‹ Carabinades: couverture illustrée d'après une peinture de Leduc, avec préface et postface onChapitre 21 sur 47 · LA PETITE LISE · texte numérisé non relu

LA PETITE LISE

Ah! quel courage admirable elle montra alors, la petite Lise, prête à s'abandonner, sans un mot, sans une plainte, avec une soumission touchante qui tira les larmes des quelque bonnes voisines rassemblées autour d'elle. . .Comme elle trouvait les mots justes pour consoler et encourager sa pauvre vieille tante qui. elle, faisait vraiment pitié à voir.

Et je lis mander mes confrères, d'avance prévenus de la gravité du cas.

A leur arrivée elles s'en sauvèrent toutes, les bonnes voisines, entraînant aussi la. mère Tavernier tout à fait incapable de supporte]- la scène et se voilant déjà le* oreilles en pleurant comme si elle entendait les lamentations de douleur de son enfant d'adoption.

L'opération fut longue et compliquée, mais au moyen de ce merveilleux chloroforme, qui jette si bien sur toute douleur son leurre magique, nous travaillâmes «1 souhait, sans précipitation intempestive ou compromettante. Et quelle veine, quel succès admirable nous eûmes, sans le moindre ennui d'hémorrharne ou d'adhérences quelconques ! . . . Et puis quelle guérison rapide après, sans suppuration, sans nécessité de drainage, presque -ans fièvre, malgré les

LA PETITE LLSE S.'î

dates hostiles : ce vendredi et ce treize ; seulement un pansement simple, quelques lavages quotidiens au bk'hlorure. . .

Ca nie lit une réclame. . . Et au bout d'un mois. . . .au bout d'un mois, la cicatrice elle-même n'y paraissait plus. . . pas la moindre trace. . .

Comment? vous ne me croyez pas?

Mais quand je vous le dis.

Voyons, bon, ça n'a pas empêché Lise de trouver a se marier deux ans plus tard, eh! bien, demandez-le a >on mari, p'tit Louis Biseornet; je suis certain qu'il vous répétera sans peine, avec toute sa sincérité d'unie, comme il me répondait l'autre jour:

—Ma grand'eonscience, docteur, ça ne paraît pas du tout... du tout, et si Lise ne me l'avait pas tant de fois raconté... Je vous assure que si ça reprenait. . .

...Sacré! p'tit Louis! s'il savait que ça l'a reprise trois fois depuis. . . C'est vrai que ce* fois-là, c'était bien par sa faut*, par exemple.

L'Arbre de Noei de Pomponne

[ci\\ propos d'arbre de Xoël. je pose ce AA paradoxe-ci: Les vrais enîair. s lie sont pas eeux de ci ï i rj et dix ans. <•<■ sont, les enfants de trente et chnpiante ans. lu si l'habitude des être unes cessait, les plus punis seraient, encore les parents.

Véritablement, il y a plus de plaisir à eelt'* oeca-iou, plus de rêves puérils, ])!us de folle- envies dans le errur de> parents ou<- dans ceux 'les enfants. Kt combien je les piain- C.w tond (!'• mon âme. ceux opd n'ouï rien eonnu de cts joie> charmant e- : ceux dont le foyer, où aucun bas n'est suspendu, ne résonne pas de cri- et de rires, enfantins le matin du dour de l'.An.

N'oyez en efTet.

Pomponne avait commencé le quinze décembre ;ï o-r imper -uir un fauteuil pour v rayer, jour par jour. !«'-

86 l'arbre DE NOËL

chi lires îouges du calendrier; nia femme le» comptait depuis le douze, elle. Pomponne faisait des calculs et des suppositions interminables sur les étrennes nouvelles; nous en faisions de semblables depuis trois semaines, nous. Pomponne se demandait sans cesse comment s'y prendrait bien le père Nicholas pour pénétrer par la cheminée avec un arbre de Noël gros comme <;a, sans l'éveiller encore; ab !

pour sur qu'elle le guetterait si bien cette fois qu'elle le verrait; et moimême, j'étais plus inquiet qu'elle sur le moyen A. prendre pour introduire cet arbre de Noël et l'installer sans bruit dans la maison.

Mais enfin le vieux Nicholas avait si bien couvert de son aile de ouate ma Pomponne, ce soir la du 31 décembre, qu'elle ne bougea point, et l'entrée, — interrompue ft chaque pas dans la crainte d'une alerte, — d'un gigantesque sapin, tout vert et sentant la résine, se fit sans accident véritable.

Chacun respira alors plus à l'aise cette crainte traversée, car le plus grand danger était là dans les portes ouvertes et fermées, les chaises remuées, les allées et venues malgré nous retentissantes dans le calme de la nuit.

Puis toute la maisonnée procéda A l'installation symétrique des poupées

l'arbre DE NOËL 81

Monde*, des petits chariots rouges, des valises naines, a la suspension des chevaux mécaniques, des trompettes, des cornets de bonbons aux faveurs roses et bleues, des drapeaux.

... l'n vrai bazar.

• lai compris à ce moment qu'il «'•tait trop gros, cet arbie. . . avec trop de branches étendues en bras solliciteurs et qu'il fallait pour l'orner un lot de bibelots, de jouets, de bonbonnières A ne plus finir. Et je pensais:

le serai plus adroit Tan prochain, je le ferai choisir plus petit. Mais voilà.

Pomponne n'en a pas oublié les grandioses proportions: elle sait encore que la tête en était recourbée par le plafond, que les branches atteignaient tel endroit, là, marqué sur les Heurs du tapis et elle veut qu'il soit aussi beau l'an prochain et surtout aussi grand. Ah! ma Pomponne je ne suis pas plus bête que toi, va: je te préparc un boii tour: il sera aussi grand ton arbre. mai> je le fixerai dans i:u coin du boudoir, appuyé au mur : je me trouverai à h* simplifier ainsi de moitié.

Je donne ces détails car ils peuvent, être utiles à quelqu'un d'entre vou>, confrères. Retenez-c.-a. Je vous coin-

L AHIUŒ DE NOl.n

so

.-.cnient, chacun alla se coucher. Tout et ait prêt pour le père Nicolas.

li ne s'agissait plus (pie de s'éveiller avant Pomponne — c'est-à-dire (iiii'l()i;cs illimités avant six heures — pour faire l'illumination de l'arbre de X«a"l au moyen de- fameuses lanternes (pii nom, avaient donné tant de niai.

v e hit môme là une inquiétude nouvelle: il ne fallait, point manquer notre coup. Aussi un système d'alarme fui oi-jn'ani^é entre tout le personnel de la ma«>on pour être bien sûr de ne pas rater notre eiîet. Le- montres ei les horloges en parfait fonctionnement. . . la. veilb'i se en place ....

. . bonsoir.

aïio.;

de rêvai- à do< choses folle-, à de< -mmlet le-- «pli avaient des poupées -u-pendiie- ;!!> bout du ne/, à des chevaux de bois (pii traînaient de minu.-culc- voit ures d'ambulance dans le- rue- de mon village, à de mons- 1 ri: eu :-*•.-■• paires de forceps dont je ne pou\ai- jamais aju-ter les branches.

îp'and je fu* éveillé par un ali ! bouleversé de î.ia femme, (pii. penchée -ur un cadran, venait de constater à lumière de la veilleuse qu'il était

ia

•iv heure?

-Mon Dieu! six heures et Pom-

!"K> i/abbre de noet,

ponne qui va s'éveiller. . . et les lanternes. . . ob ! vite. . .

En un clin d'œil, malgré les cliquetis des ferblanteries oscillantes, l'illumination fut bientôt complète.

Puis en dessous, l'on se mit a épier Pomponne, guettant son réveil; ça ne devait pas tarder, jamais il ne dépassait six: heures.

Mais elle dormait la chère petite, donnait, dormait toujours. A la fin, <;a- devenait embêtant. Fallait-il l'éveiller?... fallait il éteindre les lanternes dont le< chandelles, si petites, ne pouvaient durer longtemps?

Ce fut un moment de pénible perplexité.

Moi-même je me sentais une torturante envie de dormir, et les paupières me tombaient tellement malgré moi (]\ie j'eus tort A coup un soupçon.

• l'attrape à mon tour le cadran...

Ciel ï . . . il marquait minuit et demi... Ma femme ayait tout simplement confondu les aiguilles.

• le repose mon paradoxe: A propos d'arbre de Noël, les vrais enfants, ce -ont ceux de trente et cinquante an«.

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