K>0<>OO<KK><KKKKK>OO<><>0<K
Un Chanceux
,u diable! si je puis me rappeler
P6 son nom, depuis une heure pleine que je me turlupine l'esprit en vain.
Mais sa figure et sa personne et son caractère et ses traita . . . j'ai ça photographié dans la tète.
Il était clerc notaire.
Sa chambre, dans le pensionnat de 1 TniversitO Laval A Québec, ouvrait «■air le palier du quatrième étage et il n'y avait pas dans tout l'établissement de meilleur poste pour lancer du haut de l'escalier en zigzag, les vieilles bottes, les bouteilles éventrées, les barreaux de chaises, et surveiller en même temps les démarches couleuvreuses du père Roussel, en bas.
(eux qui y ont passé ont connu c;a.
IV ce quatrième, d'on partait ordinairement le sabbat, j'en étais; car j'occupais une chambre voisine, a gau-
rht: de luuii éudiaui en notarial: Hector, maintenant médecin aux Kbitsl'nis, se prélassait dans celle de droite.
J'iacés comme nous étions, I'iniluenee de la topographie du local, les prêts de ii\r<-. les rencontres de ton.- l<-s jour- et par dessus unit le talent particulier (pie pox'daii ce damné lleci or de se î'auiiler dans l'intimité de ri'U\ ipi'il vmîaiî '"pomper" pour mieux en rire eimuite. noii> avaient atiiré ce panait a-pirant notaire.
Après lui;;, ccito liaison était qrei- (pie pmi intère-'-ét et non.- procurait
certains ;i\ ;i ntaims.
< v Uiai:d. ;nix heuie- de chômage.
mm- e-->mmeimion- le vacarme d'enfer du reniement de valides et de coueheti ' -- è Ira ver- !e-> corridors, nous ne p-mvion- iamaA mieuv déjouer la sur- •ii!!;uia' du vieux dnveterr. <ju\ n iea<» cachant 1-ru^ipienient dans la (humide de... ': voyons, encore son uom <pm je ne pui- dire.
Son hnii.ii a', ù'itè lipide nous servait de rem; ait. Le père Roussel aurait fouill'- pan ont. except- derrière sa ; nr' e.
Kt pourtant, il n'était pa> au»i partait «|ifon le prétendait, ce pauvre étudiant.
X'e-1 re pa-? je puis Lien le dire.
maintenant que c'est déjà loin, et que j'ai même oublié son nom.
Il avait un défaut: les femmes.
A son à «je et dans sa position?
Parfaitement!
(."(■ fut ménie le point de départ, de l'intimité <jui existait entre lui et Hector.
ibrtor dallait sa, manie, et après avoir provoqué .--es épanchements où il mettait son orur a nu, il accourait tout de suite, avec ce fou lire qui bu mettait deux honnes larmes aux veux, m'en conter tous les détails.
( '"était à crever.
Par quel effet physiologique reneontre-1-on si souvent de ces excentriques et de ces détraqués ?
Je ne nie l'explique point.
Toujours est-il que cet animal-là croyait sincèrement que toutes les belles de Québec- - depuis la petite confîm'U.m' du coin, jux'ii'à la prude et sévère demoiselle "Wattcrs— -toutes fai- >aiei?t une gymnastique funambulesque pour aller se pendre aux crocs de sa moustache. Et il discutait, commentait à son avantage le moindre incident.
Si une jeune fille était retenue à un coin de rue par un embarras de voitures, c'est qu'elle l'attendait: s'il la rencontrait deux fois dans "la Côte de
la Montagne ', c'est qu'elle courait après lui : s'il lui voyait entre les mains un coin de mouchoir quelconque, c'était clair, elle l'adorait et lui envoyait des baisers.
Tous les sourires et saints des femmes de Québec, il en avait le mono pôle.
Pourtant, il n'était pas Lovelacc parfait.
Non pas qu'il fut laid, mais il avait un air niais, une tête de couturier pour dames qui le rendait exécrable ft mes veux.
Cependant la population féminine de Québec ne fut pas absolument toute de mon avis.
Vous aile/ le voir.
Du haut de la " terrasse Dufl'erin ", - ce coin de ville le plus divinement enchanteur qui existe dans tout l'univers. — l'œil embrasse d'un seul coup l.évis. perché sur sa falaise, le grand fleuve, la rade, les lourds steamers-, et en dessous, la " Basse-Ville ". le quartier Champlain qui égrène ses piétons irlandais, affairés et bavards.
L'on ne peut que difficilement s'arracher A. ce tableau.
Aussi, la cigarette aux lèvres, ac-
coudas à la balustrade, l'œil sans cesse «'veillé, nous étions là des heures à analyser celte physionomie générale (jiii se traduisait en mouvements de bateaux, grincements de poulies et de vergues, roulements de tombereaux, cris de gamins jouant dans les cours, dont les hauts mûrs de la citadelle nous renvoyaient les échos.
Comme excellent point d'observation nous avions adopté le quatrième pavillon,- justement celui surplombant le quartier de rocher qui produisit la terrible catastrophe d'il y a quelques années.
Ce ne fut. pas un simple hasard qui nous attira à ce poste. Non. il faut l'avouer.
• l'avais d'abord remarqué, et Hector ensuite, qu'à une certaine fenêtre iioih voyions de temps à autre poindre, avec un petit regard diablotin (pli se perdait dans notre direction, le minois d'Irlandaise le plus foliehonne- 1 nent taillé qui se puisse voir.
Cheveux un peu roux, peut-être
mais quand la persienne s'ouvrait,et elle ^'ouvrait toujours, dés que lions »'t ion-- à notre observatoire. poussée par un petit bras rose qui so profilait sur le mur rouge des briques.
«•'était plue fort que nous, nous étions cloués.
l.'.N CIIANCLIX
Si bien, qu'un jour, si je iu> embêté pour iiu/ii i-xaiiH'!] d'histologie- peutêtre ij ut* le docteur 'Jurent s'en .-ou vient -ce lut entière. i.ent dû à ce petit vilain bras rose.
\"ous pouvez bien imaginer que ce;te admiration platonique m- p»>u\ait pas di.ivr longtemps. Au--i. au boni de quelques jours noir- axions organisé un pro e.'dé partait de t .'-h'^i'ii ph:e au moyen de cailloux plats «-tir lesquels non- ^raviolis no.- madrigaux enflammé-, et que noih lancions ensuite sou- la fenêtre de noire belle Irlandaise.
< a de-eendait bien. mai> ça ne moulait pa- : et notre eorrespuiidanee et ai; i ou jours: posle-rc-i ;;i:te. |] ne pouvait d'ailleurs en et re ai't remen' .
('oinment voulez- vous qu'une jeune fille, -i mordue qu'elle .-oit, aille se met 1 ie en. t'-te de guerroyer ainsi, ave.deux ea.iabin- im-onni.-. du quartier ( hamplaii: à la Terras-e?
lne< ni;ï - '.' . . .je pense 1 ien. car nonne donni«ai- pa- n< -; nom-, allez!
Il pnu\a!t y avoir un vieux ro^re d- b.»n!i( m.ae de père qui aurait pu non- j.fiier un mauvais tour auprès du diieeteur du la-r.-ionnat :... il pouvait même y avoir un mari qui
sait?... on a déjà vu des choses pli:bêtes que ça. .\h! les Ouél<ecquoi-e<.
■ et les eonnait . .
l'N (IIA.X< Ll'X
Tout de môme, nous désirions aller au delà. c-"*'-1 a il bien simple; Hector voulait absolument avoir une intrigue, une petite aventure, là, toute petite.
Nous devenions ridicules eniin avec; no-, pierres *' lithoyraphiées " . . . suis réponses. . . Kilo se moque peut-être de nous, me répétait-il sans cesse.
L" lendemain d'une diseu->ion à ce mi jet. j'entre» dans sa chambre:
• l'ai une idée. . .
I lie 1)1111111' ': . . .
de ic crois.
— Kxhibe la.
Xniis allons écrire tout simplement au *' pet il bras rose ".
-Kilo ne répondra pas Je
-uppo<e (pie tu n'a> pas envie de si- •.mer t on nom ? . . .
■Non.
■-Kh! bien'." A qui veUX-tu qu'elle s"adres>o?
de clignai de l'o-i! et continuai:
î.-i e<« (pie i;ou< n'avons ]>as un voi-
-ill . . . qlli . . .
( e l'ut un éclair.
Topo-là. me dit Hector.
Iv„ eu deux tours de plume, nous écrivîmo- quelque chose de.... oh !
pa — ionnément amoureux, et l'on si- ;.'!i:i bra voment :
.rpan-.Tîicquos Hérubé.
T niv'-rs'né Laval.
98 u\ CHAXCErx
Mais, oui, c'est <;a ; enfin, jo le t\cn< ce maudit nom: liérubé. En voilà une difficulté!
Deux: minutes après, la lettre, lestée d'une pierre détachée de la citadelle, dégringolait aux pieds de notre tœlle Irlandaise.
Puis, aussi discrets que nos cadavres de dissection, nous attendîmes le résultat.
De mon temps, le père Roussel di.itribuait les lettres et journaux, de >a porte de chambre entrouverte, après le dîner.
Ton* les étudiants stationnaient IA.
jusqu'à ce qu'il eut fini d'appeler nos noms.
Vraisemblablement, chacun pensait à. sa correspondance dans ces moments-là : pour Hector et moi, c'était celle de Bérubé qui nous intéressait.
A chaque lettre qui lui arrivait, le eieur nous battait.
Et, si Bérubé montait à sa chambre.
Ifoctor le suivait, cheivhant à savoir.
Diable! de Bérubé, lui disait-il. en lui la néant des coups de coudes dans le ventre. — Encore des lettres de filles, hein? Veinard, va!
Un bon jour, mes amis, ce fut vrai pourtant qu'il reçut une lettre de fille, ce bon Bérubé.
Xotre petite Irlandaise, au bras rose, avait répondu.
J'oublierai tout dan* les jours reculés, alors que la vieillesse nous tarit l'esprit et la mémoire, mais je n'oublierai jamais ce soir-là, — le gaz fumait et les pensionnaires du second menaient le diable, — où je vis entrer Hector, non pas riant, non pas blagueur, mais sévère et bouleversé.
— Mais qu'as-tu? lui dis-je.
-Mon cher, elle s'appelle : Lucy Larkin, et elle a répondu à ce maudit fou de Bérubé qui s'imagine comme toujours qu'il l'a ensorcelée.
---Vrai? laisse-le donc; qu'est-ce que ça fait qu'il s'imagine. . .
-Tu es drôle, toi. Tu vas permettre A ce triple imbécile de poser en Don Juan à nos dépens. Allons, estce Bérubé quelle aime?
— Certainement non. repris- je.
-Eh ! bien, sais-tu — et Hector se faisait sentimental — que c'est mal ce que nous avons fait là? Voyons, dis franchement, est-ce qi:e tu ne l'aimes pas un peu cette petite Irlandaise?
-Elle m'intéresse vivement, vrai.
pas plus.
-*• Elle t'intéresse "... moi, veuxtu que je te le dise? — je l'aime comme un fou. Pourquoi avoir fourré cet in nocent de Bérubé dans nos affaires?
IN CIIAM.'KIW
... .et puis, suis-tu qu'il est assez bête pour lui écrire?... ah! pour ça. par exemple, je crois 4110 je l'assommerais ...je .-a:is jaloux, je le sens bien....
mémo, je >uis content que tu ne l'aim< » pa-. car s'il en était autrement, nous ne serions plus amis.
• le le lai--ai là, sans répliquer, >ongeiir. le coude sur le genou.
d'étui- îéwur moi-ménie. en face de <•<• dénouement inattendu.
A la lin. Hector reprit:
-('onnai — tu la date précise de la -ortie de> étudiants"."
("est pour dans un moi-, le 2:> juin.
-Tu e?, certain?
Absolument.
— -C'e-t (pie je vion- de penser à quelque cho-e. voi<-tu. N'otre petite Irlandaise dit dans -a lettre " qu'elle part demain pour un voyage d'un moi-;, en compagnie de -on père," de sorte que P>érubé, qui st;i reçu notaire d'ici à ce temp--là. ne pourra pas faire de bêtise et qu'il fichera pont -être, -on camp avant qu'elle ne revienne. Tu comprend-;?
— Comme ça. tu n'a- rien à craindre.
Tu ne va- pa- croire, je -uppo-e.
que je sui< inloux d^ ce hutor-lA ? . . .
VS CIIAXCKUX KM
Non, mais c'est de penser qu'elle lui a ('cri t. . .
— De sorte, que tu comptes recommencer ta " télégraphie "' après les vacances.
— ( Vilainement.
Le vapeur "' Québec " venait de me déposer en octobre, pour la rentrée des coins, au quai de la compagnie Richelieu, quand je tombai entre les bras de ce pauvre Hector, qui arrivé la veille, venait me recevoir, gai et rayonnant.
Et me tapant sur l'épaule, avant que j'aie pu ajouter un mot, il s'éclata de rire, de son rire ouvert et franc d'autrefois; puis, scandant chaque mot:
— •Kilo... est... mariée... avec...
cet... animal... de... Bérubé.
Pardine! je le savais; j'ai encore leurs cartes de faire-part dans ma poche.
-Rien n'empêche, reprit -il toujours riant, que Bérubé est plus chanceux qu'on ne le croyait.
—Oui, sans doute, mais c'est grâce a nous, s'il y a maintenant dans un coin de la province un Bérubé qui
puisât par du vu ut milaii't-. tari-îtti joli polit brus- n>-i' fl cniSirafscr. .
— Cliut!... si ÊP pf'ic Roussel i euti'iidsit.
H H S H » «!«'£:«•■■« » «.».:» 'JB »■'«!« *j«.'«.^fe»-
Les Cfyers Confrères
kxatt)! va s- tu entendre la Cal-
vé ce soir dans Faust?...
-Oui: je viens justement d'acheter mes billets d'entrée. J'v vais avec notre confrère Lesta n<*.
— Et avec; qui reviens-tu?
— Avec qui?... Mais avec lui.
— Allons, tu sais Mon qu'il va encore se faire mander par sa femme, vers le dernier entr'acte, pour quelque cas très presse... ("a produit un si joli effet sur les habitués qui entendent le «jarron du téléphone l'appeler à haute voix de la porte du foyer. . . .
I.estanir s'épargne ainsi le coût d'annoncer dans les journaux.
...De t'ait. Renaud yfsi revenu seul après la. représentation.
- Sur la. rue.
.es docteurs A. . . et L. . . s'en vont
104 LES ( HLRS ( CXNFKÈRE.S
à. l'hôpital pour leurs cliniques respectives. Ils rencontrent leur confrère P....
Dr A. — Tiens, comment ça va ....
bonjour. . . où cours-tu, si pressé?
Dr P. — A mon bureau, diable . . . je suis en retard.
Dr L. — Dis-donc... et ton pauvre M. Barbeau?. . .
Dr P. — M. Barbeau... le ministre?
...Il va mieux... mieux.... Vous avez vu les journaux. . . le dernier bulletin est très encourageant.
Dr A. — Tu Tas enlevé a cet imposteur de M. . . tant mieux: sais-tu que cette guérison subite et inespérée de Thon. Barbeau te fait une réclame?....
Le Dr P. .. éclatant de rire.
— Non, il ne faut pas vous blaguer; je veux vous parler franchement.
C"est encore M... qui le traite, mais tout le monde croit que je l'ai maintenant sous mes soins et je laisse dire tout simplement. Ca lui apprendra A ce maudit charlatan. . .
Dr A. — Mais d'où sort ce canard?....
Dr P. — Oh! je lui ai bien un peu fait pousser les ailes... Vous ai-je déjà raconté le tour que notre rusé confrère m'a joué auprès de la famille Recours?... Non. vraiment?... Voici.....
Le vieux monsieur Lecours souffrait de congestion pulmonaire, vous pavez
... un bon jour, sa femme me propose une consultation avec M... j'accepte tout de suite: ça m'était bien égal, il n'y avait ni deux diagnostics ni deux formes de traitement au sujet de sa maladie. Or voilà mon M... qui arrive, aborde mon malade, le tate, l'ausculte, le sent, le renifle, et au bout d'un moment, il m'interpelle: Y a-t-il de l'acétone dans ses urines ? Avezvous examiné?
De l'acétone. . . de l'acétone. . . diable!. . .je savais que ça se rencontrait, j'hésite: Non, je n'ai pas examiné.
Mais lui, fouillant tout de suite dedans et dessous les meubles et. dardant, comme une lentille de micros tope, un œil connaisseur dans le vase de nuit: Sapristi! oui il y en a. . . de l'acétone, de l'acétone vraie.
•je restai embêté, humilié devant la famille qui. elle, était éblouie. Je n'avais pas vu d'acétone, tandis que lui, à trois pieds, en clignant simplement l'oeil . . .
Ce ne fut qu'une fois retourné chez moi. en consultant mes livres, que je découvris combien je m'en étais moimême laissé effrontément imposer par son ton convaincu et connaisseur, mais le coup était porté et la confiance de la famille Lecours passablement émoussée à mon égard... Vous pou-
100 LES UHEBS CO.NFKÈIŒS
vez juger si je me rongeais les poings.
. . . Ali ! le pistolet : . . .
Dr L. — Mais Barbeau?...
Dr 1\ — Bien oui... Je cherchais en moi-môme l'occasion d'avoir mon tour.
Or je traite justement Mme Faribault.
une ancienne patiente qui demeure sur l'autre côté de la rue Saint-Hubert, à une dizaine de portes plus haut que chez l'hon. Barbeau. Alors quand je vis par les journaux que celui--! prenait un mieux sensible, je donnai ordre à mon cocher, à chaque visite que je faisais chez Mme Faribault.
d'aller nf attendre en face de la maison de l'hon. Barbeau... Vous comprenez: tout le monde en voyant ma voiture stationner devant chez lui s'est imaginé qu'il est maintenant sous mes soins et je retire tout le bénéfice de sa guérison. M... enrage, niais que voulez-vous qu'il fasse: la rue est au public.
Ce n'est pas joli ce que j'ai fait là, je le sais, mais le sacré gueux, je savais bien que je le rejoindrais...
Déjà onze heures, et mon bureau...
Bonjour.
Le pharmacien Morin. de Québec, possède, sous le numéro 1^41. la prescription suivante:
Graines de citrouilles. 16 onces.
Graines de lin 8 onces.
Feuilles de Belladonne. 1 drachme
Huile de castor 2 onces.
Mêlasse 16 onces.
" Faites macérer le tout et appliquez chaud sur le nombril pendant 24 heures. Ensuite lavez et mettez un emplâtre de gomme de sapin."
Dr Courteanche.
Faubourg Saint-Sauveur.
Si jamais vous passez vers sept heures du matin sur la rue Augusta, A Sorel, vous verrez, aux environs du Xo. 174, Gugusse, le garçon A tout faire du Dr Latour, en train de transporter dans la maison de son maître le bine de glace que le débitant lance avec fracas A la porte, quatre fois par semaine.
Examinez bien alors le nouveau genre de pince qu'il emploie.
. . .Ah! Gugusse s'était d'abord fort lamenté pendant plusieurs semaines, obligé qu'il était de saisir A mains imo« ces morceaux de glace qui lui ridaient les paumes et les cou t liraient de
crevasses: ''►Si j'avais au moins une pince exprès, comme les autres abonnés •", soupirait-il.
La cuisinière qui Tavait entendu avait redit la chose il Mme Latour:
C'est vrai, s'il avait une pince exprès.
Mme Latour l'avait répété à son mari: Tu devrais lui acheter une pince a la fin.
Alors le docteur avait été ébloui par une idée subite qui ne détruisait pas ses principes d'économie et il courut déterrer dans un recoin de sa pharmacie une ancienne paire de forceps Pajot qu'il conservait inutilement depuis des années, et il la remit à Guijusse. . . Celui-ci en raffole: il veut absolument la faire '" patenter ". la trouvant supérieure A toutes les autres.
Si jamais vous passez sur la rue Auofusta. faites-la vous donc montrer.
Le docteur Richard, de Québec, est un fameux homme comme vous le savez. A côté de l'amour qu'il porte a ses malades, il entretient une tendre sympathie pour la politique et une légère faiblesse pour le grin; ce qui excite parfois son tempérament déjà un peu vif et bouillant.
L'autre jour, la population de Saint- Roch voulut préparer une réception officielle a Thon. M. Laurier, à l'occasion de sa visite, et le docteur Richard fut désigné pour lire l'adresse d'usage.
L'assemblée, déjà en retard, débuta par des présentations, des serrements de mains interminables, des allocutions diverses par les présidents, viceprésidents de clubs; puis ensuite ce furent des discours d'ouverture filandreux, des discours incessants, des discours sans fin.
Il était près de onze heures quand on vint prier le Dr Richard de lire enfin son adresse. Celui-ci avait déjA, maussade et impatienté, endossé son paletot pour réintégrer tout droit son domicile.
Comme le président de l'assemblée continuait néanmoins a annoncer du haut de l'estrade que le Dr Richard allait faire la lecture de l'adresse n l'honorable M. Laurier et réclamait le >ilenee. notre confrère s'avança, fit un grand salut:
— Mon adresse, messieurs, — c'est 172 rue Sainte-Foye. Bonsoir.
Puis il mit son chapeau et s'éloigna majestueusement, sans plus de façon.
Le confrère Freppel n'est pas un savant ordinaire.
11 ne rédige ses prescriptions que d'après la pharmacopée française, ne dose ses médicaments que par milligramme-, décigrammes, ne cite que les cas de l'hôpital St-Louis, Necker. Il connaît la formule chimique des sérums les plus magiques et les plus nouveaux: il bariole son langage d'une série de mots " microbiens." retenus sans doute de ses trois semaines de séjour à Paris, lors de l'exposition de
Ne s'e*t-il pas l'autre jour avisé de se vanter d'analvser constamment les urines par le procédé de la polarisation! Ordinairement il ne lance ces mots à effet que devant ses malades:
mais cette fois il s'était oublié devant deux de ses confrères: Fun professeur au Laval, l'autre au MeGill.
— Oui. il venait d'analyser de l'urine de diabétique d'après ce procédé favori . . . c'était d'une précision, d'une exactitude. . . cette polarisation.
— Et quel angle as-tu constaté? demanda le professeur du Laval.
— Quel angle?. . .
-Oui. quel angle as-tu obtenu?...
l.KH l.'HEKS t/ONFKÈJlKS 1]1
— Ah! oui... bien... 45° réponditil impertubablement, au hasard.
— 4ô°. . . juste: . . .
— ■ Juste.
---Dis-donc. Freppel. ta patiente est une vraie canne à sucre, sais-tu?...
reprit le professeur du Laval.
Mais le docteur Smith du MeGill— ces anglais traînent continuellement a \ ■("» eux leurs instincts mercantiles.— le docteur Smith s'empressa de continuer:
— Ecoute donc. Freppel. n'en parle pas par exemple, mais si tu veux, nous allons former une société» en commandiie pour exploiter sur une grande, échelle le "pouvoir'" de ta cliente?
Vous mettrons son urine en tonneaux et nous ht vendrons pour de la mêlasse. . . Si tu préfères <jue. . .
Mais ici les deux professeurs, pri> malgré eux d'un rire inextinguible, ^'échappèrent à la hâte.
. . . Freppel s'est aperçu que ça n a- \ ait pas pris.