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J'en ai eu des points pendant qua tre jours.
Moi, je n'en ai jamais reparlé, ni à Belleau, ni aux amis, ni À personne, mais il a dû confier à quelqu'un sa prescription—qui devait être bon- A ne à quelque chose après tout—-parce qu'il y a encore trop de nos confrères qui la recommandent, c’est certain.
Et remarquez-le bien, c'est vraiment drôle, ces patients-là cessent toujours de boire aussitôt.
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Pas Encore Lui
Li" le rude métier, et énervant et ennuyeux que celui qui vous impose À brûle-pourpoint, à l'heure des sommeils à bras repliés, dans l’engourdissement mourant du rêve, un:
—“{ vite;... debout!” chanté en ondulations tristes le long des corridors et des chambres par la clochette de nuit.
Oui, vous comprenez ça, hein : — “les sauvages ”...
Et, vite levé, une bretelle tombante, les pantoufles à moitié mises dans la crainte d’un second coup de sonnette qui éveillerait Pomponne, je cours À la porte.
C’est bien ca, en effet : les ‘“ sau-:
vages ”...
Allons, quelle chasse, quelle course, IA-bas, loin, dans la nuit sombre, dans
: = = . —* = or oO,
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le clapotement monotone des flaques de boue, sous la pluie crépitant sur la toile caoutchouctée de la voiture, il va me falloir entreprendre!
Oh! ma trousse, —rapidement examinée pour voir si rien ne manque,-— mes instruments qui épouvantent tant ces damnés sauvages, puis le feutre rabattu, plongé dans mon immense Rigby, allons, en route.
Ca nous vient probablement des premières années de la colonie cette légende naïve et à la fois charmante, destinée à traverser les siècles maintenant, et qui, en son apparence de vraisemblance, apporte si bien aux jeunes têtes l’explication de choses si mystérieuses.
Oui, c'est contre ces sauvages imaginaires que notre rôle de médecin nous pousse, sauvages souvent plus terribles que les indigènes des siècles passés, pires parfois que les froquois.
Et cahin-caha, tiraillé par les ornières, projeté par des ressorts en fonte trempée qui nous enfoncent dans les chairs les tarauds du siège de la voiture, après une course du diable dans l’horreur de la nuit.—horreur enflée par de grandes feuilles trempées qui subitement dans la rapidité de la marche nous glissent
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dans le cou en caresses de fantômes, —-l'on me déposa devant une maisonnette assez gentille d'apparence dans la ligne de lumière qui filtrait à travers les volets mal ajustés et qui la coupait comme en deux.
J'y suis resté vingt-quatre heures en arrêt, dans cette maisonnette; pendant vingt-quatre heures, lorgnant les coins du bois—pour voir si les sauvages n'apparaîtraient point,—-relisant et retournant dix fois les journaux de la veille, j'ai connu mieux que jamais les ennuis de l'attente.
Pourtant, j'ai entrevu un côté de la véritable vie bucolique, cette vie des champs calme et heureuse, sans heurt, sans secousse même, qui me représenta en un jour l'empreinte du vrai bonheur.
Ah! le superbe tableau gentiment offert à mes yeux par le va-et-vient incessant des travailleurs distribués cà et IA dans les prairies, au milieu des meules de foin.
Et quelle odeur incomparable de foins coupés la brise répandait partout comme une essence de patchouli.
Et quel charme dans la gaieté rieuse des hommes, des femmes, des garçons, des enfants, tous armés de rateaux, de fourches, blaguant quand même sous
le grand soleil brûlant, subitement apparu le matin.
De loin, je pouvais les suivre des yeux ; il me semblait les entendre geindre sous les fourchées immenses lancées gaillardement et s’abattant en broussailles sur les lourds chariots.
Au crépuscule, dans le cadre lointain formé par les forêts sombres, tous ces groupes champêtres se dorèrent ei s'empourprèrent dans les rayons mourants du soleil et je m'attendais À chaque instant À les voir danser comme à l'opéra, tant le spectacle prenait les apparences d’une décoration théatrale.
J'ai vu une copie du fameux tableau de Millet: elle ne rendait sûrement pas la moitié de la majestueuse tranquillité et de la beauté sereine de ce crépuscule auquel il ne manquait que l'Angélus.
Et tard dans la soirée, quand l'écho s'accentuoit de plus en plus par la brunante, il m'arrivait encore de très loin le br'ut mécanique des faucheuses ou les commandements hue! dia!
des hardis travailleurs.
N'est-ce pas, ce n'est pas la première fois qu'il m'est donné de refaire le tableau inoublié de mes jeunes années, passées comme celles de ces garconnets de tout à l'heure À manier Île
räteau derrière les chariots à 1 époque des vacances, à gambader follement par-dessus les meules de foin; mais comme ça m'a pris au Cœur, ce jourlà, de me sentir déjà si loin de ce bon vieux temps. Comme il m'a été difficile de m'arracher à ces souvenirs qui l’un après l’autre venaient souffler sur les charbons éteints de mon cœur.
Non, le bonheur n'est pas de ce monde.
L'homme sans cesse tiraillé par des désirs jamais satisfaits n'atteint méme que rarement une satisfaction passagère.
C'est la vie d'osciller sans cesse en:
tre deux rêves, et je l'ai bien compris ce soir-là, au retour de mon campement prolongé parmi les “aborigènes”.
J'étais en route, assis à côté du brave agriculteur qui, avec ses voisins, m'avait tout le long du jour donné une idée si parfaite du bonheur bucolique heureusement chanté par Vir-
gile, et pendant que j'enviais presque
son indépendance et sa liberté, me plaignant en moi-même des ennuis et des misères de ma profession, j'entendis tout À coup qu'il me disait avec un accent de touchante et sympathique sincérité :
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…— Vous avez bien de la chauce, vous, de gagner de l’argent aussi aisément et de vivre aussi gaiement.
... Et je sentis s’en aller mon rêve de bonheur entrevu: ce n'était pas encore lui.
Loulou
Ÿ" y avait longtemps que ça le tentait d’y aller.
Et les soirs de rigolade, à l’occasion des clôtures d’examen, quand il entendait les carabins de dernière année se raconter leurs aventures en pouffant de rire entre eux, lancer des mots drôles, faire toutes sortes d’allusions et de réflexions folichonnes, il ne manquait jamais de se dire: Il faudra pourtant que j'y aille, moi aussi.
Car lui, Robert Renault, avait été élevé dans un coin de terre tranquille où sa jeunesse s'était écoulée heureuse et douce, calme et régulière comme les guérets du pays, loin des tristes choses et des hideurs secrètes des amoncellements de peuple.
Puis, pour faire sa médecine, il s’était tout à coup trouvé transporté dans la ville, au milieu de l'étourdis-
sante turbulence des carabins, compagnons.
Et, il n'y était jamais allé.
Ca lui faisait peur d’abord; il enveloppait tout le tableau qu'il se figurait dans des pensées d’épouvante et d'horreur, encore grossies par ses imaginations naïves d’écolier. Puis il y avait toujours à propos de prompts retours d'idées chastes qui le retenaient.
Pour le reste, oui, il ne s’en occupait guère, et il s'était vite mis dans le train de vie de l'étudiant : tapant ferme sur ses études, ses cours, sans manquer toutefois les chahuts de commande, les légères godailles improvisées, les tapages organisés les soirs de théâtre. Mais quant à pénétrer dans ces repaires affreux de perdition, à envisager seulement ces mégères qui l’écorcheraiïient vivant sans doute, lui souffleraient leurs haleïines empoisonnées de lépreuses... non, il n’osait pas Se décider, effarouché. Il y avait toujours un blanc fantôme d'ange-gardien, retenu de son temps de collège, qui s’entôtait à ne pas l'abandonner.
... Un soir cependant, dans latmosphère des cigarettes, du cognac brulé, du scotch, qui embaumait le salon de l’Aurore, il avait senti se fondre insensiblement dans le même nuage les restes flottants de ses scru-
CS
pules ; et il les avait suivis machinalement... les autres, partis en caravane pour un chahut d'enfer, au dehors puis au dedans de ces maisons lugubres qui dardaient sur l’asphalte des rues leurs flamboyants numéros.
En entrant, il en avait reçu un grand coup dans le cerveau et une sensation de vertige, d’engloutissement final et sans retour l'avait tout A coup secoué: Ces mégères féroces, ces dégoutantes harpies, à voix rauques, à regards effrontés, qui l’examinaient à travers leurs mauvais rires... oui, tout son grand corps en avait été secoué, et une révolte instinctive le soulevait à chaque instant, comme sous une provocation, devant leurs tutoiements polissons.
Mais bientôt, à côté de celles-ci qui exagéraient à dessein leurs allures canaïlles et cyniques, il en eut vite remarqué une, très-douce, à l'air bon, comme presqu'honteuse et gênée elle aussi de se trouver là.
Elle ne lui avait point souri, cellelà, ne lui avait pas fait d’agaceries choquantes, et il restait étonné de la voir si tranquille et si réservée, N'’osant pas se mêler au tapage que faisaint ses amis il s'était assis auprès d'elle, sans penser.
Et pendant que ses compagnons,
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avec une insouciance bien de leur fige et de leur état, chantaient, joignaient leurs cris gamins aux apostrophes hardies des filles, lui, tout doucement, s'était mis À lui parler, avec des phrases simples, presque tristes, qui semblaient étranges dans ce milieu de plaisir et de débauche; il l'avait questionnée avec sympathie.
Et elle, en tenant sur lui son regard . ave et surpris, avait répondu À ses questions sur le même ton respectueux. Mais au bout d'un moment.
comme prise d’une idée obsédante, en continuant de le regarder en plein dans les yeux comme un être à part:
— Pourquoi ne me tutoyez-vous pas, vous, comme font tous les autres jeunes hommes?... Est-ce qu’on se gêne avec nous?...
Robert resta sans réponse ; puis, pour ne rien expliquer, à son tour:
— Pourquoi ne me tutoyez-vous pas, vous non plus?
Des raisons ils n’en trouvaient point sans doute, car ils s'étaient seulement tus tous deux, sans un mot à ajouter.
Alors, persistant toujours à l’examiner profondément, elle avait repris à la fin.
— Oh! comme j'aimerais cela de m'entendre parler ainsi, mais s'ils nous écoutaient ils se moqueraient de
nous, eux, et elle indiquait les autres, là-bas plus loin... Aussi voulez-vous, nous allons nous tutoyer? et elle lui disait ça tout bas, pour qu'il comprit bien que c'était pour cette raison-là seulement qu’elle se permettait de le lui demander.
Et ils avaient convenu de continuer de causer avec ce pronom de familiarité qui gardait malgré tout un cachet particulièrement respectueux.
Tout à coup Robert, comme concluant un raisonnement secret, à brule-pourpoint :
—— Alors, pourquoi ne {l'en vas-tu pas d'ici?
— M'en aller d'ici... m'en aller?
c'est vrai; mais tu y viens bien, toi, lui répondit-elle simplement, en manière de réponse.
— Moi... oui. —- Mais ce n'est pas une raison... C’est que j'ai bien deviné, va, que tu ne ressemblais pas aux autres filles autour de toi... Tu ne parles pas, tu ne regardes pas effrontément comme elles... Pourquoi ne t'en vas-tu donc pas?...
Oh! avec quel élan de joie et d’oryueuil elle buvait ces singulières paroles de touchante sympathie qui réveillaient chez elle l’affection toujours persistante dans un repli quelconque du cœur de Ia femme.
Puis y revenant tout de suite A cette conversation, elle reprit avec un air de candeur qui la transformait:
— M'en aller d'ici, dis-tu?... pour redevenir honnête, n'est-ce pas?.....
va, j'y ai souvent pensé... mais il y a de ces hontes que, nous autres femmes, nous ne saurions jamais plus effacer de notre vie et que nous n'avons point le droit de transmettre ni à un mari, ni surtout à un enfant... Non, toi qui me parles d’une manière si singulière, dis-moi plutôt autre chose...
ne réveille pas ces remords....
... Un bruit de danse, de refrains folâtres, arrivait d'à côté. C’étaient les étudiants qui continuaient leur noce, en compagnie.
— Mais tu ne songes donc point à t’amuser, toi, comme tes amis?...
— C'est vrai, répondit Robert.....
allons les rejoindre... viens-tu?
Il s'était levé, cherchant à l’entraîner avec lui, mais elle ne voulait pas, désirant le garder à son côté, pour elle seulement. C’était si bon de l’entendre parler.
Alors il se rassit machinalement, comme pour lui obéir, sans savoir.
— Comment t’appelles-tu ?
Elle hésita d’abord, gênée, troublée tout à fait de révéler son nom de bataille dont la mention seule allait
déjà lui rappeler son état d’abjection et la rejeter si loin de son rêve délicieux; mais à la fin tristement:
— Loulou, dit-elle.
— Loulou ?... Loulou ?... Et Robert resta subitement muet et songeur, le regard perdu, l'air absent...
Comme il se levait maintenant, sans rien dire, elle reprenait:
— Pourquoi que ça vous fâche?...
Non, je ne veux pas vous voir partir faché... insistait-elle en s’attachant à lui.
Mais lui ne voulait pas se rasseoir.
H se dégageait doucement des mains qui le retenaient et il se glissait rapidement au dehors, en se cachant de ses amis...
... Fâché? Ah! non, mais ce nom de Loulou, redit dans ce lieu souillé, impur, il s'était habitué à le murmurer à une blonde enfant qu'il avait rencontrée à la vacance passée, et avec laquelle il avait parcouru les prairies de foin et de marguerites de son pays.
Depuis lors ce nom avait continué de bruire en caresse dans ses rêves d'étudiant ; il l’écrivait partout, à couxs de crayons hâtifs ou en grosses
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lettres bizarres, à travers les marges blanches de ses cahiers de notes; il le murmurait dévotement, comme une évocation À une sainte... puis tout à coup, sans transition, de l'entendre dans ce bouge...
Et tristement il s'en était allé, seul, l'âme désenchantée, seul dans les rues désertes.
Vengeance de Carabin
| À ne Paul Leroux, tout haletant de la montée des quatre escaliers du pensionnat de l’Université, enfila en coup de vent dans ma chambre, je compris tout de suite qu’il y avait quelque chose qui n'allait point.
Leroux était excité, surexcité même.
-—Qu'as-tu donc, mon garçon, lui dis-je calmement ?
Il fit claquer ma porte avec un bruit qui fit osciller sur mon bureau mon vieux crâne de négresse sur ses apophyses, se croisa les bras, puis se campa.
--Ce que j'ai... je suis horripil6.... Allons, suis-je saoul ?.... dis, voyons, est-ce que Paul Leroux est saoul?... examine bien, questionne, sens, renifle, c’est important...
Evidemment non, il a’était pas saoul, mais il était fortement échauf-
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ié, surexcité par deux ou trois vertes de “hot gin” et l’apostrophe sanglante surtout qu'il venait de recevoir du père Russell
Voilà. Ce soir-là, Paul s'était astiqué, pomponné, parfumé, pommadé, adonisé comme pour une revue; de fait, 11 désirait, vers les huit heures, faire passer en revue sous les yeux langoureux d'une payse qui lui tenait spécialement au cœur, les différents charmes de sa personne. Mais, voyez comme éest bête la vie de carabin dans un pensionnat, il est inipossible de sortir sans permission.
Tentons donc d'obtenir la permission, s'était dit Leroux, et il dégringola l'escalier retentissant, retentissant surtout à eause de ses bottes neuves qui faisaient un bruit du diable dans la sonorité des corridors. Et, anéanti devant notre vieux ‘recteur, sup pliant, il fit sa demanae.
Mais voyez comme c'est bête aussi
l'odeur du gin.--car Leroux ne s'était
pas suffisamment parfumé.—et le père Russell qui possédait l’étonnante spécialité de renifler les odeurs alcooliques d'un étage À l'autre, probable ment au moyen des tuyaux de conduite de l’eau chaude, dévisageant de sa lippe dédaigneuse mon pauvre Paul, ajouta brutalement.
—Allons, mon petit ami,...grrr...
j'ai plutôt l'envie de vous donner votre billet de sortie pour le reste de l’année... grrrrr... vous êtes saoul...
grrrrrrrr montez à votre chambre...
Cette apostrophe violente donna “ une erre d’allée”’ dans la direction du quatrième étage, à Leroux qui refit l’escalier en lacet, À rebours cette fois.
Ce fut alors qu'il arriva chez moi dans l'état d'esprit que j'ai décrit au début, battant les portes, niétinant nerveusement, arrachant le faux-col raide et luisant qui lui retenait à la gnrge les mots prêts À accabler le père Russell.
Mais ce qui l’aigrissait par-dessus tout, c'était l’idée de sa blonde qui l’attendait...elle-même pimpante, saturée de patchouli, le nez collé aux vitres, reluquant si son petit Paul ne venait point.
Au lieu de ça, hein, de pouvoir saluer de loin, du coin de la rue du Palais, sa payse énamourée, quel renversement !
Il faut avoir passé par là pour bien s'imaginer ce qu'un tel embêtement peut engendrer de projets de vengeance diabolique sous la calotte cranienne d’un carabin qui a déjà deux verres de “hot gin’”” dans l'estomac.
+ Cm ue pate are 2er ee ee ee ee nee 2e anne ne ee
Dans ces occasions-là, on devient anarchiste, visigoth, vandale, carnivore, anthropophage, chacal, pieuvre...que sais-je encore.
... Et sa blonde qui l'attendait...
non, non, n'essayez pas de vous représenter la scène, c’est inutile, vous resteriez en dessous... “ l’œil de l’hôm:.
me n'a point vu”... le mien, excepté.
Finalement Paul Leroux se monologua un : — À nous deux, —- puis, le poing brandi en menaces, il ajouta:
Il me le paiera.
De tous les damnés gaillards qui aont allés à l'Université apprendre la manière scientifique de tuer leurs semblables, Leroux en a été certainement le plus accompli.
Ce garçon-là avait littéralement le diable au corps. Bohème autant que bambocheur, prêt à tout faire, même le bien, il avait le secret des tours les plus inimaginables, les plus inouïs.
Le plus drôle c’est qu'à travers l'effarement général produit par ses terribles fumisteries qui nous attiraient toujours l’arrivée en tempête du père Russell, on voyait infailliblement surgir À sa rencontre mon Leroux qui
gracieusement s'informait:—monsieur cherche quelqu’un?... A tout coup, il détourñait ainsi le bonhomme.
Ah! si les vieux murs du pensionnat pouvaient raconter les tours pendables dont ils ont été les témoins pendant les quatre années d'étude de Paul, comme les étudiants actuels s’amuseraient encore.
Aussi, quand il se faisait un coup un peu raide quelque part, nous étions fixés... il n'y avait pas deux opinions à ce sujet.
Quand Rigaud, un lendemain de Pâques, trouva sa chambre remplie, à n'en pouvoir pousser la porte, des deux cent cinquante petits bancs de la “tabagie ”, il n’y eut qu’une exclamation: c’est Leroux...
De même que quand Lemay trouva, un bon jour, la sienne totalement vide de son contenu,—comprenant lit, armoire, bibliothèque, livres, habits, chaises, etc.—-transporté par enchantement, à deux étages plus bas, dans celle de Pelletier dont lameublement à son tour gisait pêle-mêle au beau milieu du grand salon de l’Université, où les articles de faïence juchés sur le piano produisaient un effet... oh!...
ce fut encore le même cri: c’est Leroux...
Il me faudrait cent pages de “ Ca-
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rabinades”” rien que pour conter la dixième partie des terribles farces de ce boute-en-train fabuleux qui pendant toute sa vie d'étudiant utilisa la moitié de ses journées 4 combiner ses vilains coups.
De sorte que le lendemain de la rebuffade reçue du père Russell, quand en descendant au réfectoire, Leroux, me poussant du coude, me répéta avec un coin de lèvres sarcastique : — * Ah! il a dit que j'étais saoul... il va me le payer.” Je n’eus que l’idée de penser: Allons, que va-t-il bien inventer ?
Maïs bientôt le dîner commença, accompagné au début des grands signes de croix résignés du père Russell, et mes pensées prirent une autre direction, déroutées par le cliquetis des couteaux, les boutades de mes voisins, les apostrophes aux “ garçons ” et le tintamarre obligé de tout bon dîner d'étudiants qui sentent l'intervalle d'un mois complet de sérénité et d’insouciance avant leurs examens.
Les pâtés de veau de la vieille cuisinière Sophie avaient un succès colossal, mais le père Russell, qui avait simplement bu son café, n’en mangeait pas ; les petites côtelettes de mouton étaient meilleures que jamais.
pourtant le père Russell n'en porta
qu'une bouchée À ses lèvres et dédaigneusement encore ; les larges puddings aux fruits étaient excellents, ais le père Russell en paraissait tout à fait dégoûté.
Plus que ça, on le vit bientôt balloté par les éructations et les borborygmes; les nausées lui mirent des sueurs sur toute la figure et tout à coup, abandonnant subitement son siège, àl fit cinq pas et Ià, erac, avant d’avoir pu quitter la salle, ses vomissements éclatèrent par jets répétés.
Jugez de l'effarement. Un chuchottement unique cireula À travers les rires réprimés, les airs entendus:
— [IL est saoul... il est saoul...
(C’est vrai, lança Leroux, sur un ton un peu plus élevé:—Ca puait le gir jusqu'ici. Il n’en fallut pas plus pour que chacun se sentît envahi par ce malaise inconscient, cette gêne embôtante qui atteint les témoins involontaires de pareilles scènes et qui les rend comme complices. Seul, Leroux jubilait.