‹ Caractère des inscriptions aztèques et mayasChapitre 11 sur 11 · UITZ1L0P0CIITLI, DIEU DE LA GUERRE DES AZTÈQUES · texte numérisé non relu

UITZ1L0P0CIITLI, DIEU DE LA GUERRE DES AZTÈQUES

Il y a (leux ans, à Berlin, j’eus l'honneur de présenter au Congrès un mémoire sur le Tonalamatl de la collection de M. Aubin et les autres calendriers du même ordre. En discutant l’arrangement des signes, les figures et l’ensemble des symboles qui accompagnent les figures, j’eus l’occasion de réunir sur plus de vingt dieux et déesses, au nombre desquels entraient quelques figures des plus célèbres de l’Olympe mexicain, les données nécessaires, pour nous en former une idée plus exacte concernant leur nature et leur position dans le système religieux et philosophique des Aztèques. C’est un fait bien remarquable que dans cette liste de dieux et déesses — déités tutélaires des différentes parties du calendrier — on cherche en vain ce nom, qu’on est convenu de regarder comme le prototype des déités mexicaines, le nom d’Uitzilopoehtli, terrible dieu de la guerre de la nation guerrière et belliqueuse des Aztèques.

Pour nous rendre compte de ce fait si curieux, il ne faut pas oublier que la tribu des Aztèques était le Benjamin de la nation mexicaine, les derniers venus, comme ils s’appelaient. Le système chronologique des Mexicains et les superstitions qui s'attachaient à ce système furent sans doute inventés par les frères aînés de la tribu aztèque, par la race toltèque. Voilé l’explication du fait que je viens de signaler. Cette circonstance pourtant fut la cause que le dieu de la guerre des Aztèques n’entrait guère dans les discussions de mon mémoire antérieur, et c’est pour cette, raison qu’aujourd'hui je me propose d'y suppléer, en rassemblant les données nécessaires pour tracer plus exactement la figure sinistre de ce dieu qui porte dans son

nom ce mfmc mot « sinister », c'est-à-dire gauche, ou opochtli.

Les traditions confuses et les récits incohérents et absurdes concernant les différentes déités des Mexicains prennent un tout autre aspect, quand on se rend compte qu'ils tirent leur origine, sans doute, de conceptions simples et à peu prés analogues, quelle que soit la tribu de la race mexicaine, qui traçât la figure d’un certain dieu ou imaginât un certain nom de déité. Quant à Uitzilopochtli, déjà, dans mon mémoire cité antérieurement, je me suis efforcé de prouver qu'il fait partie d’une série de dieux qui se donnent pour autant de variations de l'antique dieu du feu, le dieu de la lumière, du feu céleste, du soleil, et pour cette raison sont également les dieux protecteurs de lâchasse et de la guerre. Xiuhtecutli ou Ixcorauhqui fait partie de cette série, le dieu même du feu, et dieu fondateur de la race tépanèque ; Mixcoall, le dieu de la chasse, qu’on identifiait avec Camaxtli, le dieu Tlaxcaltèque ; Tezcal/ipoca , l'idole de Tetzcoco ; Allaita et Opoc/tlli, dieux des Uhinampanèques de Cuitlauac; Xipe, le dieu rouge de la nation Tlapanèque,et autres déités d'un culte plus local. Une preuve manifeste qu'Uilzilopochtli rentre dans la même classe, c’est que le xiuhcoatt , le serpent enflammé du ciel, la comète, était considéré comme 1 onagual de ce dieu, son travestissement, la figure vivante qu'on croyait intimement liée à l'être du dieu, et que ce même xiuht oatl était le nagual d’Ixeoçanhqui, dieu du feu. Ainsi tous les deux portent sur le dos, en forme de bannière ou de devise distinctive, la tête fantastique de cet animal.

Un analysant plus spécialement les figures des dieux que je viens de citer, on reconnaît bientôt qu’il y en a dans ce nombre quelques-uns qui paraissent apparentés plus étroitement au dieu de la guerre que nous traitons. Mixcoatl-Caniaxtli doit être nommé comme le dieu qui s’approche très particulièrement du dieu Uitzilopochtli. Mais c'est surtout le dieu Tezcatlipoea qui, par son extérieur et par différentes particularités, parait être le parent le plus proche du dieu de la guerre des Aztèques.

Le Xtuhcoatl.

Il y a déjà presque quatre ans, dans un petit mémoire qui traite d'une liste des fêtes mensuelles des Mexicains, faisant partie de la collection de M. Aubin, je signalai le fait remarquable que dans la liste des fêtes mensuelles du Codex Vaticanus, le dieu Tezoatlipoca et le dieu Uitzilopochtli sont dessinés à peu prés de la même manière et avec les mêmes caractères distinctifs. Dès lors, j’ai rencontré maints autres appuis qui confirment mon opinion. Mais ce n’est que dans ces derniers mois, et en étudiant le texte aztèque de l'histoire du P. Sahagun, que je découvris une preuve du fait mentionné, qui est des plus curieuses qu’on puisse rencontrer. On sait que le dieu Tczcatlipoca, d’un autre nom, fut nommé Telpochtli, ce qui signifie le « jeune.» C’est pour cette raison que les moines rusés lui substituèrent la figure de saint Jean l’Evangéliste. On sait en outre qu'un trait des plus distinctifs de ces deux déités consistait en une peinture du visage en barres transversales, dans laquelle la couleur jaune alternait avec la couleur noire — chez Tezcatlipoca — ou avec la couleur bleue chez Uitzilopochtli. Or, dans le joli petit conte, qu’on peut intituler : Conte de la naissance du dieu Uitzilopochtli, qui est conservé au commencement du troisième livre de l'histoire du P. Sahagun, l’aspect et les vêtements du dieu Uitzilopochtli sont détaillés très spécialement. Dans la version espagnole que fit faire le P. Sahagun à l’égard de la peinture du visage du dieu, on ne lit que ces mots : * Y su rostro como pintado. » Mais dans le texte aztèque, il s'écrit : « Yoan yr yxtlan tlatlaan yc ommichiuh yn iconecuitl , mitoaya ypilnèchiual. » Ce qui veut dire : « Et dans le visage il avait des barres transversales, il était peint de ses excréments d’enfant. C’est ce qu'on nomme sa peinture de visage enfantile. » Il parait que les bébés des anciens Indiens n’étaient pas tenus très proprement, et que leur visage, quelquefois, montrait des traces de substances qui tirèrent leur origine d’un bien autre lieu. En tous cas, on doit déduire du passage cité que cette peinture du visage, avec de la couleur jaune en barres transversales, devait intentionnellement signaler le dieu, ainsi paré, comme un dieu

jeune. Et ainsi les dieux Tezcatlqmca et Uitzilopochtli se conforment l’un à l'autre très directement. On comprend que la fête dans laquelle, selon la tradition ordinaire, le dieu Tezeatlipoca, comme dieu jeune, joue un rûle important, la fête Teollfico, ce qui signifie « le dieu est arrivé », est désignée par le Père Duran comme la fête de la naissance d’Uitzilopochtli.

Bien entendu, je suis bien éloigné de maintenir que ces deux dieux soient tout à fait égaux Ce sont des parents, des cousins, des frères, si l’on veut, mais des frères très dissemblables en maints rapports. Uitzilopochtli est peint en bleu, Tezcatlipoca en noir ; la parure du premier se compose de plumes vertes longues et pliantes de la queue du quetzaltototl, celle du dernier se compose de pierres de silex dures et aiguisées, trempées de sang ; Uitzilopochtli est le terrible dieu de la guerre, des batailles, de la bonne lutte, Tezcatlipoca est le sorcier, le nocturne qui rûde la nuit jouant de la flûte de terre-cuite à son aigu ; Uitzilopochtli s'appelle H/iuiratl Xosou/iqtii, le ciel bleu-clair, la lumière céleste, Tezcatlipoca signifie la lumière dévorée par la terre, le soleil qui va éclairer les morts.

Le trait le plus curieux peut-être, concernant la nature de ce dieu, c’est son rapport avec Yuitzitzi/in, l'oiseau-mouche. Ce rapport se déclare avant tout dans le nom du dieu, qui signifie YOpochtii de l’oiseau-mouche, ou « le Gauche de l’oiseau-mouche. » Nous avons rencontré déjà le mot Opochth, « gauche », comme nom du dieu de la guerre et de la chasse des Chinampanèques. Dans l’un et l’autre nom, ce mot opochtli, gauche, ne veut dire autre chose que « fausse sortie » ou « sans sortie », c’est à-dire « vis-à-vis duquel il n’v a pas moyen de se sauver. »

Le rapport qui existe entre le dieu Uitzilopochtli et l’oiseaumouche se voit clairement dans les figures de ce dieu, comme il est représenté dans les peintures hiéroglyphiqes , où le visage du dieu est dessiné regardant par la gueule béante de YuitzitzUin, de l’oiseau-mouche. C’est là Yuitzitzil-naual, le nigual d oiseau-mouche ou le travestissement en oiseau-mou-

chc qui est mentionné dans une glossc au texte du chapitre du texte aztèque de l'histoire du 1*. Sahaguu, dont j'ai donné une version dans les publications du Musée royal tic Berlin ; mais il n'est pas dessiné dans les figures qui accompagnent le texte, étant remplacé par une petite langue rouge que le dieu porte sur le front et qui dans le texte est nommée ez-pitzatli « soufflerouge » ou souffle du sang ». Mais comme cet ez-pilzalli est glossé par le mot uitzilzil-naualli, il parait évident que le « souffle du sang», dont les Aztèques ornaient l'idole de leur dieu se composait de plumes de l'oiseau- mouche.

Finalement, dans les traditions qui traitent de l'immigration des Aztèques dans le territoire occupé par eux dans la suite, le dieu fondateur de la tribu, celui qui leur sert de guide pendant leur marche et qui n’est autre que le dieu Uitzilopochtli, est nommé Uitziton, « le petit oiseau-mouche », et c’est la voix subtile et aigue de cet oiseau — tiui litti, allons-nous-en — qui détermina les Aztèques au départ.

Mais qu’est-ce que signifie ce travestissement, qui est le lien qui unit le terrible dieu de la guerre au petit oiseau svelte aux couleurs brillantes, métalliques, qui voltige de fleur en fleur pour en tirer sa nourriture ? — Pour donner une explication de cette circonstance si remarquable, je citerai plusieurs faits.

En premier lieu, il résulte de différents passages du texte aztèque de l’ouvrage du P. Sahagun que les couleurs métalliques de la gorge des oiseaux-mouches aux Mexicains donnaient l'aspect d’une braise ardente ; aussi plusieurs variétés de ces animaux furent-elles appelées tle-uitzilin, c’est-à-dire oiseau-mouche à couleur de feu. Il parait donc évident que les oiseauxmouches, par leur couleur même, indiquaient certain rapport avec l’élément du feu. et pour cela avec les dieux du feu qui sont en même temps les dieux de la chasse et de la guerre.

Dans le mémoire que j’ai présenté à la septième session du Congrès, j'ai mentionné que le culte spécial qu'on rendait aux dieux du feu à certaines époques distinctes, pendant le cours d une année, prenait sa source d’un enchaînement qui as-

socie le dépérissement de la nature, la saison sèche à l'élément de feu. Mais déjà, dan» le mémoire cité, j'ai indiqué que la vraie conception de ce culte, le vrai titre sur lequel il se fondait, consiste dans le fait qu’on était convaincu que ce règne des dieux du feu n’était qu'un état passager, que le dépérissement de la nature sera suivi de sa résurrection. Or, ce mémo oiseau-mouche, de l'avis des Mexicains, était le vrai symbole du dépérissement et de la résurrection de la nature.

L’oiseau-mouche, dit le Père Sahagun. — « renuevasc cada afto, en el tiempo de invierno cuélgnnse de los Arboles por el pico : alli colgados se secan y se les cae la pluma. Cuando el Arbol torna à reverdeeer, el vuelve A revivir, y térnale A nacer la pluma, y cuando comienza A tronar para llover, entonces despierta, vuela y resuscita. »

L'oiseau-mouche, dit le Père Duran, — « los seis meses del afto niuerr y los seis vive, y es la nianera que dije, cuando siente que viene el invierno, vAse A un Arbol copioso que nunca pierde la lioja, y con distinto naturnl busca en él una hendedura y posase en una rarnita junto aquella hendedura y mete en ella el pico todo lo que puede y estAse alli seis meses del afto, todo lo que dura el invierno, sustentAndose con solo la virtud de aqtiel Arbol, corao muerto, y en viniendo la primavera. que cobra el Arbol nueva virtud y A echar nuevas hojas. el pajarito, avudado con la virtud del Arbol, toma A resuscitar y sale de alli à criar, y A esta causa dicen los Indios que muere y resuscita. »

C’est pour cette raison, sans doute, qu’on racontait que les Ames des guerriers morts, passé les quatre premières années après leur mort, se transformaient en diverses espèces d’oiseaux aux riches plumages et aux brillantes couleurs, qui s’en allaient aspirant le suc des fleurs dans le ciel, comme sur la terre, ainsi que le font les tzintones, c'est-â-dirc les oiseauxmouches.

Ce culte donc du terrible dieu de la guerre, dans son acception vraie et originale, n’est autre chose qu’un culte consacré à

— ti —

l’idée du dépérissement et de la résurrection de la nature. O11 pourrait dire aussi, consacré A l'idée de l'immortalité en général. Et parce que c’est l'idée du dépérissement et de la résurrection de la nature qui se personnitie dans la figure d’Uitzilopochtli, du dieu oiseau-mouche, voilé la raison de ce que l’idole de ce dieu, à Mexico, était placée à cété de l’idole du dieu Tlaloc.de la déité des pluies fertilisantes qui préparent et facilitent et produisent ladite résurrection de la nature.

Sous ce point de vue, en considérant comme j’ai dit antérieurement, que les Ames des guerriers défunts étaient supposées se transformer en tzintzones ou oiseaux-mouches, on pourra concilier avec l’autre ensemble de ce que nous connaissons, concernant la nature de ce dieu, une détermination qui, au premier aspect, parait bien absurde, la détermination que nous lisons au commencement du premier chapitre de l'ouvrage du P.Sahagun, A savoir: Uitzilopochtli çan maceualli çau tlacatl ralca , c’est-Adire : « Uitzilopochtli n’était qu’un homme », taudis «pie le dieu Trzcallipoca est dit, peu de ligues après : inin vel teoll ipun mnehoya , celui-ci était considéré comme vrai dieu. On peut admettre que la mémoire d'un guerrier, héros fondateur de la race, dont l’Ame, selon l'opinion de ses descendants, continuait son existence nu ciel, transformée en oiseau-mouche, se confonde avec les éléments dérivés de la figure de l'antique dieu du feu, comme celui-ci vivait dans l'imagination de la race mexicaine. Il est bien probable que c’est de ce croisement que la figure de la déesse tutélaire de la tribu guerrière des Aztèques, du terrible dieu Uitzilopochtli. tira son origine.

Il y a un autre trait encore, qu’on met en avant, toutes les fois qu'il s'agit de la nature ou des exploits de ce dieu, c'est lo combat qu'Uitzilopoehtli engagea au moment même de sa naissance, contre les Cenlzon-Uitznana , les innombrables Uitznni/n, ses frères alliés, qui, mal pensant, se disposaient à mettre à mort leur commune mère Coallicue et son fils encore à naître, le dieu Uitzilopochtli. L’histoire est exposée d’une manière très détaillée, dans un joli petit conte, qui se trouve inséré au troi-

sièmelivrede l'ouvrage du l'.Salmgun, et qui, par son styleet par son sujet, peut être qualifié un des meilleurs produits de la littérature indigène aztèque. Comme toujours, ce texte aztèque contient beaucoup plus que la version espagnole du P. Sahagun.

La déesse Coatlirup, la mère d'Uitzilopochtli et des Gentzonuifznaua, sans doute, n'est pas autre chose qu'une variante de la déité de la terre, procréant de son sein les plantes qui font la nourriture des hommes et des bétes. On lui dédiait un culte spécial dans le quartier, ou, mieux dit. dans la parenté de Coatlan, dont les membres exerçaient le métier de tresseurs de couronnes de fleurs. Los Centzon l'itznaua qui se disposenl à attenter aux jours de la déesse, doivent donc être des génies ennemis de la vie de la nature. Cela s’indique dans leur nom, i'itznauatl, qui veut dire chose pointue, piquante, tranchante, comme une épine.

Uitzilopoehtli, en mettant à mort ces génies, se montre ici encore, comme déité propice à la vie de la nature, à la végétation germante, le jeune dieu vainqueur, en quelque sorte une représentation du printemps.

Quant aux symboles et aux attributs dont on voit accompagnée la figure de ce dieu, j'ai déjà mentionné le Xiuh con-naualli, le nagual du serpent enflammé du ciel, qu'il porte sur le dos comme une bannière on devise distinctive. Aussi ai-je mentionné l 'rzpitzalli. le souffle du sang, ou Yuitiilzit-naiial/i le nagual de l'oiseau-mouche. L 'ezpitzaUi est un symbole exprimant les qualités guerrières du dieu. Il se composait, à ce qu’il parait, des plumes rouges braise-ardente de la gorge de l'oiseau-mouche. Uiiilzilzil-naua/li signifie le même symbole et peut être aussi le casque en forme de tête de l'oiseau-mouche. Ce qui est, en outre, un caractère très distinctif de ce dieu, c’est que tout ce qui. dans son rival, le dieu Tezcatlipoca, est muni de pointes aigtles, tranchantes, dans notre dieu est remplacé par des plumes. Dans le Codex Vaticanus, les dieux Tezcatlipoca et Uitzilopoehtli portent sur le dos un ornement de plumes en forme d’éventail, du centre duquel sort un drapeau. Celui de Tezca-

tlipocu est muni d’une pointe aigüc de pierre, celui d’Uitzilopochtli est garni de plumes. Aussi les dards ou javelots qu’on voit dans la main droite de ces dieux, saillant au-dessous de la rondache, dans l'image de Tezcatlipoca portent des pointes de pierres, dans celle d’Uitzilopochtli des plumes. L’étendard enfin, qu’on voit dans la main gauche élevée de la figure du dieu Uitzilopochtli, au lieu de pointes de pierre, est muni d’une série de pelotes de plumes. Les dards ou flèches, munis de plumes, au lieu de pointes de pierre, jouent encore un rôle dans les cérémonies, dont le dieu de la guerre était honoré à certaines occasions. On les appelait teomitl, ce qui signifie « flèche de dieu» ou « flèche sainte précieuse », ou « flèche qui ne servait qu’aux sacrifices, qu’aux fêtes des dieux».

Or, ces mêmes dards sans pointes, munis de plumes, au lieu de pointes de pierre, sont les armes dont on équipait les guerriers captifs, qu’on allait immoler aux autels des dieux, mais qui, avant d’être traînés à la pierre du sacrifice, étaient obligés de combattre contre des assaillants munis d’armes tranchantes. En général, on parait et ornait de plumes et de couleur blanche ceux qu’on allait tuer sur la pierre du sacrifice. C’est là la raison qui donnait lieu à la coutume d’envoyer des plumes et de la terre blanche à ceux qu’on provoquait au combat. C’était un signe, qu’on les ferait captifs et qu’on allait les immoler sur la pierre de sacrifice. De là venait la phrase motzontlan, moquallan nicpachoa in tiçatl in iuitl « je presse sur ta tête la terre blanche, la plume », phrase qui rendait le sens : « tu es averti ».

Mais qu’cst-ce que signifie la parure de l’ennemi vaincu chez le jeune dieu delà guerre et des batailles? On pourrait s’imaginer qu’ainsi le dieu est signalé comme celui qui donne la mort, de même que le dieu Indien Siva est paré, de crânes des morts. En quelque sorte cela serait juste. Mais je crois qu’on devrait attribuer à ces symboles un autre sens, un sens plus profond. C’est une chose connue, que les Mexicains, comme les anciens Allemands et les anciens Normands, assignaient des localités différentes à ceux qui étaient morts sur le champ de

bataille et à ceux qui étaient morts dans leur lit. Le* derniers s’en allaient au Miction , lieu obscur et ténébreux, qui retenait pour toujours les Ames de ceux qui une fois y étaient entrés. Les premiers — et comme euxaussi ceux qui étaient morts sur la pierre de sacrifice — s'en allaient dnns la maison du soleil pour y servir pendant quatre années. Après ce temps, comme je l’ai dit antérieurement, ils se transformaient en oiseaux aux riches plumages, en oiseaux-mouches, qui volaient de fleur en fleur, aspirant le suc des fleurs, dnns le ciel comme sur la terre. Ainsi nous revenons A l’idée exposée antérieurement, d’un dieu régnant dans les régions célestes, lumineuses, prototype de la résurrection, d'une vie étemelle joyeuse. Et, en effet, les pelotes de plumes, comme elles font la parure du captif qui sera immolé, comme elles sont un caractère distinctif de la parure du dieu l'itzilopoehtli, le sont aussi de l'oiseau-mouche, dont la tête, dans les peintures hiéroglyphiques, parait entourée de boules de plumes.

Je me borne A ces brèves remarques : il serait trop long de raconter en détail tous les détails de l’ajustement du dieu et les cérémonies compliquées de son r ulte. Seulement, qu'il me soit permis d'v joindre quelques mots sur le temple, le grand Trocalli de Mexico, qui portait sur sa plateforme les sanctuaires unis du dieu de la guerre et du dieu des pluies, Uitzilopochtli et Tlaloe. Je crois qu'il est utile de présenter ces faits au Congrès, parce que, jusque dans ces derniers temps, les indications fantastiques de l'historien Clavigero sur ce point furent répétées sans contradiction Dans In précieuse cblleetion de navigations et de voyages, rassemblée parGio. Hatt. Ramusio, est insérée une relation intitulée « llelationc, etc., fatta per uno Gentil’homo del Signor Fernando Cortese », relation qu’on s’est accoutumé de citer, relation du Conquistador Anonimo. Dans cette relation bien estimable, le grand Téoealli de Mexico est décrit d’une manière très correcte, et, selon mon avis, bien claire. L’auteur dit : « Fanno uno edificio di una Torre in quadro di cento e cinquante passi, 6 poco più di lunghezza, e cento quindeci, ô cento

e venti di larghezza, e comincia questo editicio lutto massiccio, e dopo che è tanto alto corne due stature di un huomo, per le tre parti alF intorno lasciano una strada di larghezza di duo passi, e dalla parte del lungo cominciano a montare scalini, e dopo toruano à sallirc con altre due stature di huomo in alto, e la materia è tutta massiccia fatta di calcina c pictre, c quivi poi per tre parte lasciano la strada di duo passi, e per altra salliscono li scalini e saliscono tanto in questo modo che vanno in alto cento venti c cento trenta gradi, e di sopra resta una piazzetta ragionnevolc, etc., etc. » Cette description n'est pas bien lucide, il est vrai, mais, selon mon avis, il n’y a pas à se tromper. La description dit seulement que les escaliers montaient plus graduellement que les parois des divers étages de la pyramide. Il en résultait que sur ses trois côtés, entre un étage et l'autre, il y avait un recoupement, qui. sur le quatrième, était rempli par les .subconstructions de l'escalier. Mais, dans l’édition de la collection de llamusio, cette description est accompagnée d’une gravure qui donne une idée tout a fait bizarre de l’arrangement de l’édifice. Et c’est cette gravure, sur laquelle l’historien Clavigero fonde sa description, qui ne manquait pas de devenir vraiment monstrueuse. Les images du grand temple, qu’on voit dans les peintures hiéroglyphiques, et de même celle du papier de la collection Aubin (Voir Appendice à l'édition de l’Histoire de 1’. Duran, Mexico 1880. Lam. 16*) suggèrent une tout autre idée, et il suffit de les voir, pour se convaincre de l'inexactitude de la gravure de Ramusio et de la description de Clavigero, historien ordinairement estimé beaucoup plus qu'il ne le mérite.

Laval. — Imprimerie et stéréotypie E. Jamin, 8, rue Ricordaine.

Lava). — Imprimerie el stéréotypie E. JAMIN, rue Riconlainc, 8.

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