‹ Caractère des inscriptions aztèques et mayasChapitre 1 sur 11 · III. UITZILOPOCHTLI · texte numérisé non relu

III. UITZILOPOCHTLI

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Par M. le D' E. SELER

Ce n'est pas sans raison que dans ces derniers lemps on a comparé à lin rébus la manière dont la pensée est expriméo dans les inscriptions mexicaines. En fait, les figures par lesquelles le Codex de Mendosa représente les noms des personnes et des lieux sont de véritables rébus, des rébus de mots ou de syllabes (logogriphes ou charades). Pour chaque mot ou syllabe qui compose. le nom du lieu ou de la personne, on trouve des figures d’objets de même dénomination ou de même consonnance, sans qu’il soit tenu compte de l'idée que représentent le mot ou la syllabe considérés. Je cite comme exemple les noms de lieu Quauhtitlan, Quauhnahuac, Tollantzinro, Xilotepee, Tepeyacac et Texcoco (fig. 1-6). Les deux premiers noms signifient « à la forêt » et sont composés de la syllabe Qauh (racine du mol (jtiahuilt arbre, forêt) et des prépositions tlan et nahuac qui signifient toutes deux : dans, à, auprès de. En conséquence, les images nous montrent un arbre, mais la syllabe tlan est exprimée par deux séries de dents, car tlan-t/i signifie la dent. La syllabe nahuac est exprimée par une bouche ouverte avec une petite langue en avant, signe général de la parole ; en effet, nahualt signifie « la parole claire ». Tollantzinco veut dire « petit Tollan » et Tollan même signifie « endroit où croissent les joncs ». Aussi l’image (fig. 3) nous montre-t-elle un faisceau de joncs ; la terminaison tzinco <> petit » est exprimée par la région postérieure d’un individu, car tzintli veut dire « le derrière ». Xilotepee signifie « lieu du jeune épi de maïs » et se trouve exprimé par vin. 1

une figure peinte en vert qui est le signe de la montagne 'tppe(l) cl par deux épis de maïs (xilotl) avec deux stigmates qui en sortent. Tepeyacac signilic « à la pointe ou au sommet de la montagne » et se compose du mot Irpell « montagno » et yacatli « nez »; aussi se trouve-t-il représenté par le symbole de la montagne, peint en vert, avec un nez en avant, peint en brun. Texcoco signifie lieu où croît la fleur du rocher (texcotl). L’image

nous montre une montagne divisée en trois pointes, peinte de la double couleur de la pierre, avec deux fleurs en dessus. La syllabe c, co, qui veut dire : dans, à, n'est pas exprimée dans toute la série. Elle se comprend d’olle-mèmo, car le lecteur de l’inscription voit, d’après toute l’image, qu'il s’agit de noms de lieu.

La manière dont les anciens Mexicains ornaient cl entouraient leurs dieux de symboles et d’attributs, rentre jusqu’à un certain point dans la conception du rébus. C’est estimer trop peu l’idée ou le sentiment religieux de ces vieux adorateurs d'idoles que de croire, comme les conquérants espagnols on les apôtres monastiques, que la puissance divine adorée sous l’un on l’autre nom était incarnée dans les formes hideuses ou bizarres, sous lesquelles le dieu était taillé dans la pierre ou représenté dans les

AZTfcQCKS ET MAYAS

inscriptions. Au contraire, le dessin de la figure, l'ornement, les armes, l'appareil, la couleur qu’ils donnaient au dieu ne sont que des moyens de le caractériser, d’exprimer à l'aide d’une écriture symbolique incommode, les attributs et la nature particulière du dieu. En un sens c’est un rébus, non pas un rébus de mol, mais un rébus d'idée.

Quant aux inscriptions et aux représentations de monuments, je suis obligé d’affirmer, contrairement à ce qui a été dit dernièrement, que leur langage, au moins en ce qui concerne leur pluralité, est de l’ordre des rébus d’idée. Lorsque, dans les premières feuilles du Codex de Mendoza , nous trouvons un certain nombre d'années indiquées avec leurs signes, à côté, l’image d’un roi avec son nom hiéroglyphique et, en face de lui, les hiéroglyphes de villes et de localités, l’image d’un temple en feu, symbole de la soumission ou de la destruction, il est difficile d'en dire plus dans une phrase parlée. C’est un langage figuré et symbolique, un rébus idéal signifiant que le roi de ce nom régna plus ou moins longtemps et soumit telles ou telles villes. Les dernières feuilles du Codex de Mendoza portent encore plus nettement le cachet du rébus en idée ; outre les hiéroglyphes des villes, on trouve indiqués, en images ou en symboles compréhensibles, le nombre et le caractère des tribus qui devaient être gouvernées. Et ainsi du reste. Les hiéroglyphes pris séparément (noms de personne et de lieu), représentent une sorte d'écriture syllabique en images; peut-être, dans maintes inscriptions ( Codex Viennensis et ses congénères), chaque symbole pris à part a-t-il cette signification; mais l’inscription prise dans son ensemble ne s’élève pas au-dessus d’une représentation figurée et symbolique. Ce n’est pas ainsi qu’on a expliqué les phrases dans leur enchaînement.

Quant aux inscriptions mayas, en 1880, Valentini avait déjà exprimé celte idée que l'alphabet hiéroglyphique qui est transcrit dans l’ouvrage historique de l'évêque Landa n'est qu’une mauvaise œuvre espagnole. Le fait est que les tentatives pour déchiffrer les inscriptions mayas à l’aide de cet alphabet ont été complètement infructueuses. Le professeur Cyrus Thomas et

plus récemment le docteur Schellhas sont entrés dans une autre voie, celle de l’étude indépendante des inscriptions elles-mêmes, et le dernier a exprimé l'opinion que l'écriture maya est idéographique, et ne comprend peut-être un certain nombre de signes réellement phonétiques que pour compléter les signes idéographiques. Je suis également arrivé à cette conviction et j'ai affirmé, dans un mémoire antérieur, que les hiéroglyphes mayas sont essentiellement de nature idéographique. Comme nous venons de le voir dans les inscriptions aztèques, une écriture en général idéographique s'allie très bien avec la constitution phonétique de chaque hiéroglyphe; il faudrait voir avant tout ce qu’on peut penser, sous ce rapport, des hiéroglyphes mayas.

Sans nier en principe que les hiéroglyphes constitués phonétiquement soient possibles et même qu’ils existent (je les chercherai d’abord dans les inscriptions gravées sur pierre, où les noms de personnes et de lieux jouent certainement un rôle), je crois que, dans les hiéroglyphes usuels des inscriptions, les éléments phonétiques manquent ou ne sont représentés qu’à l’état sporadique.

C’est, en quelque sorte, dans la nature dos choses. Comme dans la langue maya, la plupart des noms de choses sont des monosyllabes ou dérivent de monosyllabes par un nombre limité de suffixes, les éléments représentatifs contenus dans un mot présentent, pour les distinctions écrites, des moyens plus commodes et plus faciles à employer que ne pourrait le faire le son des mots.

Nous connaissons une quantité d'hiéroglyphes dont la valeur phonétique peut être établie avec certitude, et pour lesquels nous ne sommes pas embarrassés pour trouver le sens général des mots. Ce sont les hiéroglyphes des noms de mois qui nous ont été transmis par Landa. On y voit que les mots d'une seule syllabe sont rendus par des hiéroglyphes formés de plusieurs éléments, ceux de plusieurs syllabes par des signes uniques. Les trois mois Yax, Zac, Ceh, sont exprimés par les hiéroglyphes 7, 8, 9. La partie inférieure des hiéroglyphes est la même dans

tous les trois et ressemble au signe du jour Cauac. La partie supérieure du premier hiéroglyphe apparaît également dans l'hiéroglyphe du nom du mois Yackin (fig. 40, 11), et comme la partie inférieure de ce hiéroglyphe, Kin, désigne apparemment le jour ou le soleil, on pourrait en conclure que l’élément de la figure 12 doit être traduit par le mot Yax qui signifie: vert ou bleu, et aussi le premier, le primitif. Les parties supérieures des deux autres hiéroglyphes se retrouvent dans une série de ^ quatre éléments (fig. 13-16) qui sont ordonnés avec les quatre K “1 ^ •

directions célestes représentées par les hiéroglyphes des figures ' u ** ’ .” 18-21, de manière à former la partie changeante de ces hiéroglyphes, qui se montrent à côté do ceux indiquant les quatre points cardinaux. L'élément, au contraire, que j’ai désigné comme ayant probablement la valeur phonétique de Yax, répond de même & une cinquième direction céleste que l’on voit figure 17 et qu’on trouve dans les tables du Codex Troano (36) et du Codex Cortex (22) parmi les hiéroglyphes indiquant les directions célestes. Comme les objets qui représentent un des quatre points cardinaux sont distingués dans le maya par une couleur déterminée, il est probable que les éléments des fig. 13-16 désignent ces quatre couleurs. Les couleurs 7mc (blanc), Chac (rouge), Kan (jaune), Ek (noir), correspondent aux points cardinaux désignés par les signes du jour Ix, Mu lue,

Kan, Cauac, qui peuvent être identifiés avec les points cardinaux Chikin (Ouest), Xaman (Nord), Lakin (Est), Nohol (Sud). En laissant de côté ces quatre éléments, la figure 14 se montre dans l'hiéroglyphe du nom du mois 'Lac (blanc), la figure 13 dans celui du mois, Oj (cerf), c’est-à-dire de l'animal rouge. La figure 13 est de plus un signe particulier dans l’hiéroglyphe d’une déesse (fig. 28), la compagne de Chac, qui est représentée dans le Codex de Dresde 67 a et 74 avec une couleur rouge et des taches tigrées^On peut croire, d'après cela, que l’élément de la figure 14 a la valeur phonétique de Zac (blanc), l’élément de la figure 13 celle de Chac (rouge), et les figures 16 et 15 celles de Kan (jaune) et de Ek (noir).'

Mais il s'ensuivra alors qu'il faut assimiler la figure 18àAarnan

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(Nord), la figure 19 à Chikin (Ouesl), la figure 20 à Kohol (Sud) et la figure 21 à Isikin (Est). On peut admettre que les hiéro-

n’esl pas fixé sur leur signification en particulier. De Hosny (Vocab. hierat.j lit 18-21 Est, Nord, Ouest, Sud; Cyrus Thomas (Studi/ Afanuscr. Troano) et, d'après lui, Forstemann et Schellhas Ouest, Nord, Est, Sud; Cyrus Thomas ( Third Ann. Report flnreau of Ethnologi/, p. 61) : Ouest, Sud, Est, Nord. La cinquième direction céleste (fig. 17) dont on voit les variantes dans le Codex Cortez 22 (fig. 22, 23), désigne sans doute la verticale, lo mouvement de haut en bas ou de bas en baut. Comme le montre le Codex Troano 30-31 d et 14 b c, l'élément (fig. 12) auquel nous attribuons la valeur phonétique Vax, c'est-à-dire la couleur verte ou bleue, couleur du ciel ou de l’arbre céleste, du Yaxchê ou du Cciha (Bombax Ceiba), lui est coordonné.

AZTÈQUES ET MATAS

Dansles cas que nous venons de discuter, nous possédons ainsi des éléments hiéroglyphiques d'une valeur phonétique déterminée, et même nous avons dans les figures 10 et 1 1 un hiéroglyphe constitué phonétiquement. Mais il ne s’ensuit pas que ces éléments ne puissent avoir que cette signification phonétique, encore moins que cette signification soit nécessaire là où une constitution phonétique parait indiquée par le sens littéral. En général, dans l'écriture, les éléments de représentation sont mis tout à la première place. Nous voyons même que là où la constitution phonétique parait exister, elle est généralement évitée. C'est ainsi que dans la série des mois, le Kankin (le soleil jaune ou mûr) suit le Yaxkin (le soleil vert ou premier soleil), six mois plus tard. Dans l’hiéroglyphe de ce nom, on ne trouve ni l'élément Kan, jaune, ni l'élément Km, Soleil, mais deux autres (fig. 24, 25) dont l’un, l’élément capital, se montre dans l’hiéroglyphe du Chien ( Cod . Dresde 7 a, 13 c, 21 b.)

Les hiéroglyphes qui représentent, dans les inscriptions, les personnes divines ou mystiques prêtent aux mêmes considérations. Dans le plus grand nombre de cas, ils montrent la tête de la figure en question, pourvue, en général, d’un signe distinctif qui ne permet pas cependant do fairo présumer aucun rapport avec une forme déterminée de nom. L’hiéroglyphe du tigre (lig. 26) montre la tête du tigre et, au devant, l'élément Chah (rouge), probablement parce que le tigre est figuré comme le rouge. 1 L'hiéroglyphe de l’oiseau, dans le Codex de Dresde 8 a (3) (Gg. 27) montre une tête déplumée d’oiseau, avec une sorte

r de traînée sur l’arête du bec. La vieille déesse peinte en rouge, mentionnée plus haut, se montre en compagnie du dieu de la pluie ; elle verse de l’eau d’une cruche et est pourvue de griffes de ligreVEn hiéroglyphe (voy. fig. 28)f elle est exprimée par la tête d’uno vielle femme avec le tigre (fig. 13) plusieurs fois cité auquel nous attribuons la valeur phonétique Chac (rouge). L’hiéroglyphe d'une autre déesse représentée sous la figure d’une petite vieille dans le Codex Troano et sous des traits jeunes dans l’inscription de Dresde, montre également une tète de femme et, en avant, comme signe distinctif, l’élément de la figure 14

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