‹ Cara patria: échos italiensChapitre 54 sur 67 · CONTE ARABE · texte numérisé non relu

CONTE ARABE

La princesse Zobéide Monte son coursier rapide , Qui dévore le chemin.

Fier de porter sa maîtresse , Le coursier qu elle caresse Frémit sous sa blanche main.

Sur un cheval qui se cabre Vient l'eunuque armé d^un sabre ; Puis viennent les négrillons , Puis le reste de l'escorte Que la cavalcade emporte Dans de poudreux tourbillons.

194 LA PRINCESSE ZOBÉÏDE.

Elle a suspendu sa course Et descend près d'une source Où s'abreuvent les troupeaux.

L'herbe qui croît sur la rive Et la fraîcheur de Teau vive Y conseillent le repos.

Assis près de la citerne^ U n jeune homme se prosterne , Les mains jointes sur son front :

« Quel es-iu, toi qu'on rencontre, Chaque fois que je me montre , Embusqué comme un larron ?

— Je suis celui qui vous aime !

Tous les jours je fais de même, Je viens sur votre chemin ;

Je me cache en un coin sombre.

D'où je vois passer votre ombre , Et reviens le lendemain.

— Pour m'aimer et l'oser dire, Es-tu chef de quelque empire ?

Es-tu calife ou sultan ?

— Non ! le sort me fut avare :

Je n'ai rien que ma guitare, Avec quoi je vais chantant.

LA PRINCESSE ZOBÉIDE. IqS

— Sais-tu que les plus grands princes M'offrent aussi leurs provinces ?

— J'offre un luth, mon seul trésor.

— Le fils du roi de Golconde Meurt pour moi d'amour profonde.

— Je me meurs bien plus encor !

— Ma vie est toute joyeuse \ Je suis vive et radieuse , J'aime à déchirer un cœur.

Quand il me plaît de sourire, Le plus sage amant délire , Tant mon sourire est vainqueur; -

— Je suis timide et morose, Et ne sais pas autre chose Que me lamenter toujours.

Mais personne ne m'écoute :

C'est aux arbres de la route Que je conte mes amours.

— Et comment oses-tu croire, O pauvre chanteur sans gloire !

Que j'écoute un baladin?

Pour tenter cette merveille , Cherche une lampe pareille

A la lampe d'Aladin.

Page 1