MÉDECINE AU XX" SIÈCLE
C'est bon pour Labadie, cette vieille ganache, qui s'en tient encore à la ohloro-naphto-analgésine... C'est, bien, muchez-vous sur le canapé.
" Il fait quelques passes magnétiques: Lanetot dort . . . Crick... crack ...sous la clavicule. C'est ouvert; le poumon fait hernie: Dalland en emprisonne le sommet dans une chainet te d'éeraseur. Crac. . . c'est fait.
II badigeonne a la picroleïne pour enlever tout danger d'hemorrhagie et do septicémie. Il suture la peau, ("est tout. En deux passes rapides, il réveille M. Lanctol :"
P.ien. Maintenant ne sortez point avant deux ou trois jours; surtout évitez de chanter ou de jouer du cornet, à piston . . .
M. Lanetot.- Et vous croyez qu'ensuite je pourrai. . .
-—Dalland.- -Oui, je le crois. Cependant je ne veux point dépasser les bornas de ma spécialité, — qui est «l'opérer le sommet du poumon gau- «•he. en vous donnant une opinion Mil vos chances de !>uérison... Il vou.- faudrait sur ce. point consulter un médecin pronostiqueur. Pinard, par exemple, qui vous donnera son avis. . . Au revoir, monsieur. . . . ne \ ous dérangez point . . .
M. Lanctot. -Au revoir. ... je ne
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ous paierai plus tard. .
loi votre compte. . .
" Les docteurs sortent.
llanci.— ha mi'decine a bea L'or, les clients ne changent pa Ils ne vous paient pas pli i dernier sn'clo. . . Qu'en dite . confrère ?. . .
£c ^ictix c Poctcti-
'ï l se souvenait d'avoir été jeune. . .
A' jeune comme les petits blondins, qui, sac au dos, sortant en hâte de l'école, le dépassaient toujours dans leurs courses folles, à présent qu'il allait lentement sur le trottoir, lentement en tirant la jambe.
11 so souvenait cependant qu'il avait couru, sauté comme eux, qu'il avait ri et crié comme eux, qu'il avait, aussi eu une mère. Oh! une si bonne mère, qui lui disait des histoires de fées en le berçant le soir dan-; ses bras, qui lui fourrait des biscuits dans ses poches, qui lui répé tait toujours de ne pas tant se fatiguer A jouer.
Il se souvenait, — tout fier de sou prennVr costume à. nervures blanches, de sa première malle, — de son entré* au collège: c'était une immense ba tisse avec des oloobetons. de larpos
corridors retentissants, des salles gi gantesques. Il avait pendant plusieurs nuits longuement pleuré, les yeux cachas sous ses couvertures.
une fois couché, dans le repos morne des grands dortoirs. C'est qu'il pensait toujours a sa mère, loin, là-bas, dans l'humble demeure familiale ; c'est qu'il revoyait encore le long regard triste dont elle l'avait enveloppé a leur séparation, puis l'explosion de larmes qu'elle avait cherché A ca- • lier, en se retournant la tête, mais qu'il avait bien devinée, va, car cela avait été la mémo chose pour lui. 11 se souvenait des noms de ses confrères de classe, de ses professeurs, presque tons disparu* ou morts a présent
Il se souvenait de son temps de carabin, de ses cadavres de dissection....
<;a lui avait fait si drôle la première fois qu'il en avait senti les chairs placées tous son scalpel.
Oh! dans son temps de. carabin!!!
11 était plein de sève alors, insouciant.
déliant, l'avenir. 11 s'était d'abord moqué des tilles qui lui faisaient pstp>t. d'un côté de rue à l'autre, les soirs de promenade, puis ensuite il en avait suivi quelques-unes, pour rire, qui paraissaient plus jolies ou plus gentilles.
Il se souvenait des tours pendables joués au vieux directeur du pensionnat, dos échelles de corde suspendues d'un étage i\ l'autre pour les sorties secrètes. 11 se, souvenait de ses malades d'hôpital, de cas intéressants retenir vivants dans sa mémoire, de s< \> cours quand même régulièrement suivis, de ses examens, des heures tranquilles à étudier la nuit pour roinpenser exactement le temps perdu à aller entendre " les troupes françaises ".
11 se souvenait de son examen final.
de l'exultation débordante après, de ^on premier verre de Champagne A rette occasion qui l'avait si irai t. rendement ballotté dans des sensations de chutes et de roulis, de son départ pour la pratique de sa profession, de >es alertes d'abord devant les cas les plu* simples, de sa lancée vraie dans la vraie vie.
Il se souvenait de son premier et -oui amour. 11 en conservait des lot ires qu'il retrouvait machinalement sou.- sos doigts en fouillant dans son secrétaire et qu'il relisait encore, en passant, avec l'éclair tout de suite remonté à ses veux de toutes les flammes de ses souvenirs.
11 se souvenait de ses enfants, de <e iju'il avait fait ou rêvé faire pour
t-ux. des joies naïves et douces de son foyer. des jours de bonheur et de tendresses folles, maintenant si loin, à les dorloter, a les instruire, a jouer. a se rouler sur les tapis avec.
à les amener partout avec orgueuil, les jours de soleil, dans ses courses rapides aux malades.
11 se souvenait de son petit Gabriel. . . Il s'en souvenait bien
t'était un dimanche... quelle fièvre déjà. . . une fièvre brûlante. . . . ses pauvres petits yeux clos de torpeur somnolente. . . auprès, sa mère qui pleurait... puis encore... oh! il se souvenait de tout, tout. . . et de la petite pierre discrète du cimetière, avec " Dors bien, Gabriel ". rien que ça gravé dessus... Il savait bien qu'il y avait encore dans tel tiroir de meuble un amas de reliques chèrement conservées, pieusement ensevelies comme des choses mortes et longtemps baisées en pleurant par sa femme et lui, sans jamais se le dire, en secret... Ah! son pauvre petit Gabriel . . .
11 se souvenait de ses livres, de ses notes, des bonnes prescriptions que lui seul avait découvertes, de ses patients, de ses courses nombreuses et pendant si longtemps renouvelées, le jour, la nuit, sous le soleil éblouis-
sant d'été, dans Fhorreur des nuits noires d'automne, dans le poudroiement en tempête des neiges froides d'hiver, partout à travers la campagne, dans les enfoncements reculés de son coin de pays. . . 11 se souvenait de son Aire d'homme... 11 avait été six ans maire, trois ans marguillier, il avait été commissaire d'école aussi.
Puis ensuite il se souvenait d'être devenu vieux, vieux tout a coup presque, lui semblait-il... Il n'osait plus sortir la nuit; il pliait tout de travers, lentement de ses doigts engourdis, le papier de ses poudres; il ne voulait plus voyager en charrette.
Les maris tout et tarés qui venaient encore le quérir lui disaient toujours, pendant qu'il endossait son éternel palet ot vert, qu'il prenait ses forceps terni<. sa trousse A laquelle il manquait des fioles; " Dépêchez-vous, docteur", et ceci l'agaçait sans le faire se hâter davantage.
Il ne se sentait plus le goût de l'étude, ne lisait plus ses revues; il n'avait plus confiance aux médicaments nouveaux: c'était rien que du charlatanisme toutes ces simagrées singées de Paris ou d'ailleurs, ces instructions
stupides, ces recommandations impossibles à suivre, données maintenant aux malades. Puis il se souvenait alors qu'un matin il avait vu une belle plaque de cuivre, luisant à travres les branches des arbres, orgueilleusement posée au rebord d'une porte voisine. Dessus il y avait: Dr Rigault.
Ca lui avait donné un coup de fouet au pa uvre vieux docteur, et pendant quelques semaines, il s'était raidi de tous ses muscles pour redevenir jeune, se lever en hâte la nuit, enjamber lestement dans les voitures, Ah! il allait lui montrer, à ce gâtemétier, que les anciens valent encore quelque chose.
Mais malgré ses efforts, les gens commençaient à lui dire: vous êtes trop vieux pour pratiquer maintenant, docteur, et en invoquant ce prétexte c'est le gâte-métier que Jacques Lerouche avait mandé pour sa femme, Félix f-iarand, pour son petit garçon.
Pendant quelque temps ce fut avec un noir désenchantement, l'âme gonllée secrètement de douloureux et touchants reproches, qu'il voyait ses anciens patients prendre un à un le.
chemin de la porte de son rival.
...Il lui en venait encore pour-
tant, à divers intervalles, quelques clients fidèles qui restaient attachés par liéridité de famille au pauvre vieux. . . Comme alors il était lier! . ..
Avec quel retour de jeunesse il furetait dans les recoins de sa pharmacie, agitait les lioles, écrivait la prescription avec soin: des belles prescriptions blanches et bien collées au flanc de la bouteille... Et les bons petits conseils paternels ensuite, donnés en tapotant amicalement l'épaule, la meilleure manière de préparer certaines tisanes, surtout "déliez-vous des courants d'air. "
Mais ces jouissances lui étaient accordées si rarement.
...Et maintenant il s'en allait clopin-clopant, les jours de soleil chaud, en longue redingote noire démodée, sa canne à la main. Il s'arrêtait aux coins des routes, promenait un instant son regard autour, puis reprenait, toujours clopin-clopant.
Des fois, il s'informait auprès des gens de la santé de quelque jeune mère dont on lui avait appris la maladie. Ali! il n'en avait jamais perdu, lui, de femmes en couches. . . non.
jamais il n'en avait perdu... Il parlait aussi aux jeunes filles, aux jeunes garçons qu'il rencontrait, demandait leurs îx^c^, leurs noms: il avait
toujours bien connu leurs parents...
par exemple, tous, le pore, la mère, qu'il nommait tout de suite; puis il repartait en traînant la jambe. . .
Oui, il se souvenait de tout, le pauvre vieux docteur.
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./> »-■ i?(f/.v qu'une hallade, Cède que, de l'aube au unir, Je chante au caur du maladf.
Lu hallade de l'espoir.
('est lit chanson swjijest il'e.
A ex i>a rôle tt de velours.
Le merveilleux leit mot i ce V" calme et naé rit toujours.
Su ht H,- thérapeutique <tt- tout l'art est contenu ; {'un u- science psychique (Joi 10 us our ri' l'inconnu.
J'erdu .' dit le ntorticole.
Sa lier ' dit le médecin.
Je sui.< de la vit- il le école i^ui eroit encore au divin.
'll'l LIED
// ne faut pa* qve tu meures .' //'tin/ut', il faut eirre : e'rst mieux.
// tf./ptit pas qve tu }ile»f** ' .!/•' #••'. regarde feu ciras.
[.tt rtihiiitt' taure r<ti ne Vittltitt? le trépié :
!,*• rnn/j rebat dan* la tr//i»\ K* l* mourant ne ,ne"ri put*.
La ni-rroxi' fttt atterri* l'ar douceur et par roi*<m.
/> malade boit la /.*»> fhtn* la ronpc du poi$i>n.
M ni, j" *nis le tsnus-oraclf.
(fui. jx>ur un rien, pour *» ±mu, ('"tlabors au prand inira> , lf D/> la naturr rt de Dit'".
V it'iui*' h> pha*c t't'ititjii".
J'ordoni)s d'aller quérir f'f jetrteur (/«' viatique (fui xait l'art tle bien muurir.
Si, par/nia. Ifs aat'ii !*>*...
- I\''rit-z le ehapdet Kt dit?* l.fijt l/tt a nie.ii.
l'on riant, ai le ciel roulait >
Je ne sain qu'une ba/lude.
f'rflf que, de f'oidk' au noir.
Jr chante ait tueur du malade La hall ad>- de f'ejtjhur.