s'humilie?
Nécessité vaut loil L'oc^cil et la fierté Doivent subir parfois un joug qui les offense. Derrière un appareil de force et de puissance, Le baron fait du moins acte d'humilité.
Bannière déployée, escorté d'hommes d'armes, Il marche, brandissant sa lance de combat; Son armure au soleil brille d'un fauve éclat... Mais son cœur est en proie aux plus sombres alarmes.
Le belliqueux seigneur, sur son destrier noir. Avec ses écuyers s'éloigne du manoir I
On a tort de<penser qu'il part pour la crpisade! Non, — son voyage aura pour terme Chambéry :
II va solliciter monsieur de Fessigny; Pour gagner son procès, il tente une ambassade.
Monsieur de Fessigny, président du Sénat, Incorruptible juge, homme de vieille roche, Fut, ainsi que Bayard, sans peur et sans reproche ; Sa réputation est grande dans l'État.
Cette fois, avait-tl étudié la cause ?
On ne sait... Cependant il promit le succès