‹ Carabinades: couverture illustrée d'après une peinture de Leduc, avec préface et postface onChapitre 37 sur 47 · LOULOU · texte numérisé non relu

LOULOU

Puis y revenant tout de suite à cette conversation, elle reprit avec un air de candeur qui la transformait:

— M'en aller d'ici, dis-tu?... pour

redevenir honnête, n'est-ce pas ?

va, j'y ai souvent pensé. . . mais il y a de ces hontes que, nous autres femmes, nous ne saurions jamais plus effacer de notre vie et que nous n'avons point le droit de transmettre ni à un mari, ni surtout à un enfant. . . Non, toi qui me parles d'une manière si singulière, dis-moi plutôt autre chose. . .

n«î réveille pas ces remords. . . .

. . . Un bruit de danse, de refrains folâtres, arrivait d'à côté. C'étaient les étudiants qui continuaient leur noce, en compagnie.

— Mais tu ne songes donc point a t'amuser, toi, comme tes amis?. . .

— C'est vrai, répondit Robert

allons les rejoindre... viens-tu?

Tl s'était levé, cherchant à l'entraîner avec lui, mais elle ne voulait pas, désirant le garder a son côté, pour elle seulement. C'était si bon de l'entendre parler.

Alors il se rassit machinalement, comme pour lui obéir, sans savoir.

— Comment t'appelles-tu ?

Elle hésita d'abord, gênée, troublée tout a fait de révéler son nom de bataille dont la mention seule allait

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déjà lui rappeler son état d'abjection et la rejeter si loin de son rêve délicieux; niais a la fin tristement:

- Loulou, dit-elle.

- Loulou Y. . . Loulou V. . . Et Robert* resta subitement muet et songeur, le regard perdu, l'air absent...

Comme il se levait maintenant, sans rien dire, elle reprenait:

-Pourquoi que ea vous fâche?...

Non, je ne veux pas vous voir partir taché. . . insistait-elle en s'attachant à lui.

Mais lui ne voulait pas se rasseoir.

11 se dégageait doucement des mains qui le retenaient et il se glissait rapidement au dehors, en se cachant de -es amis. . .

. .. lâcher Ah! non, mais ce nom <U« Loulou, redit dans ce lieu souillé, impur, il s'était habitué a le murmurer â une blonde enfant qu'il avait remontrée â la vacance passée, et avec laquelle il avait parcouru les prairies de foin et de marguerites de son pays.

Depuis lors ce nom avait continué de bruire en caresse dans ses rêves d'étudiant ; il l'écrivait partout, fl coups «le crayons hfttifs ou en grosse*

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uni.oi

lettres bizarres, A travers les marges blanches de ses cahiers de notes; il le murmurait dôvotoment, comme une «'vocation il une sainte. . . puis tout à coup, san- tran>ition, de l'entendre dans ce bou«re. . .

Kl tristement il s'en était allC, *eul.

l'âme désenchantée, seul dans les rue> désertes.

Vengeance de Carabin

>r.\Nn Paul Leroux, tout haletant do la mon tôt? des quatre escaliers du pensionnat de l'Université, enfila, en coup de vent dans ma chambre, je eompris tout de suite qu'il y avait quelque chose qui n'allait point.

l.einx «Mail excité, surexeité même.

Ou*as-tu donc, mon «jargon, lui .IN- je calmement ?

11 fit claquer ma porte avec un bruit ipii lit osciller sur mon bureau mon vieux crâne de négresse sur ses apopliv-e-;. se croisa les bras, puis se campa.

Ce que j'ai?... je suis horripilé \ lions, suis-je saoul ?. . . . dis.

voyons. e>t-ce que Paul Leroux est -aoul ? . . examine bien, questionne, -ens. renifle. c"est important...

Kvidemmcnt non. il n'était pa* •inouï, mais il était fortement éehauf-

lé, tsurexeité par deux ou trois verre© de " hot gin " et l'apostrophe sanglante surtout qu'il venait de recevoir du père Russell

Voila. Ce soir-là, Paul s'était astiqué, pomponné, parfumé, pommadé, adonisé comme pour une revue; de fait, il désirait, vers les huit heures, faire passer en revue sous les yeux langoureux d'une payse qui lui tenait spécialement au cœur, les différents charmes de v sa personne. Mais, voyez comme c'est bête la vie de carabin dans un pensionnat, il est impossible de sortir sans permission.

Tentons donc d'obtenir la permission, s'était dit Leroux, et il dégringola l'escalier retentissant, retentissant surtout a cause «le ses bottes neuves qui faisaient un bruit du diable dans la sonorité des corridors. Et, anéanti devant notre vieux directeur, suppliant, il fit sa demande.

Mais vovez comme c'eft bête aussi l'odeur du gin, — car Leroux ne s'était pas suffisamment parfumé, — et le père Russell qui possédait l'étonnante spécialité de renifler les odeurs alcooliques d'un étage A l'autre, probablement au moven des 1 uvaux de conduite de l'eau chaude, dévisageant de sa lippe dédaigneuse mon pauvre Paul, ajouta brutalement.

— Allons, mon petit ami,. . .grrr. . .

j'ai plutôt Fenvie de vous donner votre billet de sortie pour le reste de l'année. . . grrrrr. . . vous êtes saoul....

grrrrrrrr montez à votre chambre . . .

Cette apostrophe violente donna " une erre d'allée " dans la direction du quatrième étage, à Leroux qui refit l'escalier en lacet, à rebours cette fois.

Ce fut alors qu'il arriva chez moi dans l'état d'esprit que j'ai décrit au début, battant les portes, piétinant nerveusement, arrachant le faux-col raide et luisant qui lui retenait à la gorge les mots prêts à accabler le père Russell.

Mais ce qui l'aigrissait par-dessus tout, c'était l'idée de sa blonde qui l'attendait. . .elle-même pimpante, saturée de patchouli, le nez collé aux vitres, reluquant si son petit Paul ne venait point.

Au lieu de ça, hein, de pouvoir saluer de loin, du coin de la rue du Palais, sa payse énamourée, quel renversement !

Il faut avoir passé par la pour bien s'imaginer ce qu'un tel embêtement peut engendrer de projets de vengeance diabolique sous la calotte crânienne d'un carabin qui a déjà deux verres de *' hot gin " dans l'estomac.

Dans ces occasions-là, on devient anarchiste, visigoth. vandale, carnivore.

anthropophage, chacal, pieuvre. . .que sais- je encore.

. . . VA sa blonde qui l'attendait . . .

non. non, n'essayez pas de vous représenter la scène, c'est inutile, vous resteriez en dessous... "l'œil de l'homme n'a point vu"... le mien, excepté.

Finalement Paul Leroux se monologua un : — A nous deux, — puis, le poing brandi en menaces, il ajouta :

11 me le paiera.

De tous les damnés gaillards qui sont allés A l'Université apprendre la manière scientifique de tuer leurs semblables. Leroux en a été certainement le plus accompli.

(V garçon-lA avait littéralement le diable au corps. Kohème autant que bàniboeheur, prêt a tout faire, même le bien, il avait le secret des tours les plus inimaginables, les plus inouïs.

Le plus drôle c'est qu'A travers l'effarement général produit par ses terribles fumisteries qui nous attiraient toujours l'arrivée en tempête du père Russell, on voyait infailliblement surgir a sa rencontre mon Leroux qui

gracieusement s'informait : — monsieur cherche quelqu'un Y. . . A tout coup, il ({•''tournait ainsi le bonhomme.

Ah! si le* vieux murs du pensionnat.

pouvaient raconter les tours pendal)!es dont ils ont été les témoins pendant h'- quatre année* d'étude de l'aul. tviMiiii' ies étudiant* aetuels s'amu-fraicnt encore.

Au— i. quand il se faisait un coup un peu raid; 1 quelque part, nous étions lixé.s. . . il n'y avait pas deux opinions à ce <ujet.

l t >uand Rigaud, un lendemain de Pâques, trouva sa chambre remplie, à n'en pouvoir pousser la porte, des deux cent cinquante petits banes de la "tabagie'', il n'y eut qu'une exclamât ion : c'e>1 Leroux . . .

De même que quand Leinay trouva.

un bon jour, la sienne totalement vide dr -><>n contenu,- --eomprenant. lit, armoiiv, bibliothèque, livres, habits, chaises, oie. transporté par enchantement, a deux étages plus bas. dans celle de Pelletier dont l'ameublement a *on tour gisait pêle-mêle au beau milieu du grand salon de l'Université, oïl les articles de faïence juchés sur le piano produisaient un effet. . . oh!. . .

ce fui encore le même cri: c'est Le

Il me faudrait cent pages de *'(•*-

1(36 VEXGEANCE DE CARABIN

rabinades " rien que pour conter la dixième partie des terribles farces de ce boute-en-train fabuleux qui pendant toute sa vie d'étudiant utilisa la moitié de ses journées à combiner ses vilains coups.

I)e sorte que le lendemain de la rebuffade reçue du père Russell, quand en descendant au réfectoire, Leroux, me poussant du coude, me répéta avec un coin de lèvres sarcastique: — " Ali ! il a dit que j'étais saoul ... il va me le payer." Je n'eus que l'idée de penser: Allons, que va-t-il bien inventer?

Mais bientôt le dîner commença, accompagné au début des grands signes de croix résignés du père Russell, et mes pensées prirent une autre direction, déroutées par le cliquetis des couteaux, les boutades de. mes voisins, les apostrophes aux " garçons " et le tintamarre obligé de tout bon dîner d'étudiants qui sentent l'intervalle d'un mois complot de sérénité et d'insouciance avant leurs examens.

Les pâtés de veau de la vieille cuisinière Sophie avaient un succès colossal, mais le père Russell, qui avait simplement bu son café, n'en mangeait pas ; les petites côtelettes de mouton étaient meilleures que jamais, pourtant !«• père Russell n'en porta

VKMiKASCF. DE CAKAMN 16"

ijii'uiH' bouchée à ses livres et dédai- ^neuM-ment encore : les larges puddings aux fruits étaient excellents, ï!iais le père Ru>sell en paraissait tout à fait dégoûté.

Phi-- que ça, on le vit bientôt ballots par les éructations et les borborygme-: 1»^ nausées lui mirent des sueurs Mir toute la ligure et tout a eoup, abandonnant subitement son sié^e. il lit cinq pas et là. crac, avant d'avoir j)ii (piitter la salle, ses vomissements éclatèrent par jets répétés.

Ju^ez de letVarement. Un chuchot tentent unique circula a travers les rire-; réprimés, les airs entendus:

Il est saoul ... il est saoul . . .

t "e-d vrai, lan<:a Leroux, sur un ton un peu plus élevé: — Ca puait le -in jusuu'ici. 11 n'en fallut pas plus pour (pie ehaeun se sentît envahi par .e malaise inconscient, cette pêne embêtante (pli atteint les témoins involontaires de pareilles scènes et qui les rend comme complices. Seul. Leroux jubilait .

Va dan- le corridor, une fois remonté, comme il m'abordait avec un clignement. d'odl particulier. . .

Tomment. malheureux, serait-ce

toi-

IliS \ i:\UE\2iCK I>E C AU A III K

— Il ne nie le dira pi ils, va, que j'étais saoul ....

-Mais que lui as-tu donc donné?

— -Oh ! simplement deux grains de tarte émétique. . . comme ça, psssst, dans sa tasse de café, en passant, et il nie mima le geste...

- -Tu dirais qu'il sentait le gin . . .

i."*t-e« vrai?

Leroux se contint pour ne pas éclater de rire, puis sans répondre, il entra gaiement dans la salle de billard faire sa partie habituelle : il sifflotait triomphalement. . .

Il ïi ïî ït « « : K!K'Jî r « i a.H'H''«'«'K ! «-iM:;« ; .!K l .K , !«^.;a

Pauvre dalap

... <-t ce fîmix coinpnj<noJi h*.., l'.f- .,. fri (. .| ;iîtj( ^uor,> plus que mon ombr*>.

L? Natif rai*. F. CoppÉr.

Te riez pas, si je vous dis que j'ai l" failli pleurer.

Ne riez pas!

.F** m'adresse à ceux qui n'ont pas encore passé par là, à ceux qui comme moi auraient auparavant écouté indifféremment ce que je vais leur raconter.

Ceux qui ont connu ea. eux. je le -ais. ne riront pas.

Il ^'établit quelquefois de l'homme à la bêle, un si fort lien d'attachement et de >ympathie qu'il faut avoir le euMir -olidement afrrafé en place pour ne pn- le sentir parfois pambiller.

• F "ai tâté de ^a. hier.

Mon pauvre petit Jalap s'est fait écraser, broyer, par l'express : «t

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