LE JOUR DE SON XARIAGB
Les deux, rafraîchis par la pluie.
Après Torage sont plus clairs; Les champs, que le soleil essuie, Étalent des tapis plus verts; Tout dans la nature est en joie :
L^oiseau chante ; Tiris déploie Ses arcs de triomphe éclatants, Et le bruit des derniers tonnerres, De salves toutes débonnaires.
Semble saluer le beau temps.
l6 A s. A. R. LA PRINCESSE MARIE PIE.
C*est ainsi qu^après nos tempêtes Nos beaux jours paraissent plus doux.
Plus d^allégresse et plus de fêtes Accueillent les royaux époux; Nos canons qui, dans la bataille, Vomissent avec la mitraille L^eflBroi dans les rangs ennemis.
Aujourd'hui, tonnerres sans foudre, N*éyeillent au bruit de leur poudre Que récho des foyers amis.
Sur les Alpes, dans la campagne, Ce ne sont que joyeux concerts ; La mer les dit à la montagne, La montagne les dit aux mers.
Naples, Turin, Milan, Florence, Entonnent Phymne d^espérance ; Hier rivales, aujourd'hui sœurs.
Cités libres et florissantes.
Vous regrettez vos sœurs absentes.
Dont la voix manque dans vos chœurs !
Vous pleurez? Je comprends vos larmes, jeune fille 1 Vous pleurez le berceau, le palais, la famille, La patrie, où se sont parmi nous écoulés Ces jours insoucieux de votre chère enfance.
Où souriait la grâce, où chantait Tespérance, Jours heureux, trop vite envolés !
QuMls furent pleins pourtant! C'est dans ce court espace Que vous avez grandi toutes deux, face à face. Cette pauvre Italie et vous, comme deux sœurs; Car d^un père commun cherchant le doux empire. Princesse, dans ses bras quand vous alliez sourire. Elle allait y sécher ses pleurs I
Sous cet amour ardent, sur ces hauteurs sereines Écloses toutes deux, vous êtes déjà reines, Et TEurope vous ouvre et son cœur et ses bras. LUtalie aftanchie, et fone, et libre, et fière^ • Voit partout reconnaître et bénir sa bannière : On crie Hosanna sous vos pas I
l8 A s. A. R. LA PRINCESSE MARIE PIE.
Sans doute, comme nous, cette chère opprimée, Vous voudriez la voir tout à fait exhumée, Souriante, debout, et le front au soleil ; Mais ce qui reste d^elle encor dans Tautre monde Tressaille vivement sous la tombe profonde.
Saisi des frissons du réveil.
Ahl patience I patience!
Laissez déblayer les abords.
Nous allons avec confiance.
Dussions-nous aller chez les morts !
Vainement le sabre et la hache, Frappant et frappant sans relâche, Ont mis ce grand corps en lambeaux ; Vainement on a, sans mystère.
Chaque jour jeté de la terre Et piétiné sur ces tombeaux !
Vous avez vu comment la vie, La vie au souffle ardent et fort,
Sous cette morne léthargie, A soudain refoulé la mort !
Il n'a fallu rien qu'une étreinte, Rien qu^un mot : la parole sainte !
Et Lazare Tentend toujours.
Vois, dans ses veines desséchées Nos veines se sont épanchées...
Maintenant nous comptons les jours !
Ne désespérez point, princesse.
Car cette noble sœur, objet de notre amour.
Telle qu'il nous la faut^ vous la verrez un jour,
Nous vous en faisons la promesse.
D^ailleurs, n^allez-vous pas, vous aussi, comme nous. Demander votre part dans la tâche commune?
Qui sait ce que nous garde encore la fortune 1 N'aurons-nous pas besoin de vous?
Fille d'un noble sang, vous y songiez peut-être ! Chacun va s'employer à l'œuvre qui va naître. Lorsque, femmes, enfants, tous, nous travaillons tous, La jeune fille rêve, et, seule inoccupée, Pour combattre en son nom se choisit un époux.
Partez pour ce pays que l'oranger parfume
Et que baignent les flots de leur brillante écume,
Pour ce sol fécond en héros !
Là dorment tous ces preux, ces infants, ces grands maîtres, Aïeux de don Luiz, digne de tels ancêtres.
Que chantent les Romanceros.
Ils se réveilleront sans doute à votre approche,
Ces loyaux chevaliers sans peur et sans reproche ;
Ils se soulèveront d'un bras sur leur écu,
Et diront, en voyant vos grâces triomphantes.
Qu'ils n'avaient pas connu de si douces infantes.
Et que pour vous, Madame, ils auraient mieux vaincu.
L'époux qui vous attend peut marcher votre égal.
Vous vous nommez Savoie... Il s'appelle Bragance.
Votre nom à tous deux signifie Espérance,
Et l'avenir enfin sourit au Portugal.
Oui, Bragance ! oui, Savoie ! ancêtres qu'on renomme,
Vous tressaillez de joie en voyant s'allier
La fille du roi-gentilhomme
pt le jeune roi-chevalier!
Votre vaillant aïeul, ce soldat légendaire,
Ainsi qu^Adamastor, le fabuleux géant,
Est venu demander un jour à ceue terre
Un tombeau, sur les bords de Timmense Océan.
Les yeux encor tournés vers la patrie avare Qui le laissait mourir loin de son doux soleil, Il s'est endormi là de son dernier sommeil.
Le glorieux vaincu qu'a vu tomber Novare !
C'est pour payer le prix de Thospitalité Qu'aujourd'hui Tltalie au Portugal vous donne, Et votre époux est fier de poser sa couronne Sur un front rayonnant de grâce et de beauté.
Partez donc ! car, là-bas, c'est encor la patrie ! C'est la famille encor!... certe, et non moins chérie!, Quand votre oeil si profond, plongeant de toutes parts. De ce peuple empressé qui déjà vous acclame.
Qui de loin vous appelle, aura rencontré l'âme. Épanoui le cœur, et charmé les regards.
Partez! allez porter la lumière nouvelle Parmi ce peuple ardent qui s'éveille à son tour; Dites-lui qu'il soit prêt à tout si Dieu l'appelle. Et que l'œuvre divin ne tarde pas d'un jour !
L'Espagne (pauvre Espagne!) à ce contact de vie Va tressaillir! Peut-être il lui prendra l'envie De secouer un peu son étrange sommeil ; Son noble corps, brisé par la lutte et les chaînes^ A senti récemment que le sang, dans ses veines, Était chaud encore et vermeil.
Pour dissiper au loin cette atmosphère oisive Qui pèse sur l'esprit et fait l'âme captive.
Pour rendre ce grand peuple à son activité, Peut-être il suffirait du vent d'une bannière. Quand votre œil, en passant, jettera la lumière
Dans cette obscurité.
Alors sans doute, alors (ah! Dieu peut tant de choses!) Ces deux peuples, rivaux dès longtemps, et sans causes. Après s'être mieux vus, tout à coup s'étreignant, S'entre-demanderont quel esprit les divise.
Quand ils pourraient n'avoir qu'une même devise :
Bragance et Carignan !
En voyant votre œuvre accomplie :
Le Portugal et l'Italie Sous une égale et même loi, Vous aurez le droit d'être fière Devant l'Europe tout entière; Vous pourrez dire à votre père ; « Ta Fille est bien digne de toi ! »
L'avenir n'a pour vous que Joyeuse promesse ! Ne pleurez plus, jeune princesse, Vos larmes et votre tristesse Rendent trop cruels les adieux.
Autour de vous, quand tout soupire, On vous envie, on vous admire, Laissez-nous un dernier sourire De vos lèvres et de vos yeux !
Septembre 1862.