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Le confrère Freppel n’est pas un savant ordinaire.
Il ne rédige ses prescriptions que d’après la pharmacopée française, ne dose ses médicaments que par milligrammes, décigrammes, ne cite que les as de l'hôpital St-Louis, Necker. Il connaît la formule chimique des sérums les plus magiques et les plus nouveaux ; il bariole son langage d’une série de mots “ microbiens,” retenus sans doute de ses trois semaines de séjour à Paris, lors de l’exposition de
Ne s'est-il pas l’autre jour avisé de se vanter d'analyser constamment les urines par le procédé de la polarisation! Ordinairement il ne lance ces mots à effet que devant ses malades; mais cette fois il s’était oublié devant deux de ses confrères: l’un professeur au Laval, l’autre au McGill.
— Oui, il venait d’analyser de l'urine de diabétique d’après ce procédé favori... c'était d’une précision, d’une exactitude... cette polarisation.
— Et quel angle as-tu constaté? demanda le professeur du Laval.
— Quel angle?...
— Oui, quel angle as-tu obtenu?...
— Ah! oui... bien... 45° répondit.
il impertubablement, au hasard, :
— 45°... juste:...
— Juste.
—Dis-donc, Freppel, ta patiente est une vraie canne à sucre, sais-tu?.,., reprit le professeur du Laval.
Mais le docteur Sinith du MeGill-ces anglais traînent continuellement avec eux leurs instincts mercantiles.—le docteur Smith s'empressa de continuer :
—Ecoute donc, Freppel, n’en parle pas par exemple, mais si tu veux, nous allons former une société en commandite pour exploiter sur une grande échelle le “ pouvoir” de ta cliente ?
Nous mettrons son urine en tonneaux et nous la vendrons pour de la melasse... Si tu préfères que...
Mais ici les deux professeurs, pris malgré eux d’un rire inextinguible, s’échappèrent à la hâte.
... Freppel s’est aperçu que ça n’avait pas pris.
Ceci ne s’est passé ni à Montréal ni à Québec.
Il n'y a que nous, médecins de campagne, un peu Tartarins, qui pouvons nous offrir de pareilles gasconnades.
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.C'était un simple abcès, un pauvre » petit abcès de jupes éclos là, je ne sais pourquoi--l'opérateur ne l'a pas expliqué à lunivers étonné, mais on pourrait le savoir en s'informant—et que le médecin de campagne avait tout bonnement ouvert, sans penser plus, d'un coup de bistouri.
Il s'en était écoulé du pus naturellement, le docteur avait mis un drain dans l'ouverture de labcès, la suppuration avait continué pendant longtemps, puis le malade guérit enfin.
Dans la paroisse, les amis qui s'informaient entre eux du sort du patient avec sympathie. se racontaient qu'il avait souffert d'une ‘ fronde au côté, tout simplement.
Mais, à peu près dans le mâme femns, les médecins français, allemands, anglais, américains, commencaient. à tenter le traitement chirurgical de l'appendicite. Encore un cas de pathologie dont le couteau s’emparait au détriment de la médecine.
Les succès au début n'étaient pas merveilleux, mais obtenus ainsi au moyen de la chirurgie, ils s'enve:oppent toujours d’une si éblouissante auréole...
Et puis c'était neuf, c'était hardi, c'était chic, quoi! Toutes les revues et cliniques du monde entier furent
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tout de suite consacrées à l'étude de cette nouvelle opération.
On se rabattit même bientôt sur l'historique, on en discuta les détails, les différents essais. Chaque pays voulut revendiquer pour un des siens la gloire d'avoir opéré le premier cas d'appendicite ;: les Allemands nommaient Heller, les Français, Berger, les Américains, Morton; ce fut une contestation générale, surtout de la part de nos confrères américains.
Le Canada n'avait encore rien dit ; mais quelques mois après, tout à coup, les différentes sociétés médicales du continent purent lire avec stupéfaction et épouvante dans une revue médicale de Québec que la première appendectomie tentée en Amérique ne l'avait été ni à New-York, ni à Boston, ni à Philadelphie, non, mais tout simplement dans notre province, . ASC
.non, je ne veux pas dire où.... et c'était notre étonnant confrère de campagne qui, grandissant son coup de lancette à la mesure d'une opération majeure, venait inopinément revendiquer pour lui le bénéfice de la première appendectomie pratiquée sur le continent.
Les Américains firent une tête....
Mais nous d'ici, ee que nous avons ri.
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114 LFS CHERS CONFRÈRES
Le plus amusant c'est que ce n'était pas la première fois qu'il rembarrait aussi à propos le snobisme de nos confrères jingos.
Appelé autrefois auprès d'un pauvre malheureux qui venait de se faire arracher la jambe en entier dans un accident de chemin de fer, je crois, il trouva le moyen, en sectionnant un bout de nerf qui pendait, de donner le nom d'opération à cette désarticulation accidentelle, s'en attribua le mérite, souffla la gloire du mécanicien dont l’aveugle collaboration avait été si efficace et trois mois après, il réclamait l'honneur d’avoir pratiqué en Amérique la première désarticulation de la cuisse.
N'allez jamais dire ca aux Américains, par exemple.... Peut-être le croient-ils.
Je ne sais pas du diable depuis combien d'années Jacques Létourneau, marchand À Saint-Louis, négligeait de payer les services de son concitoyen, le Dr Nadeau. L'autre nuit il l'envoie de nouveau mander comme si rien n'était, en grande hâte, pour sa femme : un
cas d'accouchement, Le septième à crédit pour le moins.
Le marchand, paraît-il, avait une peur mortelle que son nouveau rejeton fut infirme ou “ marqué” d'une manière quelconque. Et alors qu'il attendait avec angoisse dans une chambre voisine, il s’informa aussitôt, dès que le moment critique fut passé, auprès de la sage-femme qui assistait à la délivrance, si l'enfant portait quelque marque,
“ Oui,” fut la réponse que le docteur Nadeau lui fit donner: dites-lui qu'il est marqué ©, 0. D.
La petite sœur Sainte-Laurentienne, du couvent de la Miséricorde, s’apercut l'an dernier qu'elle souffrait —peut-être souffre-t-elle encore même d'un ‘“taenia solium” des plus irritants et des plus insatiables.
Le docteur Desrochers, tout de suite appelé, décida de procéder à l’expulsion immédiate du vilain parasite et prescrivit le kousso. Malheureusement le kousso échoua.
[1 se rab.ttit alors sur la pelletiérine; même insuccès avec la pelletiérine, Le tænia absorbait tout sans broncher. Ces divers médicaments pa-
eee marne panne en De ten + ne ee ee ee ee een eee ere eee de ee ee
raissaient simplement agir sur lui comme des apéritifs et il continuait de plus belle à s'approprier la meilleure partie des dînettes de notre chère sœur Laurentienne.
Puisqu'il en est ainsi, ma sœur, lui dit le docteur, un bon matin, je vais essayer l'extrait de fougère mâle...
La pauvre et bonne petite nonnette, en l’entendant, rougit jusqu'aux épauies, et tremblante, oppressée à mourif, toute honteuse, les yeux à terre, elle ajouta au bout d’un moment:
Dans ce cas, docteur, ii me faudra une dispense spéciale de monseigneur Bruchési,
Quand le jeune Roy vint s'établir à Saint-François, il y a quatre ans, les patients ne s’écrapoutissaient point à sa porte.
Mais doué qu'il était d'un aplomb épouvantable, il ne s'en allait pas moins par les chemins de la paroisse, ses poches pleines de pilules, de pointes de vaccin, de suppositoires, sa trousse d'obstétrique en. bandoulière sur l'épaule, toujours avec l'air affairé et inquiet d’un homme qui a à la fois sur les bras deux cas d’éclampsie et un cas de placenta prævia.
Le docteur Marchessault — le bon vieux médecin de l'endroit depuis trente ans — le rencontre sur la rue:
Eh! bien, confrère, comment ça va-t-il, la clientèle ?...
— À merveille, à merveille, monsieur,... j'ai plus de besogne que je n'en puis faire, lui répondit notre jeune fanfaron,... J’ai été forcé de me lever cinq fois la nuit dernière.
— Oui... oui... oui... ah!... ah!.
Mais achetez-vous donc pour deux sous de “ poudre à punaise”........
Dans une fois seulement... vous allez voir.
Et le vieux docteur Marchessault le salua tranquillement.
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Avez-vous déjà rencontré dans votre pratique de ces dégoûtants indivi-
dus qui vous confessent, sans la moin-
dre honte, qu'avant de venir vous consulter, ils ont d’abord tenté de combattre leur toux en buvant de l’urine.
On en trouve pourtant. Si vous en rencontrez à l'avenir, renvoyez-les donc au docteur Laliberté de Sainte- Anne. Il possède une formule magique à proposer à ces écœurants personnages. :
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Lors de son entree en pratique, il y a déjà un bon nombre d’années, ce traitement ‘ à l’urine ” était passablement de mode dans sa paroisse; or, un jour, ne voilä-t-il pas qu’un patient— marguillier en charge, s’il vous platt — vint le consulter pour une bronchite quelconque, tout en lui avouant d’abord sa surprise d’avoir vu faillir son incomparable traitement qui n'était autre que celui que je viens de mentionner.
Le docteur Laliberté, en réprimant ses nausées, écouta cependant sans rien dire les explications du marguillier, ar à la fin prenant sa plume, il lui fabriqua l'ordonnance suivante, avec l’ordre de la faire remplir à la ville, car elle contenait, lui dit-il, un médicament français qu’il prescrivait si rarement qu'on ne le tenait pas en pharmacie ici.
* Merdæ liquidæ ”. . ..0 j A prendre par cuillerée à soupe, en émulsion, trois fois par jour, avant
les repas.
“ Agitez bien la bouteille.”
...Je ne sais point si notre marguillier a pu se procurer dans le pays
LES CHEBS CONFRÈRES 119
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ce rare médicament, mais ce que je sais bien, par exemple, c’est qu’il n’osa plus le reste de l’année se montrer dans le banc-d’œuvre, et qu’on le désigne encore aujourd’hui par un 80briquet qui n’est pas empreint d’une “odeur de muguet ”, je vous assure.
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À cette heure-là, les échos de la vo- AP gue tarasconnaise qui avait salué d’un tintamarre épouvantable l’arrivée de Paris de notre fameux confrère, le docteur Coutelas, assourdissaient les oreilles.
Les titres de ce magnifique charlatan: — chef de clinique aux hôpitaux de Londres, ex-interne des hôpitaux de Paris, correspondant de la “Lancette ” d'Alger, membre de la société médicale de New-York, masseur de Sarah Bernhardt, serineur des eliniques de Péan, doucheur chez l'abbé Kneipp, inventeur de la méthode néonervoso-électro-bromo - magnétique, —couvraient la première page de nos journaux.
Sur la seconde page, c'était le récit détaillé de ses hauts faits d'armes. Il avait par là-bas cathétérisé le comte de Chambord, administré des clystè-
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