‹ Caractères et portraits, 1756-1812Chapitre 38 sur 40 · MOBILE. UO · texte numérisé non relu

MOBILE. UO

à mes enfants, dit-elle, et ne leur dites pas non plus mes petites frayeurs de ce matin et certaine demande que je fais. Je vais sortir un moment, et venez me dire si personne d'eux n'a toussé. Non -, je vais chez eux et je leur ferai tirer la langue pour voir si elle est blanche; — Avouez, mon cher enfant, que vous êtes malade, si vous m'aimez. Mon Dieu ! que j'ai de choses à faire aujourd'hui-! Il y a un petit monstre qu'on montre à la foire, il y un jardin dans les faubourgs où il y a, à ce qu'on m'a dit, une espèce de crapauds presque aussi gros que des lapins, et un chanoine de l'Empire qui a trois mentons et un nez comme une citrouille. Ce sont des gens très-sûrs qui me l'ont dit. Qui est-ce qui a vu ce moine français?

Comme on est injuste à leur égard ! On m'avait dit qu'un deux sentait des pieds, je me suis approchée, je lui ai fait une question qui m'a servi de prétexte, et je me suis aperçue seulement à sa réponse qu'il avait l'haleine mauvaise, car ces pauvres gens mangent si peu, mangent si mal, qu'il n'est point étonnant qu'ils aient un mauvais estomac. On dit que je suis bien hardie de percer loutes les foules pour m'instruire, mais je suis assez timide quand je n'ai rien à faire. On dit que je babille quelquefois comme une pie, mais aussi je suis très-souvent très- longtemps sans

parler, par exemple, quand on me conte des histoires; et c'est tout ce que j'aime! Qui est-ce qui ▼eut m'en raconter? Qui est-ce qui en fait? Bien des revenants, monsieur! bien des voleurs! J'aurai un peu peur, mais j'en serai quitte pour ne pas dormir cette nuit-ci. »

Mobile a un bilboquet de Rousseau, qui a été acheté au coin de la rue. Elle baise son écriture dans un petit cahier où il n'a jamais écrit. Je crois qu'elle attend le rocher de la Meilleraye en personne, qu'on lui a promis. Chaque journée est différente, parce qu'il y a beaucoup de mobilité dans la vie de Mobile. Il y a, par exemple, la visite des boutiques; elle fait tout déplier, mesurer et essayer à la lumière, changer de place et retourner, laisser pour y revenir, regarder encore, bien parler sur chaque étoffe, en trouver le prix trèsraisonnable, et remettre tout à sa place.

Mais Mobile est polie, je l'ai déjà dit ; elle fait une jolie mine au marchand, lui demande pardon, rit, en montrant ses belles dents, de ce qu'elle n'a pas bien pu se faire entendre; elle lui donne une recette pour sa fille cadette, qui a mal aux yeux. Elle rentre chez elle, et a gagné bien de l'appétit par tout ce qu'elle a dit et fait jusqu'alors. Elle se met à table en conséquence ; et, au bout d'une demi-heure, elle dit : 4 Ne serai-je

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