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vidées, mais je ne vous comprends pas... Il y a des fois il me semble que vous parlez français, puis ensuite, on dirait.... De quelle nation êtes-vous donc?... :
Nous?..... répliqua Henri Béique, mais nous sommes des produits indigènes authentiques, tel qu'attesté aux régistres de l’état civil... Toute la quintette ici présente a fait éclosion à divers points de l’immense formation paléozoique s'étendant depuis les chaînes granitiques des Laurentides jusqu'à la ligne quarantecinquième.
— Et qu'êtes-vous venus faire de si loin ?
— Faire des études pathologiques, histologiques, hydrothérapiques, somatologiques, suivant le système de ‘à thérapeutique allopathe.
Les joueurs de domino avaient interrompu leur partie.
— Mais, est-ce que vous ne pourriez pas, madame, demanda Arthur Pagé, nous offrir quelques-uns de ces petits cylindres confectionnés avec les feuilles de la plante—famille des solanées vireuses—-dont l’alcaloïde, la nicotine, produit un effet si agréable malgré son action narcotico-ñcre?.
Veuillez-donc, madame Vamphitryon.
— Vous n'êtes que des polissons, s'exclama-t-elle, dans un bond de colère,
La patronne, le regard en feu, était subitement devenue ure mégère:
—-L'amphitryon, moi?... Peut-on insulter une femme de la sorte!...
l'amphitryon...
— Mais, madame, réclama Gaston.
— Oui, vous n'êtes que cinq polissons...
Pourtant non, ïils n'étaient que cinq carabins, à lallure décidée et goguenarde, entrés par hasard dans ce cabaret inconnu parcequ'ils avaient soif. ..
Ils se tournèrent vers les deux joueurs, muets et immobiles maintenant, et en les regardant d’une manière indifférente, Arthur Pagé reprit :
— Franchement, ca dénote un ramollissement cérébral absolu cette manie d'ajuster l’un contre l’autre, pendant des heures, ces insignifiants parallépipèdes pigmentés à la face d'énormes comédons... Puis s'adressant tout à coup directement aux joueurs:
—Dites-donc, vrai, vous autres, est-ce que ca ne dénote point du démollissement cérébral... ?
—Vous demandez?... interrogea
l'un d'eux, avee un mouvement ahuri de mains et d’épaules levées,
— Vous aimez ça sans doute, le domino, cortinua-t-il aimablement, dans une tiensition brusque d’humeur,... c'est si charmant...
— Ah! c'est ce que vous disiez...
Bien oui, de temps en temps, le soir, on en joue une pour s'amuser, pour passer le temps... Des fois, quand Eustache et Hyppolite viennent, nous jouons à quatre, c’est beaucoup plus gai...
— Et puis, vraiment, vous ne ressentez pas de céphalalgie, de vertiges, d'attaques d’aphasie, de fourmillements, de somnolences, de périodes de dépression inteliectuelle ou de divagation... aucun de ces symptômes de ramollissement très prochain ?...
-—Comment?... allait-il demander de nouveau... Mais l’autre joueur, son ami, l'interrompant, l’air furieux :
Ne leur réponds donc pas ; tu vois bien qu'ils ne savent pas ce qu'ils cisent.
Mais les carabins étaient cinq, eux.
cinq bons zigues à l’allure goguenarde et décidée, entrés dans ce café parce qu'ils avaient soif ; de sorte qu'ils n'eurent point peur. Ils continuèrent :
— La pathologie interne nous apprend que le ramollissement s'accom-
pagne ordinairement d’athérome arté:
riel, de dégénérescence graisseuse et que...
— Voulez-vous bien vous taire?...
et en même temps le joueur, enragé, campé en pose de boxeur, avait brandi son bras tendu er. provocation vers les étudiants.
—Hourrah ! !... hourrah ! ! !...
s’exclama tout à coup Jacques Normand, en sautant comme un fou...
Une présentation du bras...cest une présentation du bras, une vraie, vous dis-je, mes amis... Attendez un peu, s'il vous plaît, vous, le joueur de domino, je vais consulter mes confrères.
Alors, se tournant vers eux, sérieusement :
— Comme vous le voyez, c’est une présentation du bras bien facile à diagnostiquer... Dans ces cas, Pajot, Lusk, Thomas, tous les professeurs conseillent la version podalique immédiate: ainsi je ne vois pas pourquoi...
—Qui,... oui, la version... la version,... hurlèrent en complet accord les cinq carabins à l'allure goguenarde et décidée.
… Et c'est qu'ils la pratiquèrent, les malheureux, leur première versior podalique... En un clin d'œil, ils e:
poignèrent mon gaillard par les jan.
all
bes—son ami, qui prévoyait une bagarre, avait enfilé la porte—ils le roulèrent par terre, malgré ses beuglements féroces et ceux non moins féroces de la patronne jamie de derrière son comptoir, le ligotèrent et le suspendirent les pieds en haut, en manière de saint Pierre. au fer solide, de la conduite de gaz.
Ensuite, ils expliquèrent scientifiquement à l’hôtesse, comme sur un sujet d'hôpital, la manière de pratiquer la respiration artificielle, —système Sylvester, système Margendie—les tractions rythmées de la langue.
les insuftiitions d'air, les frictions sèches.. puis après ces conseils, militairement: “by the right "—ils appartenaient au neuvième bataillon ils s’en allèrent..
...Is étaient cinq, cinq bons carabins à l'allure goguenarde et décidée.
Les Sauvages
à 7 ORSQUE ma petite Pomponne, le AA soir de sa première leçon, parcourut les baroques illustrations de la géographie des Frères, ce furent “ les sauvages ” avec leurs grandes plumes plantées en faisceaux sur la tête, leurs tomahaks menaçants, qui l’amusèrent le plus.
Et tout en les examinant avec intérêt sur toutes les faces, elle commença auprès de sa mère une série de questions minutieuses et serrées de force à confondre la sophistique la plus jésuitique:
—C'est des sauvages ça ?
—Oui.
— Les sauvages qui battent les mèrent,
—Oui. :
—Et qui apportent les petits enfants ?
—Fustement,
Où est-ce qu'ils les prennent donc, ces petits enfants?
—Dans les bois... les montagnes...
bien loin.
—(Qui est-ce qui les met là?
——La?..,. D'autres sauvages... plus vieux... je pense...
—Et où les prennent-ils, eux, ces vieux sauvages?...
—Ah! bien... ils les font... je suppose bien... Tiens {u m'ennuies avee tes questions.
—Avec quoi les font-ils?
—Avece du miel, du sucre et des écorces d'orange.
—-Vrai?... C’est pour ça que petit Claude aime tant encore à se barbotiller de sucre, hein?... C'est drôle....
Puis ils les apportent Comment les apportent-ils?...
—Dans de grands paniers.
—En as-tu déjà vu, toi, des sauvages ?
— Oui... Bon, je ne te réponds plus.
—C'est pour se battre contre eux qu'on vient chercher “son père ”, la nuit?...
—QOui, juste: ‘ent,
Et déjà de mon bureau j'entendais la voix de Pomponne qui m'interpellait :
— Est-ce vrai, son père?
—Mais oui, sans doute,
—Et ils ne te font jamais bobo, à toi ?
—Oh! non, va... Je te les tape, moi, les sauvages... bing...bang..
sur les yeux, sur la tête... Ils filent, je t’assure... quand ils me voient.
Pomponne était maintenant venue me rejoindre avec des grands yeux éblouis, sa géographie à la main.
—Ïls ont des belles plumes comme ca sur la tête?
—Qui, absolument comme cça......
mais rien que les vieux sauvages mauvais, par exemple... L'autre nuit, il y en avait un qui ne voulait point s'en aller, alors je te l'attrape par ses plumes et crac je les lui arrache toutes... si tu penses qu'il ne criait pas.
—Oh! pourquoi que tu ne me les as pas apportées ?
——Je n’y ai point pensé... car, sans CPE
—Qu'est-ce que tu en as fait?...
—Je les ai jetées dans le chemin...
près de la maison... là-bas,
—Dis-donc, son père, tu les apporteras une autre fois, hein, veux-tu?
—Oui, sois certaine.
-C’est bon, me lança Pomponne enthousiasmée, et elle retourna toute fière reprendre ses études,
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Parmi nos robustes et hospitalières populations campagnardes, ‘les sauvages ” viennent souvent faire des excursions, quelquefois nuitamment, quelquefois hardiment au grand s0lei.
Je*erois même qu’il en existe tout un campement, parfaitement au courant des êtres, embusqué en permanence quelque part, dans une certaine anfractuosité caverneuse de ma montagne, car l’autre dimanche, ces effrontés-là ont poussé l’audace jusqu’à descendre au village, en pleine foule attroupée pour la messe, et se sont introduits sans facon chez mon voisin Lanctôt.
Je fus vite averti de l'événement.
Oh! mes amis, quels fameux lâches que ces sauvages! et comme ils savent bien toujours ne s'attaquer qu'à de pauvres femmes inoffensives
car Ça ne me prit pas un quart d'heure, ma foi, pour les faire déguerpir, tout penauds, à travers les champs d'avoine et les vergers.
A mon retour, Pomponne, qui me guettait, me demanda d’un air curieux :—Ils ne t'ont pas fait bobo, n'est-ce pas, son père?
—Non, va, repris-je: ils se sont enfuis tont de suite.
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out OUit- \ine
Mais voilà qu'au bout de quelques instants je vois accourir sous ma fenêtre, une, deux, trois, quatre, cinq petites filles, avec Pomponne au milieu, en train de donner des explications terribles à en juger par leurs regards épouvantés et leurs mines anxieuses,.
Et en tourbillon elles se précipitèrent vers moi. Elles venaient me faire voir les plumes que les sauvages avaient perdues dans la bagarre chez Lanctot et qu'elles avaient trouvées dans le jardin... Des véritables plumes en eflet. . Qui est-ce qui se serait jamais imaginé ça?... Et la lecon de géographie de l’autre jour me revint aussitôt à l'esprit.
Les chères petites s’attendrissaient presque sur la douleur qu'ils avaient dû éprouver, ces pauvres sauvages— pensez-donc—à se sentir tirer ça de la tête, et elles mesuraient du doigt la longueur du tuyau des plumes.
Elles étaient d’abord allées les montrer, en grande hâte, aux bonnes SŒ@urs, leurs maîtresses de co”: nt. Oh! ce qu'elles avaient ri, ri, HE il, celles-1à... surtout la petite sœur Pétronille.
De même, au retour, le long de la rue, de porte en porte, chacun s’em-
pressait de les attaquer en souriant singulièrement... Il n’y avait pourtant rien de si drôle, voyons...
Jusqu'à l'abbé Grégoire qui les avait observées par-dessus la clôture du cimetière et qui était venu gentiment s'informer, n'est-ce pas?
Mais lui n’avait point ri; il s'était conterté de bigler aussitôt pudiquement à droite et A gauche, presque faché.…
*# Sapristi d’un nom! jamais je croirai qu'il ne s'était pas aperçu que c'étaient des plumes de dinde!
Maïs oui, les plumes de la dinde que les domestiques de Lanctot venaient de sacrifier aux préparatifs du dîner de baptême...
...C'est vrai qu'il n'avait pas été invité, aussi, le pauvre homme.
Le Docteur Santa Claus
LE
7°'ÉTAIT une veille de jour de l'an M2 et il neigeait.
Il tombait une de ces neiges À gros flocons, calme, reposée, douce, tranquille, descendant comme un pardon des infinis d’opaie pour effacer chaque souillure, chaque tache sombre de la nature, en cette fiin d’année qui s'en allait, Je n'avais vu cette neige que dans les tableaux jusque-là. Et comme on pare les morts pour les porter au tombeau, l’année mourante se purifiait dans ce virginal linceul.
... Une neige à gros flocons de cristal... exprès pour le père Nicholas...
Allait-il s'en donner?
— Mais on frappe à ma porte...
qui donc, si discrètement ? Vraiment peut-il y avoir encore des pleurs dans
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