‹ Cara patria: échos italiensChapitre 4 sur 67 · FERDINAND, DUC DE GÊNES · texte numérisé non relu

FERDINAND, DUC DE GÊNES

O douleur! 6 stupeur! ô terrible mystèrel Le mal préside-t-il aux choses de la terre?

Faut 'il douter des cieux ?

Quel étrange hasard dirige donc la foudre Qui frappe la vertu, quand elle semble absoudre

Le crime audacieux ?

6 CHANT FUNEBRE

Quoi ! le monde admirait un roi qui,, de lui-même, Imposant une borne à son pouvoir suprême, A convié son peuple à se donner des lois, * Et, malgré les clameurs, poursuivant sa carrière. Renversant des abus la gothique barrière, Fonda sur ses débris l'égalité des droits.

Le peuple applaudissait un exemple si rare.

Les soldats, se montrant le héros de Novare,

S'inclinaient devant lui ; Une mère chérie, un frère à lui semblable, Une épouse angélique entouraient — cercle aimable —

Son foyer réjoui.

Certe, il était heureux; et c'était chose juste,

Et sous Tarbre royal croissait un jeune arbuste.

Et Ton aimait à voir Thonneur récompensé ! .. .

Mais quelle joie échappe à la tombe jalouse?

L'enfant meurt, — puis l'aïeule, — après la jeune épouse,

Puis le frère, — en trois mois ! . . . O Dieu, Dieu courroucé !

Inclinons-nous pourtant devant la Providence : Ses décrets sont cachés à l'humaine prudence -,

Dieu choisit ses élus!

Pour de vastes desseins si Dieu vous a fait naître. Roi, souffrez vaillamment; les plus grands sont peut-être

Ceux qui souffrent le plus.

CHANT FUNEBRE

La vie est plus puissante au sortir d'une crise ; L^homme fort se retrempe où le faible se brise. Vous êtes rhomme fort que Dieu retrempe ainsi ; C'est parce qu'il vous garde une œuvre peu commun?, Qu'il vous rend inflexible aux coups de la fortune, Et vous forge un courage à l'avance endurci.

Peut-être aussi Tépouse tendre, Que vous enlève le trépas, Au ciel monte pour y défendre Celui qu'elle aimait ici -bas.

S'il faut qu'en la divine enceinte La voix touchante d'une sainte Pour nous implore le Très-Haut, Quelle sainte plus accomplie Pourrait être mieux accueillie De Dieu, qui sait ce qu'elle vaut?

Protégez-nous dans nos tourmentes, Veillez sur nous du haut du ciel , Dfe la fleur des vertus charmantes Vous qui composiez votre miel ; Votre piété, noble reine.

Était la source toujours pleine D'où ne coulaient que des bienfaits, Et son action salutaire Ne s'est révélée à la terre Que par les heureux qu'elle a faits.

CHANT FUNEBRE

Il est un fanatisme sombre

Qui se dresse contre les lois,

Et, nouant ses complots dans Tombre,

Comme un glaive brandit la croix.

Chez lui, la piété farouche

Parle, la menace à la bouche.

Versant des malédictions ;

11 fait d'une loi d^ndulgence

Un instrument de sa vengeance,

Et le fléau des nations.

Protégez-nous contre ses trames. Reines saintes, veillez sur nous ; Voyez nos enfants et nos femmes Qui vous invoquent à genoux :

L'époux en deuil, le fils sans mère.

N'échappe à sa douleur amère Que pour être aux devoirs d'un roi...

Bénissez l'alliance intime D'un peuple et d'un roi magnanime, Qui l'un dans l'autre ont mis leur foi !

Roi vaillant, reprends ta pensée Qu*a suspendue un triple deuil :

Achève Tœuvre commencée !

Toi, peuple, reprends ton orgueil !

Marchez appuyés Tun sur l'autre :

CHANT FUNÈBRE

Une noble ardeur est la vôtre ; Votre règne sera fécond...

Vous nous guidez dans nos tempêtes , Nous vous bénirons dans nos fêtes, Saintes patronnes du Piémont !

On voit rimage de la Vierge

Aux murs blancs des pauvres réduits;

Devant elle on allume un cierge ,

Pour elle on va cueillir le buis.

A côté de la Vierge Mère,

Vous prendrez place en la chaumière,

Reines qu ^aimaient les paysans,

Et rimage des trois Maries

De buis et d'épmes fleuries

Se couronnera tous les ans.

lo février i855.

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