‹ Carabinades: couverture illustrée d'après une peinture de Leduc, avec préface et postface onChapitre 44 sur 47 · MÉDECINE AU XXC SIÈCLE · texte numérisé non relu

MÉDECINE AU XXC SIÈCLE

vagé par d'autres " calculs ", car dans votre poche d'habit je n'y vois que des comptes, des demandes d'argent, des menaces de poursuite...

Le patient, tout surpris. — Oui, c'est vrai, c'est vrai... J'étais pourtant déjà assez malade sans ça....

Et puis comment allez-vous me traiter?. . .

Le docteur. — Oh ! moi, je ne traite point ... je diagnostique seulement.

Si vous voulez vous mettre sous traitement, allez chez mon voisin Duranleau. a gauche, en descendant, No 370.'

Le patient. — Au revoir alors. . . .

m'enverrez votre compte...

11 entre au Xo. 379. Je souffre de calculs biliaires... et je...

Le docteur. — C'est bien, enlevez votre habit... je vais vous essayer la nouvelle et merveilleuse méthode Spinelli: fondre 1«>> calculs sur place au moyen de vapeurs d'éther nitrique absorbées par endosmose et mettre ainsi en liberté tous les sels de chaux et de cholesterine.

" Il applique au côté une large ven- "touse en caoutchouc qui emprisonne "' tout le foie, puis il la relie par un * ; tube ft. une cornue chauffée îl l'acétylène."

Le docteur, au bout de quelques

MÉDECINE AU XXe SIÈCLE 203

minutes. — C'est fait. . . Revenez la semaine prochaine... il faut cinq séances. . .

Le patient. — Et pour mon estomac?

ces vomissements?

Le docteur. — Il vous faudrait pour ca voir mon confrère Labadic... Arrêtez donc, No. 102, plus haut. Quant à votre teinte ictérique, elle disparaîtra en même temps que vos calculs.

Si ça vous ennuie cependant, adressez-vous au docteur Ribaud qui vous filtrera le sang.

Le patient. — Merci bien... je n'ai pas d'argent sur moi... m'enverrez votre compte. .

Il entre chez Labadie. — C'est pour mon estomac. . .

Le docteur. — Quel est le diagnostic?. . .

Le patient. — Ulcérations... je souffre ainsi de calculs biliaires.

Ta» docteur. — C'est bien... très pressé aujourd'hui... me faut voir, la. Chose. . . pst. pst. . . bien malade . . pressé. . . Vais garder votre estomac... panserai, laverai, cautériserai, ce soir. . . trcp pressé maintenant . . .pst, pst, Chose, là, bien malade. . .

Viendrez vous-même, où l'enverrez .'hor^her demain. . . sera prêt. . . Prenez c<'ci.

" 1! lui l'ait absorber un drachme

2U4 MÉDECl.NE AIT X.\t' SIÈC'LK

de ehloro-naphto-analgésine. . ." — Ne ressentirez aucune douleur pendant trente-six heures.

" Il lui enlève l'estomac en l'aspirant au travers de l'œsophage, et le dépose dans un bocal numéroté."

- -Ne mangez pas de saucisse. . . ni fromage. . . mis seulement un tube temporaire, pst. pst... sera prêt demain . . . allez. . .

Le patient.— M'enverrez le compte.

...paierai plus tard.— " Il s'en va".

Sur la rue. monologuant. — (..''est comme dans les magasins à "départements," leur sacrée médecine, maintenant. Il faut repiisser trente-six docteur* pour se faire seulement traiter un tour d'ongle. . . Heureusement qu'ils ne nous font plus mal... ils nous

tranchent, nous sectionnent c'est

merveilleux... ils nous regardent a traver> le corps. . . Si j'avais su. j'auraw enlevé ces comptes < pli bourrent me> poche*. . . Ah ! le Xo. 102. . . e'e^t

11 entre. Le docteur Hibaud?

Ix> docteur.-- -Oui. monsieur, ("est c'te jaunisse qui me donne l'apparence d'un Cat're... Vous pouvez in'enlever <;a. paraît-il?. . .

—Sans doute, sans doute. . . c'est l'affaire d'un moment. Il faut que je

me hâte d'ailleurs, ma clinique

Votre bras. . .

M K 1 MX 1 -N E a i: X.V Si ÈC'LK 205

'* Il fait une incision longitudinale <lc l'artère radiale et y plonge un filtre minuscule qui emmagasine au i ii r de la circulation la bilirubine et le- pigments de bile qui passent dans lt- -ang. Au bout de quelque?» minuu> il retire le filtre, en extrait le cou trnu qu'il dépose précieusement sur une feuille blanche de papier. C'est une poudre jaune-verdâtre impalpable qu'il enveloppe et remet au patient :"

Vous n'avez. qu'A l'oiVrir à Mortnn-l)obell. les teinturiers anglais, ils vou» la paieront deux dollars le grain.

(est t rè> recherché j)our les tissus de soie.

I.e patient met ><>u chapeau.- -M'enverrez votre compte, s'il vous plaît....

Vous paierai plus tard, i Tl sort).

Le docteur. Félix !... Félix!....

]iv;>a'e mon automobile. .. Une eour- -■• <lc tn>i» milles à faire... A-t-on • -•>e/ d'électricité?... •' Se j)arlant en lui-même". Il finira par aller mal ce pauvre Lanetôt. lui apparemment -i fort, u robuste... mais son histoiie de famille... S'il commence une r'"i~ à t«»usser . . .

Appelant. Félix!... Félix!... tu

206 MÉDECINE AU XXe SIÈCLE

apporteras mon microscope et mon

fluoroscope "En lui-même ", —

Le diagnostic doit être facile à faire.

. . . car je soupçonne fort ses poumons d'être la cause de tout le mal.

Félix. — Tout est prOt, monsieur.

" Ils montent tous deux dans l'automobile. Teuf . . . . teuf . . . . teuf . . . . teuf. . . teuf. . . teuf. . . Déjà chez M.

Lanctot.

Le docteur. — Et vous voilà malade . . .vraiment?. . .

— Bien oui ... un peu de fièvre, de toux . . .

— Veuillez cracher sur cette plaque do verre.

— Cracher?

— Oui, c'est pour examiner.

" Monsieur Lanctot crache."

" Le docteur après examen au microscope : " Tlum . . . hum . . . grave.

. . . des bacilles de Kock bien accusés, ... je vais ausculter.

'Touillant dans sa trousse." — Diable! j'ai oublié mon stéthoscope....

je vai* télégraphier chez moi. " Tl tire de sa poche de veste une boîte minuscule qu'il dépose sur une table puis . : tac . . . tac-tac . . . tac . . . tactac. . tac. . tac-tac. . tac. . tac-tac. . .

Quelle merveilleuse affaire, hein! M.

Lanctot ? cette télégraphie sans fil . . .

Page 1