AUX HOMMES
En cet art gracieux qu^on nomme poésie.
Des femmes, en tout temps, la pléiade choisie
Brilla d'une vive clarté •,
Staël, sous le nom de Corinne,
Chanta Tltalie, et Delphine Illustra dans ses vers la gloire et la beauté.
Avez-vous oublié, faut-il qu'on vous redise Les transports de Sapho, les plaintes d'Héloïse? Faut-il vous lire tour à tour Sévigné, Mercœur, Deshoulières?...
Et nos voix, touchantes et iSères, Ne célébreraient pas la patrie et Tamour !
Vous voulez en nos mains briser la plume agile ? Nos doigts roses pourtant savent la rendre habile... Si vous ne cessez pas cette guerre d'auteurs, Nous ne chanterons plus la foi, ni l'espérance. Ni Tamour.... L'épigramme^ instrument de vengeance. Poursuivra les usurpateurs.
Nous avons la beauté, Tesprit, la grâce, l'âme : Pourquoi pas le talent? — Prenez garde! La femme Sait, quand elle y prétend, mieux que vous l'obtenir. Le nom Georges Sand passera d*âge en âge :
Sand, le Brutus germain, à peine aura Thommage De quelque vague souvenir.
AUX HOMMES. î^i
Vous prétendez en vain nous défendre d'écrire, Messieurs ! — Mais en ce champ dont vous briguez Tempire Nous pouvons surpasser vos orgueilleux exploits : Dès que nous le voulons, votre jalouse gloire Est par nous éclipsée ; et Ton garde mémoire Des chants modulés par nos voix.
Toujours à vos travaux notre sexe est utile : Nous pouvons mépriser, nous, votre appui stérile! Vers, romans, drames, tout ce qui sort de vos mains Nous doit, convenez-en, le charme, l'existence; Et quand vous dédaignez notre douce influence. Vous faites bâiller les humains.
Allons, faites-nous place! allons, faite silence! Inclinez devant nous vos fronts pleins d arrogance ! La poétique ardeur soudain va m'animer!...
La muse des beaux vers me conseille, m'inspire... Pourquoi donc nos accords ne sauraient-ils séduire, Comme nos yeux peuvent charmer ?