SCENES DUN VILLAGE MARITIME
liôn se faisait remarquer par la régularité de sea habitudes , la gravité de son langage ^ et sa. haine pour toutes les frivolités du monde ; qu'ainsi je devais m'attendre à vivre de régime sous tous les rapports , à ne trouver là aucune des jouissances faciles, aucun des plaisirs même de rinteltigence^ nulle de ces superfluités nécessaires dont le sé^ jour des villes nous fait un besoin. Je dus prendre mon parti , et ma curiosité » avide de scènes inconnues 9 rendit ma résignation moins méritoire.
Le chemin que nous parcourûmes en appro-»
chant de D...d s'accordait parfaitement avec la vie monotone qui m'était annoncée. Une levée étroite dominait à droite et à gauche des prairies marécageuses, dont l'aspect lugubre et désolé était surtout bizarre vers les bords de l'Océan. Là le gazon était pâle et blafard; un sédiment jaunâtre surchargeait tous les herbages ; les joncs flétris se dressaient taillés et aigus comme des épées à deux tranchans ; des fossés revêtus d une lave noirâtre et tachetée de jaune, entrecoupaient cet espacé couvert d'un foin épais, bru«nâtre et gras : toute la végétation semblait mé-
EN MGLETE^B]Ç. 5
taQiQrpbQ«<ie.par rinflueoce.ç^es e:i^.|i|ai£^u«/Sfaijia^s ejt'dun 9€j tiTempé d'jÇ^,u de.meix. Le brc^t jioi^^ Uin 4es vsigiies.iiuginentai^d'iajt^njsité^ à fnospf^ iqiKe aous ayançioas sur la gauche ; aupr,ès (^'uf^ digye rpcnpue ejt/çQ^pmbriée de-limo^ 9 ui^e t.Qi^(e était d^esaée.^ur deux p.çrç<h,ç^j que p/^otége^ie^t à demidcs lambeaux de tQfgtes couleurs. Ua ieu 4e tourbe br-ûjai^ àc^té de la. tente ^ <>cci;p4e p£ir six à sept personnages hâves et ^ugqlièr^PiCiQt drapés. CetftÂt» rne^ cQmpagnpn^ 4^ r(>ute me rapprirent, une de ces tribus bol^éniienoe»' que les .actes du parlefuejji^ ii.ayaiei;i.t pas ç^r CQi^e exitée*. iLe - père , cbargC* d'uj^ fagçt , d,e hfmyteïiïvddt dans la teinte: une fen^me à.dej|;nj #ue f ]ej&yew^ rougeç et.|^9rjl;ant de;|a fêfe, ^novu^ jl^sait UB enfant npir et ina^re cprame elle^^^ que|queclj$tançe , J^e patri^jrc^e,. Kaï.eul 4p If r^ce jioma/d^o 1^^ ^ê^^ cl^auve.et branlant^,, tpujt fi;isr- ^9;p(^ai\t dje jFrqid .spi^s la brise,,çaariaç?f laissait ;ï|er -ioUjibj&r sou ipentpA sur , sa pojtnuc; nqe et blaur .cfeç. ^ D^ux petites fiU^^, aqa^ traits rqgM%rs|,.iai £ro»t>bv^az^a au rçgaifd pe.ifea»t et hardi, et j^ qeiSiaîs,qja.el..80fifîf:e 4» viqe déjà j5xé sur les J07 vres, vinrent nous demander raumôue, q^i leur
s SCÈNES d'un village MARITIME
fut donnée. Dans cette scène , le personnage remarquable, c'est le vieillard isolée pensif et souffrant , méprisé sans doute et maltraité par la tribu, qui le regarde comme un vil et inutile fardeau. Â le voir si profondément triste , vous eussiez <fit qu'il parcourait à la fois , par la pensée, là carrière de vice , de honte , de misère , que lui-même avait franchîe , et ceUe que sa race allait courir. •
Et nous venions de Londres, immense marché, foyer de luxe et de commerce , bazar de l'Europe ! Sur notre route , nous n'avions vu que beaux gazons, molles pelouses dont te velours caresse . la vue , chaumières tapissées de chèvrefeuille et de lierre , si propres, si ornées, qu'on les prendrait pour des cabanes de fantaisie. Toutà-coup disparaissent la civilisation dans ce qu'elle a d'éclatant, l'existence rurale dans son élégance la plus gracieuse; et voici à leur place une nature marâtre , dont aucun soin ne corrige l'infécondité ; une vie sauvage , criminelle , anathème permanent , debout au milieu de la société civilisée, pour la harceler, la rançonner, et la maudire !
EN AN6UBTERR£. 9
. Nous descendîmes à la taverne de la reine Bess ou Elisabeth : en Angleterre, quel hameau sichétif n'a pas sa taverne ? Je ne me rappellerai jamais sans un mouvement de gaieté la figure de la reine , dont les yeux notaient point d'accord,[et dont le peintre du hameau avait bouleversé les traits , comme un moine du moyen âge bouleverserait les lettres d'un nom pour en faire un anagramme. Au lieu. de me rendre, après mon arrivée, chezM.Ézéchiel F..*.^ je descendis sur la plage par une petite rue étroite , cailloutée et si rapide , que le pied trouvait à peine de quoi se fixer.
La marée, en quittant le rivage , avait laissé à sec un vaste espace de sable fin, tout étinc^iant de mica. Devant moi était la mer calme ; en s'égarant le long de la côte, et en quittant le petit groupe de maisons éparses autour du clocher, l'œil n'apercevait de toutes parts qu'une stérilité pittoresque et grandiose : des roches aiguës, battues par la mer, creusées par ses flots, affectant des formes insolites, audacieuses ; sur ces roches toutes blanches, quelques arbres nains, une végétation maritime revêtue de couleurs rudes et tranchantes ; la buglosse bleue ,| le pavot noir et le chardon giganr
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tesque a^fx fleurs duQ rouge aoiobre et éclatant. J^es cimes les plus çlavées et les pkis iaacces* sibles se tapissaient de nuances diaprées ; .vous eussiez dit une étoffe cotonneuse et chatoyantei C'étaient des couches superposées de mousses marixies, dont une humidité acre v répandue dans Tsiir imprégné de. molécules salines, fa* vorisf la croissaope. Les seuls édifices que Ton entrevit du point où jetais placé , la vieille église eit la maison des pauvres (ancien monastère titans*formé en asile de charité), m'apparaissaient sous un vêtement de ces lichens séculaires , gris et pourpres, verts et bleuâtres, végétation imperceptible» mais éternelle , et dontrasp^ect est si doux à l'<eil , que plusieurs propriétaires de maisons de plaisapce ont .vainement essayé d'en contrefaire le$ nuances délicates, veloutées et merveilleuse-^* ment fondues. Il a bien fallu que Ta^t renonçât il les improviser : ce sont les siècles qui les onJt peintes.
Je reculai, comme- par un^e sorte de crainte in- Sitinctive, le moo^nt de.oie présenter ohe^ les jiQUveaux hôtes dant on m'avait dépeint la sévère ..bumei#ir, ^tje mé îinis à. étudier les lieux avant de
savoir quelies figures devaient peupler ce paysage.. Dans une hutte de pauvre apparence , que protégeait l'excavation du roc, était assis un homme à la jambe de bois, revêtu de sa vieille blouse bleue , costume uniforme des matelots et des pêcheurs* Il me vit arrêté sur la rive, et vint vers moi pour m offrir ses services. Son métier est d'indiquer au petit nombre de voyageurs qui visitent son village , les divers points de la côte ; métier dont il tire évidemment peu de profit,. car sa misérable cabane renferme pour tout mobilier un hamac, un vieux coffre , une ligne à pêchej et un télescope. Il est vieux, il a servi son pays ;. il raconte ses combats; il ne se plaint point. Â coté de sa butte, il s^est fait un petit jardin, si Ion peut honorer de ce titre un espace entouré de débris de vaisseaux et de barques, où les plantes les plus communes élèvent languissamment leurs tiges mesquines et grêles. Pendant qu'il me disait les noms des bricks et des sloops de loute dimen^on et de toute forme qui se trouvaient à l'ancre , et ceux des maîtres de barques que je voyais revêt nir en forçant de rames , pour atteindre le rivage avant la nuit, j'observais au loin , sur la grève ,