UN SOIR D HIVER
Su}[ette et Lisette travaillent au coin du feu ; Frisette feuillette un livre.
FRISETTE , fermant son livre.
Je me lasse, à la fin, de lire des romans; Toujours des chevaliers vertueux et fidèles, C'est ennuyeux!... Si vous voulez, mesdemoiselles, Nous causerons un peu, ce soir, de nos amants ?
LISETTE
Vous avez la parole un peu leste, ma chère •, Vous pourriez bien ici ne parler que pour vous?... Qui donc a des amants, de nous trois? Entre nous, Ce n'est certes pas moi, ni Suzctte, j'espère.
148 LES CONFEDENCES.
FRISETTE.
La ! ... la !.. . ne prenez pas ce ton majestueux ! . . .
J'ai dit : « Nos amants ! » Vrai ?. .. Mais c'était par mégarde.
Je parlais de celui que nous aimons le mieux.
Et tout autant que moi Taffaire vous regarde.
Vous avez bien, je crois, quelque discret ami?...
SUZETTE
Sans doute!
FRISETTE.
Voyez-vous! elle au moins, la petite.
Elle est franche, et, malgré son maintien endormi. Elle sait qu'à seize ans l'amour au cœur vient vite.
LISETTE
Ah ! si vous me parlez d un noble sentiment Qu'à soi-même tout bas une femme s'avoue. Qui ne fait pas monter la rougeur à la joue, Je puis aimer quelqu'un, mais je n'ai pas d'amant.
FRISETTE.
Bah ! c'est la même chose, à peu près, je vous jure. Ainsi, ne jouons pas plus longtemps sur les mots. Celui que vous aimez?...
LISETTE
Il est beau ; sa figure.
Qu'encadrent des cheveux qui retombent à flots.