‹ Caractères et portraits, 1756-1812Chapitre 16 sur 40 · ISIDORE · texte numérisé non relu

ISIDORE

Avez-vous connu Isidore, sœur d'Arsinoé ? La voici. Elle était plus, et moins sévère qu'elle. Elle n'allait pas donner des conseils, ni faire des reproches, mais elle ne se jetait à la tête de personne. Elle n'aurait pas gâté quelques tableaux, mais peut-être mutilé quelques statues. J'ai vu des femmes qui n'allaient jamais à une représentation de la. Femme juge et partie, de Montfleury, ni aux Nymphes de Diane, de Favart; mais celle-là ne voulait pas voir Eugénie ni Annette . et Lubin, encore moins Phèdre et OEdipe, Elle avait fait faire à grands frais une édition de Boileau, pour en retrancher une., douzaine de vers de ma connaissance. Elle

ne concevait pas les dévotes, de lire- le Cantique des cantiques, et peut-être que c'était par méfiance d'elle-même, Un tête-à-tête, une promenade, au clair de lune, une musique un peu sensible, la mettaient en fuite, Isidore se priva du plaisir de monter à cheval, parce qu'elle s'aperçut qu'on voyait sa jambe ; et que son écuyer devait la prendre à peu près dans ses bras, pour en . descendre ; et elle se brouilla avec une de ses amies qui avait un jardin en terrasse, parce que le vent jouait souvent dans ses habits, et qu'elle n'osait point prier les promeneurs de passer toujours devant elle. Il y avait des nations qu'elle avait prises en guignon, les Hongrois et les Anglais ; et, comme plusieurs autres imitaient celle-ci, elle alla s'établir à une campagne en Pologne. Elle g 'y appauvrit, parce qu'elle détruisit tout de suite son haras, son colombier et sa garenne, et qu'elle défendit de faire ses foins, à cause des chaleurs et de l'état de langueur, où, après avoir travaillé, reposaient ses faneuses sur leurs petits monticules. Elle y eut une bonne réputation de conduite, mais une très-mauvaise en piété, parce qu'elle tournait toujours la tête à la messe, à l'élévation.

Beaucoup trop recherchée pour sa figure, elle ne voulut pas seulement qu'on lui proposât de se

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