BS SOCEFBAUCBS D^UN IiOIJZAia>i. ta
bien souyent éclairé notre vie d'un fugitif pajwm de cet amour qu'àt notre insu nous Qhêrcbon« sans cesse en tout et partout. « CIiat-Botté et moï, disait "Wolfgang, npus nous aiipipns. i»
- CadoUes fut blessé à Lutzen et àBautzen^ Il figura daps toutes les phases de cette immense bataille de Leipzig, poème confus, œuvre- sanglante oii le génie de l'Empereur éclate encore;, mais d'où sa fortune est absente. Il vit les prodiges de Montmirail et de Montereau, ces jouriiées où l'homme d'AusterJitz retrouva 1^ France de J^mplapes. Puis il ariûva enfin aux douleurs de notre patrie» à l'agonie de TËmpire, à la fin tQrrible de notre vision, au criiel Tsé^eil de notre songe. Un. officier, en 1814, chevauchait sur une grande route à vingt ou trente lieues de Paris, les vêtements usés et poudreux, pâle, le visage fatigué et tristo» C'était Wolfgang de Cadolles, le m^nquis du i""' houzards.
Wolfgang n'était. paft seul; Il avait un compagnon vêtu du même uniforme que lui, mais dont l'extérieur était bien différent du sien. Le capitaine Graff était le houzard tel que le célèbrent les chansons joyeuses. NI les fatigues de la guerre, ni les malheurs de notre pays, qu'il aimait pourtant et d'un vigoureux amour,
14 GAUAdTkfcé Èf RÉCITS bU fEM^é.
n'avalent pu altérer la couleur vermeille de son visage; rien non plus n*avait pu dissiper l'expression enjouée de ses traits. Il appartenait à cette heureuse race d'hommes auxquels Dieu a donné cette inexpli^ cable chose que nous appelons la gaieté.
— Si je ne me trompe, fit-il tout à coup en retenant son cheval, et en prenant l'attitude d'un homme qui écoute, j'entends partir de ce village qui est là-bas en face de nous des coups de fusil ; mais ces coups de fusil-là sont tirés en signe de réjouissance, car ils sont mêlés à un bruit de flûte et de violon. Ce sont de vilains Français, à coup sûr, que ceux qui peuvent se réjouir en ce temps-ci. Si c'était une i)^ce, toutefois, que célébrât ce vacarme, je ne serais pas fâché de hâter le pas. Quand il y a noce, il y a festin ; et mon estomac est vide comme ma giberne. Les vivres sont rares'en France à l'heure qu'il est; ces gredins de Cosaques renversent le pot au feu partout où ils passent. Allons, Cadolles, marchons au violon comme nous avons marché au canon tant de fois, j'espère que nous marcherons en même temps à la marmite.
£t le capitaine ftraff enfonça impitoyablement ses éperons dans les flancs de son cheval, qui prit un trot maussade et fatigué.
Wolfgang le suivait en silence, sans sortir de sa sombre rêverie, quand tout à coup , en approchant du village, il poussa une bruyante exclamation :
— Voilà, dit-il, un château que je suis sûr d'avoir
Uâ 800PFIU1ICBS D*UN lIOUZARO* tfr
VU en peinture dans la salle à manger d'Hermorah. C'est là, morbleu ! que mon père est né. Hais écoute donc, Graff, ce qu*on crie là-bas.
— Dieu me damne, repartit Graff, si je n'ai pas entendu ton nom.
Ce qu'on criait, en effets c'était : Vive le comte de Cadolles I
On sait quel étrange spectacle la France présentait alors. Dieu, qui d'une main la châtiait, et la châtiait cruellement, semblait de l'autre verser sur elle le trésor des douces joies et des nobles espérances. La dernière trace de la Révolution et de ses crimes était effacée par le retour de cette famille qui avait été si longtemps Tâme de notre patrie. Après les inquiétudes fmpies de la République, les meurtrières, les brûlantes joies de TEmpire, on sentait un repos bienfaisant pour Tesprit, un charme rafraîchissant pour le cœur dans cette apparition des anciens jours se levant sur un âge pacifié. C'était la magie des vieux souvenirs, des premiers cultes, des tendresses éteintes et renaissantes pour ceux qui ont vécu beaucoup et que la vie a blessés, torturés, puis lassés.
Avec la grande famille qui ne pouvait rentrer en France que pour y régner, bien d'autres familles revenaient aussi qui avaient préféré Texil à ileur patrie sans ce qui la rendait sacrée à leurs yeux. Le plus grand nombre parmi ces fidèles serviteurs de la royauté trouvaient non point le sel dans leurs champs, mais
« CAÏUCTfenES Et RÉCITS Dt TEMW.
des Mes qu'ils n*avaient pltis le droit de récolter; quelques-uns pouvaient reprendre le bien de leurs pères : parmi ceux-là était le comte de Cadolles.
Ses paysan*, quoiqu'ils fusseirt devenus ses concitoyens, résolurent de lui faire un accueil féodaL Précisément à Cadolleè, on n'avait point souffert de rinvasion tandis qu'on avait souffert et beaucoup èe la conscription. Tout le village se mil sur pied; on décrocha quelques fusils rouilles, on fit marcher èti avant quelques violonneurs et l'cfn alla sur la grande route attendre la voiture de M. le comte. î)eux hûfmmes seuls avaient refusé obstinément de prendre part à cette fête ; c'étaient le garde champêtre et le maître de poste, sortis tous deux, l'un comme ca]poraî, l'autre comme sôus-lieutenant, des chasseurs à pied àé la garde avec la croix et un nombre honnête de blessures. Tandis que la foule royaliste s'était prédpitée à un bout du village, ces braves étaient instal* lés à l'autre bout, sous le berceau d'un cabaret solitaire. Là, ils épanchaient librement devant une bouteilfe, cordial intermédiaire entre ces deux cœurs, leur tristesse et leur indignation bonapartiste, quand fls aperçurent deux soldats comme eux, deux chevaliers de la Légion d'Honneur comme eux, et probablement deux serviteurs de l'Empereur comme eux, le capitaine Graff et le capitaine Cadolles.
— Mes officiers, cria le garde champêtre aux deux hussards, si vous voulez vous arrêter un instant, boire