OROSMANE
Orosmane a une figure douce, agréable, et, sur son front calme et serein montrant son caractère franc et loyal, il se fait aimer dès le premier moment qu'on le voit. Son originalité, piquante et imprévue, le fait aimer une demi-heure après. La connaissance de son âme, trois mois après, le fait aimer pour toute la vie» Dans sa conversation, ses brise-raisons, ses disparates, les longues, histoires, les longues amours de sa longue personnel
S CAKA.CTeB.ES ET PORTRAITS
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ses talents, ses bonheurs, ses malheurs, son air riant ou languissant mal à propos, ses idées neuves, exprimées singulièrement, ses à-propos, ses sorties, ses indignations, ses dissertations, ses manies et ses manières lentes, même à impatienter, le rendent une créature aimable, Intéressante et précieuse à ceux qui le connaissent autant que moi.
ANTROPHILE
Antropmixb est né avec les plus heureuses dispositions pour tout. Content d'avoir reçu du Ciel cinq sens bien conditionnés, il n'eut d'autre occupation que de les satisfaire. Il vit, entendit, sentit, goûta et toucha tout pour son bonheur, sans faire celui des autres. Il aima tout le monde, et ne fut aimé de personne. Je suis le seul qui me souvienne qu'il était brave à la guerre, et bon diable à la paix. Il est si porté à être content des autres, que les autres ne le sont pas de lui, parce qu'ils s'imaginent qu'il y a quelque chose là-dessous, et que le nombre des sots, des méchants et des méfiants est le plus considérable. Comme il n'est rien de tout
cela, il ne croit pas qu'il y en ait. En entrant dans une maison, il remercie le suisse de lui avoir ouvert la porte, fait compliment au frotteur de ce que le parquet est si bien ciré, trouve le coureur de la plus jolie figure du monde, témoigne au valet de chambre son étonnement de la manière dont il sait accommoder une perruque, trouve la chaise de paille qu'on lui donne pour se mettre à table un fauteuil excellent, et ne trouve pas trop chaud le potage qui le brûle. « Le bœuf est dur, lui dit-on. — Il ne l'est pas, répond Antrophile ; et quand même il le serait, il en a plus de goût. Quelles écrevisses ! dit-il ; ce sont des écre visses de mer ? — Non, non, elles sont d'un petit ruisseau. — Quels ortolans!... — Non, non, ce sont des merles. — Assurément, dit-il, ils chantaient à merveille. Messieurs^ ajoute-t-il, n'admirez-vous pas l'éloquence et les lumières de celui chez qui nous dînons? — Monsieur, il n'a pas. encore * dit un mot... Non, mais écoutez seulement lorsqu'il parlera ! » Un créancier ennuie Antrophile pour une dette de vingt ducats; il les a bien, mais il les a promis à quelqu'un à qui il ne les doit pas, et va eh emprunter quatre-vingts, à' 30 pour. 100, pour compléter la somme qui lui manque pour acheter un tableau, qu'il assure être divin. Antrophile raconte une histoire ; on ne la croit pas vraie. « Eh
ANTROPHILE
bien, dit-il, messieurs, je vais vous en' conter une autre sur le même sujet, et vous choisirez. » — « Monsieur, lui dit-on, un tel a mal parlé de vous; — C'est un galant homme, dit-il, que j'estime infiniment. Je vous estime de même ; j'ai connu M. votre père, qui était le plus bel homme du monde; vous êtes rempli des plus belles et brillantes qualités, et je me battrai avec vous, puisque vous dites que notre ami commun a dit du mal de moi. » Un autre lui dit : « Vous avez douté de la vérité de ce que je vous ai dit l'autre jour... — Non, monsieur, je n'ai jamais douté de rien, ni de personne; non, le diable m'extermine! — Nous nous battrons demain. — Oh! monsieur, épargnezmoi, je vous prie : je suis frileux, enrhumé et goutteux ; j'ai une grâce à vous demander, daignez me l'accorder; personne ne vous honore et ne vous révère plus que moi ; vous êtes aimable, généreux... Eh bien, monsieur, M me la marquise, votre mère, honorait ma sœur de ses bontés... Eh bien, monsieur, ne me faites point aller au bois de Boulogne par ce temps-ci. Permettez-moi demain d'aller vous faire ma cour... — Pour me faire vos excuses, apparemment ? — Non, monsieur, de ce que je ne puis point attendre à l'air, et pour vous prier de me permettre de me battre dans votre chambre. »
Antrophile prend la main d'une personne, en embrasse une autre sur la joue droite, poir préparer une révérence sur la gauche à une troisième. Il laisse tomber un petit enfant qu'il tenait sur les genoux, pour caresser un chien de la maîtresse de la maison, et déchire une quittance essentielle pour allumer une bougie. Il a pitié d'une dupe qui se met au jeu et lui dit : a Je serai de moitié avec vous », et il se met d'un quart en société avec un fripon. Le seul calcul dont Antrophile a été capable, c'est de coudre, depuis quatre-vingts ans, chaque vingt-quatre heures, les unes aux autres, d'une manière si agréable, que, ne 8'apercevant pas de son âge, il prendra la mort pour une visite, lui dira qu'elle a bon visage et qu'il la trouve engraissée depuis la dernière fois qu'il a eu l'honneur de la voir.
BAJAZET
Bajazet est un amas de ridicule, de petite insolence, de prétention et de sottise.
Il a réuni les défauts des quatre âges :
l'indiscrétion, les petitesses, l'air affairé du premier, et l'importance du dernier. Il parle toujours, se met en avant, a une manière dégoûtante de dire du bien, a .une chaleur à froid, une exagération continuelle, des petits propos vulgaires, grande opinion de lui. Ignorant comme un capucin , et fatiguant à mort ceux qu'il ne fait pas rire de tout ce qu'il dit et fait de pitoyable. Bon enfant, malgré cela, ayant de l'honneur et quelques petites qualités.