‹ Carabinades: couverture illustrée d'après une peinture de Leduc, avec préface et postface onChapitre 25 sur 47 · EN ROUTE · texte numérisé non relu

EN ROUTE

daigneux. La langue tirée, il file en avant dans l'ornière polie, au petit galop.

Un grand chariot, lourdement chargé de foin frais coupé, s'en va devant moi. Les essieux craquent, les ridelles oscillent et se disloquent... cric...

crac. . . â chaque inégalité du chemin.

Carillon se plonge les naseaux a travers les barreaux et en arrache le mil odorant à pleine bouche.

Ca embaume, c'est vrai, mais filons, car je crains que tout ne croule au milieu de la route.

Il fait beau, il fait chaud.

Il me vient des songeries inexplicables, interminables, et je rêve :

Cette pauvre vieille Letourneau . . . la lièvre «1 cent trois, hier. . . pas mal de congestion . . . soixante-et-huit ans ...un peu do délire... j'ai bien peur que tout ça ne tourne mal; j'essaierai les ventouses. . . les ven. . . En arrière, loin, les ridelles font sourdement cric-crae.

. . . Dans une reculée lointaine, j'entrevois A travers les arbres la longue enfilade des ornières parallèles et luisantes du chemin.

Plus loin, i\ gauche, deux hommes, bretelles et chapeaux bas, la chemise toute trempée et bariolée par la

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sueur, aiguisent leurs faux dans l'ombre courte d'un hangar.

A droite, des petits gamins, la mine moqueuse, grimpés dans les branches, pourchassent les cerises du bonhomme La vigueur sous prétexte d'attraper \v\ chat égaré. . . Plus loin encore, de* bestiaux blancs et roux agitent leurs longues queues en ruminant, le poitrail appuyé paresseusement sur la clôture.

Ailleurs, perdus sur les coteaux, sous les pommiers des vergers, iei et la, des travailleurs fauchent eu peignant han. . . han. . . des petites tillecueillent des framboises, des pouh-> picorent dans les blés, sous les bnie-.

autour des perrons, partout.

Je croise un bicycliste qui péd;i!e à toute vitesse. Il est bien chanceux, lui.

de descendre, me hennit Carillon ci sYbvouant.

11 fait beau et les cigales chantent, chantent. . . .

Je songe encore; je monologue en moi-même, l'esprit distrait, perdu, envolé au trot monotone de mon cheval. Je roule des plans de livre où je voudrais bien y mettre une phthisique comme héroïne, mais pas une phthisique comme les autres, ou encore introduire, bâtir un type de mon pays.

une espèce de Tartnrin: ou peut-être

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