ACTION DE L INTENSITE INITIALE
mettre l'accent ailleurs que sur l'initiale, et que Ton a emprunté des mots étrangers en leur laissant l'accent sur une syllabe non initiale.
L'action de l'accent initial sur le vocalisme a été grande. L'accent a agi sur la quantité et sur le timbre des voyelles.
En syllabe initiale, l'opposition des longues et des brèves s'est d'abord maintenue d'une manière exacte, tandis qu'en syllabe inaccentuée les longues tendaient à s'abréger et les brèves à s'amuir. Avec le temps, les brèves en syllabe accentuée ouverte ont même tendu à s'allonger; l'ancien e bref d'un mot comme v. h. a. geban Qsi devenu long dans l'allemand moderne ^^Éî/'t'/i par exemple.
La différence de traitement entre les longues des syllabes accentuées et inaccentuées est saisissante : è accentué passe à ^ au cours des premiers siècles de l'ère chrétienne en Scandinave et en germanique occidental, de sorte que Tancien nom Siièhî, qui se lit chez César et que les Grecs notent -:'jy;5:i, a passé à Sivâh. Mais, en seconde syllabe, Vè des verbes en -c- subsiste, et l'on a v. h. a. habcmès « nous avons ». Va\ vieux haut allemand, les longues des syllabes inaccentuées demeurent, et ce n'est qu'au cours du moyen âge que ces longues se sont abrégées ; en Scandinave, l'abrègement des longues inaccenluées est nordique commun. Par exemple, du mot germa-
7O L ACCENT 1) INTENSITÉ IMTIAL
nique commun *gul{>any représenté par got. gulf, v. isl. gullf V. h. a. gold , on a le dérivé got. gulj>eins u d'or » et V. li. a. gtildîn avec ï, mais v. isl. gullemi.
Plus ou moins anciennement, tout le système, capital en indo-européen, de l'opposition des syllabes longues et des syllabes brèves a été ainsi bouleversé. En l'éliminant, le germanique n'a guère fait du reste que ce qui s'est produit, à des dates diverses, au cours de l'iiistoire de la plupart des langues indo-européennes : l'opposition délicate des voyelles longues et des brèves a tendu à s'éliminer, et un petit nombre seulement des langues indo-européennes, notamment le lituanien et le serbe, la présentent aujourd'hui encore plus ou moins complètement.
L'amuissement des voyelles brèves intérieures inaccentuées est un trait déjà plus caractéristique du germanique. Au début, cet amuissement a dépendu de la quantité de la syllabe précédente accentuée. Ce qui montre une persistance de l'importance indo-européenne des syllabes longues, c'est qu'une voyelle brève s'amuit plus tut après syllabe longue qu'après syllabe brève. Ainsi, dans les prétérits dits faibles, le vieux haut allemand oppose la forme à / du type :(e!ita (infm. :;^elle}i « compter », cf. v. sax. ieUiaii, de *taljan) à la forme sans / du type suobla (cf. got. sokida ; infm. v. h. a. siiohhen « chercher » de '^sôkjan); de même neriUi « il a guéri », mais bôrla « il a entendu » ; etc. On observe des faiti analogues en vieil
ACTION Di: L INTENSITK INITIALE 7-
anglais et en Scandinave, mais dans chaque langue de manière indépendante, et suivant des règles de détail propres à chacune.
Ce qui caractérise tout à fait le germanique, c'est la façon dont s'est altéré le timbre des voyelles inaccentuées. Les anciennes formes du nordique et du germanique occidental oflrent encore en général des timbres a, i, u bien distincts, même pour les voyelles brèves des syllabes inaccentuées. Puis les voyelles brèves inaccentuées tendent à se réduire toutes à un seul et même timbre banal, qu'on note par c. L'altération apparaît d'abord dans les préverbes, particules qui se soudent aux verbes et qui se trouvent y)ar suite dans la syllabe qui précède immédiatement la syllabe accentuée; le plus ancien vieux haut allemand, au vui* siècle, a encore ga- comme le gotique; puis ce ga- passe à ge- qui aboutit à gîvers le i\*' siècle ; ensuite on note uniformément geà partir de la dernière période du vieux haut allemand; dionc ga-xpgan^ S^'x^^^^h S^\^§^^^' ^^ même fur-, for- du plus ancien vieux haut allemand devient fir-, puis fer-. Et ainsi de tous les anciens préverbes. En allemand et en anglais, les voyelles inaccentuées ont perdu progressivement tout timbre propre. Le timbre propre des voyelles inaccentuées s'est mieux conservé dans les parlers Scandinaves, malgré de nombreuses altérations.
78 l'accent d'intensité initial
L'accent d'intensité initial n'a pas exercé d'action notable sur le traitement des consonnes. Il y a une innovation germanique commune qu'on pourrait être tenté d'attribuer à la présence de l'accent d'intensité initial: c'est la gémination de *); et \u dans un certain nombre de cas. Ainsi en regard du génitif skr. dvàyoh « de deux », v, si. dvoju, on a v. b. a. :(ii>eno (:(imo), V. sax. iiceio, v. isl. tuegf^ia, got. Huaddje, toutes formes qui supposent)' géminé. De même, un ancien */rmw:( « fidèle » devient */r/«u'rt-; dans v. sax, et V. b. a. irimvi, v. angl. trèoive, v. isl. iryfif;r, got. triggzus. Il s'agit en réalité d'une gémination expressive béritée de l'indo-européen et dont la fortune a été grande en germanique. Le type v. b. a. :(îc'eiio est à rapprocber de gr. oziàz « double » ancien *diuoiyôs, c'est-à-dire Viwv^w. Le type v. b. a. trimvi est comparable au type lat. lippus. Le germanique a beaucoup de verbes tels que v. b. a. lecchôn, en face de lat. Jigùriô (on remarquera que, en pareil cas, les anciennes sourdes et les anciennes sonores aspirées donnent en germanique des sourdes tout comme les anciennes sonores simples).