‹ Caractère des inscriptions aztèques et mayasChapitre 10 sur 11 · PA · texte numérisé non relu

PA

Le D r Ed.

SELER

PARIS

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR

88, RDB BONAPARTE, 28

NOTICE

SUR LES LANGUES ZAPOTÈQUE ET MIXTÈQUE

C’est pour des raisons purement pratiques, afin de gagner un point d'appui dans l’étude des antiquités du pays des Zapotèques, que, durant ces dernières années, je me suis efforcé de faire la connaissance de la langue zapotèque et de ses alliées et de pénétrer les lois qui gouvernent ces langues. J'ai réuni les résultats de mes études dans un petit mémoire que je pense publier dans quelque temps. Pour maintenant, je demande la permission de signaler tel ou tel point qui parait d'intérét spécial.

La prononciation et la forme des mots varient considérablement. Pour « je pique », ou « je perce avec une flèche » on dit dans le district deTlacolula Ido-a, dans celui d'Ocotlan rùu-a ; pour « celui qui pique », on dit là prni-côto et ici benni-gbto. Quant à la région des Mixtèques, on dit par exemple, à Tepozcolula dsutundi ou tanndi mon père, et il Yanlmitlan calaà nchu. Pour» le travail » ou dit à Tcpozcolula tniùo h Yanlmitlan c/iiAo. Mais, en général, ce sont des lois très précises qui président aux variations et aux nuances de la prononciation. J'ai pu le constater, parce que, pour la langue zapotèque, j'avais à nm disposition l'ancien vocabulaire très complet du très révérend père Fr. Juan de Cordoba, qui collectionna ses phrases dans Je district de Tlacochahuaya, et un autre vocabulaire manuscrit, aussi bien complet, qui fut composé en mil sept cent quatre-vingt-treize à Saint- Martin Tilcagete du district d'Ocotlan. Rt pour les dialectes Mixtèques on pourra constater la même chose, en comparant l’ancienne grammaire du très révérend père Fray Antonio de

los Reyes, écrite dans le dialecte de Teposcolula, et le catéchisme, publié par le père Fray Antonio Gonzales en mil sept cent dix-neuf, qui appartient au même dialecte, avec les catéchismes en « Idioma Mixteco segun se habla en los curntos de la Mixtcea Baja et en Idioma Mixteco Montaüez », publiés par l'évêché de Puebla en mil huit cent trente-sept.

Les éléments constituants de toute langue sont ces associations simples de sons articulés qu’on s’est accoutumé d’appeler les radicaux, et que l'homme inventa pour désigner les choses palpables qui se présentaient à lui dans ses environs immédiats. La langue naquit au moment où se forma une règle pour associer ces sons complexes suivant le rapport qui existait ou qu’on croyait voir entre les choses même. Le moyen le plus simple de mettre en avant cette association, c’était de distinguer par la position le sujet et le verbe, le substantif et l’adjectif, le possesseur et la chose possédée. Voilà la loi syntactique la plus élémentaire. La formation de cette loi n’est pas la même dans les différentes langues, mais elle est en vigueur dans toute langue, si compliquée qu’elle soit. Et généralement, elle est suivie d'une manière d’autant plus rigoureuse, que la langue même est moins compliquée. Les langues mixtèques-zapotèques suivent la règle de mettre la notion qualifiante après la notion qualifiée. Et comme notion qualifiante ne figurent pas seulement l’adjectif vis-à-vis de son substantif, pas seulement l’adverbe vis-à-vis de son verbe, mais aussi le sujet vis-à-vis du verbe. C'est le fonctionnement de cette règle qui me prouve que le verbe et le nom entrent dans la même catégorie.

Je cite comme exemples pour le fonctionnement de la règle signalée, en langue Mixtèque :

tay-yaha cet homme, lay-cuisi homme blanc.

tay-yucu homme de la montagne, montagnard.

ine-quetc la bête est debout, ine-tendoho la cruche est debout. yo-sini-mani-iiaha-ruli je vois avec bienveillance sur quelqu’un.

t/o-sini-vhui-aaha-ndi']e vois avec haine sur quelqu’un.

En langue zapotèque :

peni-lij ou benni-rij cet homme, manni-rij cet animal. guela-yaa nuit claire, guela-tola nuit obscure. peni-lani montagnard, late-tani pays montagneux. tago-ajc mange, tago-xala-ya je mange beaucoup. rinaa-chii-ya je vois avec bienveillance sur quelqu’un. ri'fiaa-toxo-ya je vois avec haine sur quelqu’un.

D’après cette loi, le régime direct ou indirect fonctionne également comine notion qualifiante, à peu près de la même manière, comme un adverbe, et pour cette raison est incorporé à la locution verbale, p. e., en Mixtèque.

jo chihi-nnhu-ndi je mets le feu à quelque chose. yo-chihi-catnu-ndi j'attache un nœud à quelquo chose.

Naturellement, il n’est pas tout il fait de rigueur d'incorporer les adverbes et les régimes, t'.cla se défend en raison de la construction de la phrase, qui deviendrait trop compliquée ; c’est une conséquence de la faiblesse de la pensée humaine, qui est incapable d’embrasser d’un trait la notion et tous ses qualifiants. Alors c’est par la postposition, par des suppléments qui, naturellement sont prononcés après la déclaration principale, qu’on cherche il compléter la phrase commencée.

Les catégories les plus élémentaires et principales dans une langue sont celles qui correspondent aux notions du sujet, c’estfi-dirc de la personne qui parle, et de la personne, à laquelle les paroles se dirigent. C'est un fait très curieux que dans la langue zapotèque il y a un radical qui change sa voyelle suivant la personne qui le qualifie. C’est le verbe na aller, qui se conjugue de la manière suivante :

ri-aa-ya,ri-ee-lo, ri-ce-ni je vais, tu vas, il va.

ri-oo-lon-oo , ri-ee-loo, ri-ee-ni nous allons, vous allez, ils vont.

Nous voyons que l'a se modifie en e pour distinguer la première personne de la seconde et de la troisième, c’est-à-dire pour distinguer celui qui parle des autres auxquels ses paroles s'adressent ou qui sont en dehors de la conversation immédiate.

Et nous voyons que l’a se modifie en o pour distinguer celui qui parle de la totalité qui embrasse celui-méme qui parle et les autres. Cette même loi fonctionne dans bon nombre de préfixes.

Nous rencontrons la modification de l'a en e ou o encore ailleurs dans la langue zapotèque. La voyelle a s’emploie pour désigner un aller, un mouvement h un point éloigné de celui qui parle, et l’action de faire une chose pour la première fois. La voyelle a s’emploie pour désigner l’arrivée, le retour, la répétition, p. e. :

aa, zaa aller, ele, rte venir.

zaa aller, ezaa aller de nouveau.

aca, znca être fait, eaca , rzarn être fait de nouveau.

Dans d’autres cas la voyelle a signifie la direction en haut, la voyelle e la direction en bas, p. e. :

an monter, quiaa. emjaa en liant.

rte descendre, quêta, quete en bas.

nza sauter en haut, azr tomber en bas.

liza ériger, élever, lizr, lite incliner, abaisser. bna en haut, heureux, riche, fortuné, bre être assis sur la terre ou tirer quelque chose du fond d’une autre. ban-ber pêle-mêle, soudain.

De même la voyelle a signifie la surface, la voyelle o l'intérieur:

an être étendu sur la surface, no être dans l'intérieur d'une chose.

ma mettre un objet sur la surface d'un autre, ton le mettre dans l’intérieur d’un autre.

zaa aller sur la surface d’une chose, zoo être debout dans un certain point. .

zaa-zno pêle-mêle, soudain.

11 résulte de ces exemples que la modification de l'a en r ou en o signifie une différence de la direction. Peut-on en déduire que la modification semblable, par laquelle se distinguent la première personne de la seconde et la première personne du singulier de la première personne du pluriel, dérive de ce que les

différences des personnes dans l'origine ne sont pas autre chose qu’une différence de direction ? Je crois que oui. Car si vraiment il en est. ainsi, comme une dillércnce de la direction ne représente que deux extrêmes, il en résulte comme conséquence logique que, à l'origine, le pronom de la seconde personne doit être le même que celui de la première personne du pluriel. Et c’est justement ce qu’on observe dans les langues zapotèque et mixtèque. Dans la langue zapotèque le pronom de la première personne du singulier s’exprime par la voyelle a , les autres personnes par la voyelle o, mais on place en avant de lui, à la seconde personne du singulier la consonne /, à la seconde personne du pluriel la consonne t ou r, et à la première personne du pluriel la consonne n, p. e. :

pizaana-ya ma sœur, pizaana-lo ta sœur.

pizaana-tioo notre sœur, pizaana-too votre sœur.

Il y a plus de variation dans les dialectes mixtèques, mais toujours on reconnaît que les mêmes afllxes servent pour la seconde personne et pour la première personne du pluriel. Dans la langue de Tepozcolula, c’est la voyelle i qui fonctionne pour la première personne du singulier, la voyelle o qui fonctionne pour les autres personnes ; mais toujours les voyelles sont unies à une dentale, qui dans ce dialecte se prononce comme un d ou un d nasal :

dzutu-ndi mon père, dzutu-ndo ton père.

dziitu-ndoo notre père, dzutu-ndohoo votre père.

Dans les autres dialectes, l’i de la première personne se remplace par un u court, et la dentale se transforme en une /, ou ;• ou y, et dans la seconde personne quelquefois dans la palatale ch, et même dans la gutturale g.

Les dialectes zapotèques et ceux de la langue mixtèque présentent cette différence, que les premiers emploient la voyelle a pour la première personne du singulier, les derniers la voyelle i. Par contre, c’est la voyelle i qui, dans la langue zapotèque, sert à désigner la troisième personne et le démonstratif, et c'est la voyelle a, par laquelle, dans les langues mixtèques, ces personnes s'expriment.

On voit ainsi que les transformations des langues tendent, en premier lieu, par l’économie, à tenir compte du nombre restreint des sons, qui sont à leur disposition. Je ne peux ici entrer dans toutes les péripéties de ces langues simples, mais bien développées. Ce que j’ai eu l’honneur de vous présenter, vous servira de preuve qu'il y a des problèmes intéressants à résoudre partout où, sur l’ancien sol du Nouveau-Monde, on veut enfoncer la bêche.

Laval, lmp. et Stér. K. JAM1N, 8, rue Ricordaioe.

1) R ED. SELER

UITZILOPOGHTLI

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