L^AMOUR
Où pleure la rosée, où le vent tourbillonne,
Où s'écoule le flot, où le soleil rayonne.
Oui, TAmour est partout, répandu sous le ciel !
Et là même où les flots et les vents s'affaiblissent.
Où se fanent les fleurs, où les astres pâlissent,
L'Amour est encor là, — comme un ange immortel!
J'ai passé dans les bois où le feuillage tremble. Et les grands arbres verts faisaient monter ensemble Leurs baisers frissonnants vers le ciel radieux. Sous les chênes touffus ou sous les vieux érables , J'écoutai des oiseaux les concerts innombrables... C'est l'Amour qui dictait leurs chants mélodieux!
Je parcourus la plage où l'écume blanchie Du joug de l'Océan se déroule affranchie ; Je retrouvai T Amour dans le baiser des flots -, Et les fleurs s'inclinaient sur l'océan immense, Et Talgqe se tordait sous la houle en démence. En chuchotant d'amour aux pieds des matelots 1
Je sondai du regard l'abîme inaccessible Où l'infini commence, où Dieu semble visible Sur un trône étoile... — D'une poussière d'or Les deux étincelaient... Les mondes, avec grâce, L'un par l'autre attirés, se mouvaient dans Tespace.. C'était la loi d'amour qui réglait leur essor.
l'amour. 141
Alors je contemplai la terre vaporeuse.
Une femme était là, souriante et rêveuse:
Elle avait dans ses yeux tous les bleus firmaments,
D'amoureuses senteurs semblaient émaner d'elle,
Des soleils inconnus éclairaient sa prunelle. . .
Ils brûlèrent mes yeux de leurs rayons aimants.
Radieuse, et pourtant éblouie, aveuglée.
Je penchai doucement ma poitrine gonflée, Et sentis qu'elle était débordante d'amour; Et ces mille reflets que j*avais vus naguère L'un l'autre dispersés, au ciel et sur la terre. Mon cœur, miroir ardent, les dardait à son tour.
C'est pourquoi je voudrais bien savoir où mon âme
Pourrait tourner les yeux. Amour, sans voir ta flamme,
Et s'abreuver encor sans goûter à ton miel !
Car je te porte en moi comme un trésor suprême !
Le chant suit le poëte, et tu me suis de même
Dans la nuit de la tombe et dans l'azur du ciel !
L'ingrat ne m'aime plus 1 J'avais avec ivresse Partagé les transports de sa vive tendresse.
Hélas I ce cœur léger, vers une autre emporté, M'abandonne à jamais ! ... En ce moment suprême, Pour lui cacher du moins combien encor je l'aime, Reviens, reviens, ô ma fierté I
Le bonheur a fait place à la douleur amère :
A quoi bon désormais poursuivre une chimère ? A quoi bon exhaler des regrets superflus ?
A la voix qui le prie, à l'amour qui Timplore, Je ne puis espérer de ramener encore
L'inconstant qui ne m'entend plus!
Fierté, dernier asile et refuge des âmes, Soutien des cœurs brisés, providence des femmes, Donne-moi, pour le fuir, ta force et ta vertu ! Lorsque j'invoque, hélas ! le dédain, la colère, Prête-moi contre lui ton appui tutélaire ! . . . Quoi 1 déjà m'abandonnes-tu?
Si tu ne réponds pas à mes plaintes stériles, t Si tu laisses couler mes larmes inutiles,
I Tu me punis, hélas I et je Tai mérité :
l Car Tamour me possède encore tout entière,
^ Et quand je veux rester indifférente et fière.
Mon cœur trahit ma volonté.
Qu'il paraisse, Tingrat I qu'un instant je le voie I Ma douleur se dissipe et fait place à la joie. D'un tremblement soudain mon cœur est agité , Des mots entrecoupés se pressent sur ma bouche ; S'il m'effleure en passant, ou si sa main me touche^ Je frissonne de volupté !
Ah I du passé perdu si, retrouvant la route, Je pouvais espérer qu'il revienne et m'écoute. J'irais lui demander, à genoux, son amour; Je lui dirais : « Rends-moi, par pitié, ta tendresse ! Rends-moi de tes baisers la brûlante caresse ! Aime-moi !... ne fût-ce qu*un jour ! »
Mais, non, non. . . je m'abaisse. . • Oh ! c^est assez de honte I Un calme bienfaisant, qui jusqu^à mon front monte, Va rendre mon visage à la sérénité :
D'un véritable amour mcMi amour était digne.
Mais, plutôt que rougir encor d^un choix indigne, Reviens, ô ma chère Fierté I
Gardienne par le ciel préposée à ma garde.
Empêche-moi de voir Téclair que son œil darde ! Fierté, ne laisse pas mon âme se troubler!
Chasse bien loin de moi la trompeuse espérance, Et lorsque je tressaille, émue, en sa présence, Défends à mon cœur de parler ?
La paix, — c'est grâce à toi I — dans mon sein va renaître. Réveille mon orgueil , ma colère 1 — et peut-être Ta voix et tes conseils le feront oublier!
Tes leçons autrefois ont guidé ma jeunesse. .'. Viens, je t'écoute encor : car je dois sans faiblesse Souffrir , mais non m'humilier !
Eh quoi I je prie en vain : tu restes impuissante, Et tu n'as pas rendu mon âme obéissante ?
Chassant les souvenirs de mon rêve effacé.
C'est en vain que je cherche en toi ma sauvegarde I .. . AJi I laisse-moi, du moins, au monde qui regarde Cacher mon amour insensé I
146 l'ange g.vrdien.
Que l'ingrat sunout croie à mon indifférence I Qu'il ne soupçonne pas mon intime souffrance I Et, quand je cherche encor les horizons perdus, Mets la joie à ma joue, à ma lèvre un sourire j Qu'il puisse, en me voyant passer heureuse et rire. Penser que )e ne l'aime plus 1
Nos aïeux au précepte ont mêlé les exemples : Les vertus des héros par eux ont eu des temples, Pour marquer son chemin à leur postérité.
Ohl va, si maintenant tu fais que je l'oublie. Mon cceur consacrera son ardeur et sa vie A ton culte, sainte Fierté !
Est-il cenain, d'ailleurs', que ce soit lui que j'aime r Je l'ai cru... Mais déjà je doute de moi-même. N'ai-je pas, pour du miel, bu le poison amerr Aveuglée et cédant au penchant qui l'entraîne, La femme, sous les fleurs, touche ou serpent ou chaîne.. Qu'importe ? elle a besoin d'aimer !
Et c'est pour cet ingrat que, moi jadis si fière. J'ai flétri de mes pleurs ma joue et ma paupière ! Ah! vraiment, je suis folle!... et la réalité Vient enfin mettre un terme à mon douloureux rêve. Le voile est déchiré, mon âme se relève...
Je te retrouve, 6 ma Ficné !